‹ Récréations littéraires, curiosités et singularités, bévues et lapsus, etc.Chapitre 22 sur 38 · X, 703, 704):

X, 703, 704):

... una quem nocte Theano In lucem genitori Amyco dedit...

(... Un fils que, dans la nuit, Théano donna [mit] au jour à son père Amycus); et peut aussi se rapprocher de cette annonce, cueillie dans le journal La Nation (12 juin 1890): «La femme Antoinette Marchand a donné le jour à un enfant aveugle», et d’une phrase de Léon Cladel citée ci-dessus, p. 231.

Et ces autres incohérences et drôleries de divers feuilletonistes, citées par M. Marcel France dans L’Indépendance de l’Est du 21 février 1900:

«Daniel ne répondit pas. C’était la première fois qu’il parlait ainsi à son père.»

«Ils ronflaient, comme seuls ronflent les cœurs innocents.» Et l’on prétend que le sommeil du juste est paisible!

«Qu’aurais-tu dit, si ce mari trahi t’avait tué? Ne l’aurais-tu pas accusé de barbarie?...»

Et celles-ci encore:

«La marquise allait prendre la parole, quand la porte, en s’ouvrant, lui ferma la bouche.»

«Les réverbères, qui n’étaient pas encore inventés, rendaient la nuit plus obscure.»

Etc., etc.

· · ·

Les romanciers et auteurs dramatiques sont fréquemment en butte aux réclamations de gens ayant rencontré leurs noms parmi ceux des personnages d’un livre ou d’une pièce de théâtre, et qui se prétendent pour cela outragés, déshonorés, etc. Ces pudibonds et pointilleux bourgeois n’hésitent pas parfois à intenter un procès à l’auteur, et à demander, comme dommages-intérêts, la forte somme.

Un jour que l’auteur des Courbezon, Ferdinand Fabre, était assis au bord d’une route des environs de Bédarieux, son pays, il vit venir un homme qui lui dit, embarrassé et tournant entre ses doigts son grand chapeau rond:

«Vous êtes monsieur Ferdinand?

— Oui, mon ami. Que me voulez-vous?

— Voilà: il paraît que vous avez fait un livre à Paris, et qu’il y a dans ce livre que, moi Pancol, j’ai tué M. l’abbé Courbezon. Je vous jure que ce n’est pas vrai. J’ai porté un lièvre chez votre frère (le gibier est rare dans cette région) pour que vous cessiez d’être animé contre moi. Car enfin, je ne l’ai pas tué!

— Mais non, mon ami.

— Je n’ose plus passer devant la gendarmerie quand je vais à Bédarieux vendre mes pauvres châtaignes. Et les mauvais gars du pays répètent comme ça qu’on va m’arrêter un beau matin.

— Mais non. D’abord votre curé ne s’appelait pas M. Courbezon; je m’en souviens, c’était M. Montrosier. Et puis, Justin Pancol ne le tue pas...»

Impossible de convaincre le vieux paysan. En vain Ferdinand Fabre l’emmena-t-il manger sa part de son lièvre; pendant tout le dîner, il se tint sur le bord de sa chaise, marmottant: «Je ne l’ai pas tué». Il fallut lui promettre, puisqu’il ne s’appelait pas Justin, de dire que c’était un autre Pancol qui avait fait le coup, un prénommé et prétendu Justin Pancol.

Ce n’est pas la seule réclamation qu’aient suscitée les romans de Ferdinand Fabre, continue la Revue bleue (13 novembre 1886, p. 639), à qui j’emprunte ces détails. Dans Mademoiselle de Malavieille, Ferdinand Fabre met en scène un notaire, M. Forestier, dont la femme est très dévote et dit chaque soir son chapelet sur l’oreiller conjugal. Quelle fut la surprise du romancier, quand il reçut d’un M. Forestier, notaire en province, une lettre furieuse: «Mais c’est infâme! Comment avez-vous pu pénétrer ainsi dans ma vie? Comment savez-vous?...» — Ferdinand Fabre avait inventé trop juste.

