‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 82 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Prince, je suy siche, pour abregier, Prodigue aussi, nonchallant, diligent, Assez subtil, plus simple que bergier, Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.

BALADE

(Montbreton et Robertet.)

Je meurs de soif auprès de la fontaine; Je trouve doulx ce qui doit estre amer; J'ayme et tiens chier tous ceux qui me font haine, Je hé tous ceulx que fort je deusse amer; Je loue ceulx que je deusse blasmer; Je prens en gré plus le mal que le bien; Je vois querant ce qu'à trouver je doubte; Croire ne puis cela que je scay bien; Je me tiens seur de ce dont plus jay doubte.

Je prens plaisir en ce qui m'est atayne; Ung peu de chose m'est grant comme la mer; Je tiens de pres, celle qui m'est loingtaine; Je garde entier ce que deusse entamer; Saoul suis, de ce qui me fait affamer; J'ay largement de tout, et si n'ay rien; J'oublie ce que plus à cueur je boute; Ce qui me lasche, me tient en son lien; Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.

Je tiens pour basse chose qui est haultaine; Je fuis tous ceulx que deusse reclamer, Je croy plus tart le vray qu'une fredaine; Tant plus suis froit, plus me sens enflamer; Quant j'ay bon cueur, lors je prens à pasmer; Ce que j'aquiers, je ne tiens pas pour mien; Je prise peu ce qui bien chier me couste; Sote maniere m'est plus que beau maintien; Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.