‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 86 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Prince, mon fait est droicte faerie, Je bay travail, et le repos m'ennuye; Maintenant d'un, et tantost autrement; J'ay tous les jeux, et quicte la partie; Or jugez donc si je vis plaisamment.

BALADE.

(Gilles des Ourmes.)

Je meurs de soif aupres de la fontaine; Tremblant de froit ou feu des amoureux; Je suis joyeulx s'aucun mal me demaine; Plaintz et souspirs sont mes riz et mes jeux; Je n'ay santé, sinon quand je me deulx; Beau temps me plaist, et desire la pluye; Qui bien me fait, je le tiens mon hayneux; Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

Je n'ay repos qu'en doleur et en paine; J'ayme travail, et si suis paresseux; Ung mois ne m'est qu'à ung aultre sepmaine, Et m'est d'advis que le jour dure deux; Se j'ay nul bien, je m'en tiens maleureux; Quant j'ayme aucun, force est que je le fuye; Qui m'est courtois, je lui suis rigoreux; Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

J'ay mille maulx, et ma personne est saine; Plaisirs mondains me sont malencontreux; Quant je suis seul, lors ung chascun m'actaine; Rien n'ay asseur, si je n'en suis doubteux; Gens bien en point me semblent souffreux; En plain midy j'ay la veue esbluye; Je n'ayme rien, et si suis convoiteux; Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.