A l’origine, Tartarin de Tarascon se nommait «Barbarin»; Alphonse Daudet dut modifier le nom de son héros pour éviter les réclamations, — une croisade qui s’annonçait contre lui. «Il y avait justement à Tarascon une vieille famille de Barbarin qui me menaça de papier timbré, si je n’enlevais son nom au plus vite de cette outrageante bouffonnerie. Ayant des tribunaux et de la justice une sainte épouvante, je consentis à remplacer Barbarin par Tartarin sur les épreuves déjà tirées, qu’il fallut reprendre ligne à ligne dans une minutieuse chasse aux B. Quelques-uns ont dû m’échapper à travers ces trois cents pages; et l’on trouve, dans la première édition, des Bartarin, Tarbarin, et même tonsoir pour bonsoir.» (Alphonse DAUDET, Trente ans de Paris, p. 155; Marpon et Flammarion, 1888.)

Pareille mésaventure faillit arriver à Louis Ulbach pour son roman Françoise, où un conseiller d’État, du nom de Berthelin, créé de toutes pièces par l’auteur, correspondait trait pour trait et par un pur hasard à un conseiller à la Cour, portant le même nom de Berthelin, demeurant pareillement rue Tronchet, ayant le même jour de réception que son imaginaire homonyme, etc. (Cf. Revue bleue, 4 février 1882, p. 154; art. de Louis Ulbach.)

De même pour Émile Zola et son roman Pot-Bouille, où figurait un personnage baptisé Duverdy, nom d’un conseiller à la Cour d’appel, qui s’empressa de protester et jeter les hauts cris. (Cf. Revue bleue, ibid.)

C’est pour éviter ces inconvénients, se garer de ces plaintes et assignations, qu’Eugène Chavette (1827-1902), de joyeuse mémoire, s’avisa de l’expédient suivant:

«... Pour mon roman L’Oreille du cocher, écrit-il à son éditeur Dentu, je me suis fait un devoir de n’employer que des noms de gens ayant été guillotinés. Si ceux-là réclament!!!» (Lettre publiée par le journal La République, 20 mai 1902.)

Effectivement, tous les personnages de L’Oreille du cocher portent des noms de suppliciés de marque: Dumollard, Tropmann, Avinain, Papavoine, etc.

Eh bien, malgré cela, il y en eut un, paraît-il, un homonyme, un certain Dumollard, simple plaisant peut-être, qui grommela et montra les dents. C’était vraiment jouer de malheur.

TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES

PRÉAMBULE

Pages.

Des bévues et non-sens littéraires, leurs causes les plus fréquentes. 9

Emploi irréfléchi de locutions courantes et de lieux communs (Armand Silvestre, Bussy-Rabutin, Bruyn). 9

Pléonasmes (Claude Tillier, Octave Feuillet, Émile Souvestre, Louis Blanc, H. de Balzac, George Sand, Émile Zola, Alphonse Daudet, Barbey d’Aurevilly). — Inadvertances et ignorances (Léopold Stapleaux, Jules de Goncourt, H. de Villemessant, Émile Richebourg, Géruzez, Tallemant des Réaux, P.-L. Courier, J.-J. Rousseau, Lope de Vega, H. de Balzac, Henri Rochefort). 10

Locutions vicieuses (Littré, son dictionnaire, sa compétence «universellement reconnue» [Francisque Sarcey], Sainte-Beuve, Voltaire, Émile Deschanel, Émile Faguet, etc.). 11

Manques de goût et de sens critique. — Alliance de pensées disparates (Mme de Sévigné, Saint-Simon, Voltaire, Toussenel). 15

Style figuré (Voltaire, Balthazar Gracian, Cyrano de Bergerac, Alexandre Dumas père, Dr Félix Maynard, Philippe Desportes, L’Arétin, Molière, etc.). — Réminiscences mythologiques (Mme Giroust de Morency). — Marinisme, gongorisme (le cavalier Marin, Gongora), euphuïsme. — Un vœu de P.-L. Courier. 16

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