IL A ÉTÉ TIRÉ:
5 exemplaires sur papier de Hollande, numérotés 1 à 5.
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A ANDRÉ PELLICOT CE LIVRE QUI LUI REVIENT DE DROIT
PRÉFACE
Une conversion, c’est une rentrée dans l’ordre.
L’Église catholique, étant la seule qui ait mission de Dieu pour apprendre à l’homme à réfréner ses passions, est aussi la seule qui ait pouvoir pour l’admettre dans cet ordre surnaturel.
Quiconque nie ce pouvoir par ignorance, par orgueil ou par sensualité, se trouve hors la loi divine. Il possède peut-être des vertus naturelles, mais ces vertus ne donneront point ce qu’elles auraient pu donner, éclairées par la foi.
L’Église lui dit:--Il faut m’obéir parce que je suis la Vérité.
Lui répond:--Je n’obéirai pas, préférant ma vérité.
A moins qu’il ne demande, avec le sourire dédaigneux du faux sage: Qu’est-ce que la vérité?
Cela, c’est la fleur de néant, la corolle aux parfums empoisonnés: le scepticisme qui tue l’âme.
Soit qu’il nie, soit qu’il mette les illusions de son orgueil au-dessus des enseignements de l’Église, soit qu’il oscille, comme une boussole affolée, entre le pour et le contre, le pauvre égaré souffre du désordre qui règne en lui.
Or pour qu’il rentre dans l’ordre, il faut que Dieu lui départisse, par son Saint-Esprit, une grâce de conversion.
Malgré le matérialisme du siècle, le fait se produit quelquefois, souvent même, depuis vingt-cinq ans environ. Il semble que, pour l’avenir très sombre qui se prépare, Dieu se recrute de nouveaux combattants.
Oui, des âmes rentrent dans la Voie unique: n’être qu’un organisme régalant ses instincts les dégoûta. Les folles théories d’une science infatuée d’elle-même leur parurent ce qu’elles sont en effet--du vent. Elles reconnurent l’inanité de cette aberration d’origine protestante: la morale laïque. Brebis noires, redevenues blanches dès qu’elles eurent franchi le seuil du Bercail où le Cœur de Jésus-Christ rayonne comme un soleil d’amour, elles ont crié leur gratitude et leur joie.
Dans les pages qui suivent, j’ai coordonné et analysé plusieurs de ces récits de conversions. Si j’ai su intéresser, peut-être Dieu daignera-t-il en user pour toucher quelques âmes encore errantes loin de lui. C’est la seule récompense que j’ambitionne...
Or ce livre représente trois ans d’oraison, de méditations, d’études, de notes accumulées et un dur travail de réalisation.
Si je mentionne ce détail, c’est parce que des critiques--d’ailleurs amicaux et à qui je dois de la reconnaissance--ont naguère insisté sur le coureur de routes que je fus--pour le service de la Sainte Vierge.
Mais ceux qui me connaissent davantage savent que, par la Grâce de Dieu, je peux aussi vivre dans la retraite et passer de longs jours à noircir du papier. Du reste, en la présente occasion, je fus soutenu, vivifié par les prières des bons religieux de Lérins--qui ne me permettent pas de dire ce que je pense d’eux.
Un dernier mot: Amis de partout qui m’écrivez, qui m’aimez, qui m’encouragez, qui priez sans cesse pour moi, veuillez considérer ceci: mon nom, en latin, veut dire filet. Oh! je le sais mieux que personne: la trame de ce réseau est fort lâche et il y manque bien des mailles. Mais enfin il a plu au bon Maître de s’en servir, à plusieurs reprises, pour capturer des âmes. Peut-être, s’en servira-t-il encore pour en prendre d’autres.
C’est pourquoi j’ai demandé à ma Mère, Notre-Dame de Bon Conseil, qu’elle vous inspire de répandre ce livre. S’il vaut quelque chose, s’il fait du bien, frères et sœurs en Jésus-Christ, ne serez-vous pas heureux à la pensée que vous aurez ainsi contribué à verser la Lumière qui rachète et qui guérit en des cœurs désolés, saignants, noyés, jusqu’à ce jour, «dans les ténèbres extérieures?...»
Abbaye de Sainte-Marie de Lérins, 11 février 1913, fête de la première apparition de la Sainte Vierge à Lourdes.
DÉCLARATION
Je déclare qu’en rapportant dans ce livre des faits extraordinaires et qui semblent miraculeux, mais sur lesquels la Sainte Église ne s’est pas prononcée, je n’entends le faire qu’au sens et dans la mesure autorisés par les décrets d’Urbain VIII. Je déclare également qu’en qualifiant de saints des personnages que l’Église n’a pas élevés sur ses autels, je n’entends le faire qu’au même sens et dans la même mesure. Je déclare, en outre, que je soumets en tout ma personne et mes œuvres au jugement du Saint Siège, et que je désavoue, de bouche et de cœur, tout ce qui, contre ma volonté, ne serait point conforme à l’enseignement de la Sainte Église et, particulièrement aux décrets de notre Pontife vénéré, et tendrement aimé: Pie X.
A. R.
J. K. HUYSMANS
Notre amour de Dieu est fait de nos déceptions et de nos douleurs. Qu’est-ce qu’un cœur qui n’est pas brisé? Peu de chose. C’est lorsque nous n’attendons plus rien des hommes que nous valons tout ce que nous pouvons valoir.
Jules Lemaître.