‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 9 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Soyez seure, ma doulce amye, Que je vous ayme loyaument, Or vous requier et vous supplie Acquittez vous pareillement.

BALADE.

Belle que je tiens pour amye, Pensez, quelque part que je soye, Que jamais je ne vous oublie; Et pour ce prier vous vouldroye, Jusques à tant que vous revoye, Qu'il vous souviengne de cellui Qui a trouvé peu de mercy En vous, se dire je l'osoye.

Combien que je ne dye mie Que n'aye receu bien et joye, En vostre doulce compaignie, Plus que desservir ne sauroye; Non pourtant voulentiers j'auroye Le guerdon de loyal amy, Qu'oncques ne trouvay jusqu'à cy En vous, se dire je l'osoye.

Je vous ai longement servie, Si m'est advis qu'avoir devroye Le don que de sa courtoisie Amour à ses servans envoye; Or faictes qu'estre content doye, Et m'accordez ce que je dy, Car trop avez refus nourry En vous, se dire je l'osoye.

BALADE.

Ma Dame, vous povez savoir Les biens qu'ay euz à vous servir; Car par ma foy, pour dire voir, Oncques je n'y peuz acquerir Tant seulement ung doulx plaisir, Que sitost que je le tenoye, Dangier le me venoit tollir Ce peu de plaisir que j'avoye. Je n'en savoye nul avoir Qui peust contenter mon desir, Se non quant vous povoye voir, Ma joye, mon seul souvenir; Or m'en a fait Dangier bannir, Tant qu'il faut que loing de vous soye, Par quoy a fait de moy partir Ce peu de plaisir que j'avoye.

Non pas peu, car de bon vouloir Content m'en devoye tenir, En esperant de recevoir Ung trop plus grant bien advenir; Je n'y cuidoye point faillir A la paine que g'y mectoye, Cela me faisoit enrichir Ce peu de plaisir que j'avoye.