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Chapitre 8

Il y a, dans une région inhabitée de cette baie, une plaine mélancolique que nous visitons de temps en temps le soir. C’est là que dorment les morts de 1863 ; ils sont couchés dans cette terre rougeâtre, douze ou quinze cents Français, matelots ou soldats, emportés en un été par le typhus, lors de la première tentative d’occupation de ce pays. A peine voit-on encore les débris de leurs pauvres petites croix de bois, tombées sous les ronces et les lianes : avec ces plaies chaudes, tout se consume ici très vite, et la nature verte y est plus dévorante qu’ailleurs.

Nos relations avec les gens de Tourane se maintiennent en apparence assez amicales. Le matin, dans la foule du marché, si nous nous mettons en colère par hasard, vite on nous fait tchintchinn, la révérence très humble ; alors aucun moyen de ne pas rire, et nous voilà désarmés. Avec ce peuple vieillot et enfantin, on ne peut même pas se fâcher bien sérieusement.

De temps, en temps, une reconnaissance dans les baies voisines, ou bien une course en canot après des jonques suspectes ; autrement rien n’anime ces journées de blocus. L’ennui nous tient tous, et on n’entend presque plus chanter nos matelots.

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