‹ Retour de l’U.R.S.S.Chapitre 7 sur 15 · VI

VI

Sébastopol, dernière étape de notre voyage. Sans doute, il est en U.R.S.S. des villes plus intéressantes ou plus belles, mais nulle part encore je n’avais aussi bien senti combien je resterais épris. Je retrouvais à Sébastopol, moins préservée, moins choisie qu’à Soukhoum ou Sotchi, la société, la vie russe entière, avec ses manques, ses défauts, ses souffrances, hélas ! à côté de ses triomphes, de ses réussites qui permettent ou promettent à l’homme plus de bonheur. Et, suivant les jours, la lumière adoucissait l’ombre, ou au contraire l’épaississait. Mais, autant que le plus lumineux, ce que je pouvais voir ici de plus sombre, tout m’attachait, et douloureusement parfois, à cette terre, à ces peuples unis, à ce climat nouveau qui favorisait l’avenir et où l’inespéré pouvait éclore… C’est tout cela que je devais quitter.

Et déjà commençait à m’étreindre une angoisse encore inconnue : de retour à Paris que saurais-je dire ? Comment répondre aux questions que je pressentais ? L’on attendait de moi certainement des jugements tout d’une pièce. Comment expliquer que, tour à tour, en U.R.S.S., j’avais eu (moralement) si chaud, et si froid ? En déclarant à nouveau mon amour allais-je devoir cacher mes réserves et mentir en approuvant tout ? Non ; je sens trop qu’en agissant ainsi je desservirais à la fois l’U.R.S.S. même et la cause qu’elle représente à nos yeux. Mais ce serait une très grave erreur d’attacher l’une à l’autre trop étroitement de sorte que la cause puisse être tenue pour responsable de ce qu’en U.R.S.S. nous déplorons.

L’aide que l’U.R.S.S. vient d’apporter à l’Espagne nous montre de quels heureux rétablissements elle demeure capable.

L’U.R.S.S. n’a pas fini de nous instruire et de nous étonner.

Page 1