‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 93 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Fruit suis d'yver qui a meins de tendresse Que fruit d'esté, si suis en garnison, Pour amolir ma trop verde rudesse, Mis pour meurir ou feurre de prison.

BALADE.

Cueur, trop es plain de folie, Cuides tu de t'eslongner Hors de nostre compaignie, Et en repos te logier; Ton propos ferons changier, Soing et Ennuy nous nommons, Avecques toy demourrons, Car c'est le commandement De Fortune qui en serre T'a tenu moult longuement, Ou royaume d'Angleterre.

Dy nous, ne cognois tu mie Que l'estat de prisonnier Est que souvent lui ennuye, Et endure maint dangier, Dont il ne se peut vengier; Pour ce, nous ne te faisons Nul tort, se te gouvernons Ainsi que communement Sont prisonniers pris en guerre, Dont es l'un presentement Ou royaume d'Angleterre.

En lieu de plaisance lye, Au lever et au couschier Trouveras merencolie, Souvent te fera veillier, La nuit et le jour songier; Ainsi te guerdonnerons, Et es fers te garderons; De soussy et pensement, Se tu peuz, si te defferre, Par nous n'auras autrement Ou royaume d'Angleterre.

BALADE.

Nouvelles ont couru en France, Par mains lieux, que j'estoye mort; Dont avoient peu deplaisance Aucuns qui me hayent à tort; Autres en ont eu desconfort, Qui m'ayment de loyal vouloir, Comme mes bons et vrais amis; Si fais à toutes gens savoir Qu'encore est vive la souris.

Je n'ay eu ne mal, ne grevance, Dieu mercy, mais suis sain et fort, Et passe temps en esperance Que paix, qui trop longuement dort, S'esveillera, et par accort A tous fera liesse avoir; Pour ce, de Dieu soient maudis Ceux qui sont dolens de veoir Qu'encore est vive la souris.

Jeunesse sur moy a puissance, Mais Vieillesse fait son effort De m'avoir en sa gouvernance; A present faillira son sort, Je suis assez loing de son port, De pleurer vueil garder mon hoir; Loué soit Dieu de Paradis, Qui m'a donné force et povoir, Qu'encore est vive la souris.