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Revue littéraire - 28 février 1847

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REVUE LITTÉRAIRE.

Le spectacle que donne en ce moment la littérature simplifie singulièrement la tâche de la critique. Jamais le silence, à l’égard de certains romanciers, ne nous a été plus facile. Ceux mêmes dont nous avions si souvent condamné les écarts semblent se plaire à nous donner raison. Si sévère que pût être notre langage, il n’égalerait jamais en cruelle précision les aveux qui leur échappent, depuis qu’ils plaident au lieu d’écrire. C’est là pour nous un triste avantage, et dont nous ne voulons pas nous réjouir. Nous avons quelquefois suivi le roman quotidien dans l’arène bruyante du feuilleton, nous ne le suivrons pas dans cette autre arène où il défend aujourd’hui, on sait en quel style, des intérêts qui n’ont rien de commun avec la cause des lettres. Constatons seulement un point que ces étranges débats auront du moins mis en lumière : c’est que la lassitude n’est plus seulement dans le public, elle est chez les écrivains dont la plume affrontait le plus résolûment les hasards de l’improvisation, elle est aussi chez ceux dont le patronage intéressé n’a eu trop long-temps que complaisance pour leurs plus folles prétentions. Il n’y a rien là qui doive nous surprendre. L’alliance conclue entre les premiers et les seconds devait aboutir tôt ou tard à de pareils conflits Un succès constant, une fécondité intarissable, étaient les conditions de ce pacte que le premier échec, les premiers symptômes d’épuisement devaient rompre. Aujourd’hui l’impossibilité d’un accord durable entre des exigences incompatibles est trop clairement démontrée pour que nous insistions sur un fait désormais acquis. Nous aimons mieux profiter des loisirs que nous laisse le roman pour parler de quelques publications qui, en nous replaçant sur un terrain plus sérieux, nous ramènent à des questions plus dignes de la critique.

Études sur l’histoire universelle, par M. Arbanère. — M. Arbanère, membre correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, a déjà publié six volumes in-octavo sur l’histoire de l’Asie, de la Grèce et de Rome. La troisième partie, celle qui embrasse le moyen-âge et les temps modernes, voit aujourd’hui le jour : c’est le complément de l’œuvre. L’auteur a élevé son monument. Huit volumes compactes de considérations, de méditations et d’apophthegmes, sur l’enchaînement des révolutions qui ont agité le monde et les destinées providentielles de l’humanité, sont un bagage un peu lourd, et pourtant nous devons nous applaudir de voir M. Arbanère borner ici sa carrière et s’enfermer dans des limites aussi raisonnables. Le cadre qu’il a choisi lui permettait de s’abandonner indéfiniment à la pente de ses rêveries, et de gratifier, sa vie durant, le public de plus d’un volume chaque année. En effet, non content de méditer sur le passé, de discuter longuement sur le présent, M. Arbanère se mêle aussi de prédire l’avenir. Où s’arrêter dans une telle voie ? La meilleure partie de son dernier ouvrage est consacrée à nous indiquer les grandes améliorations qui doivent naître de la commotion européenne des esprits ; un des premiers résultats sera la réforme de la constitution physique de la race blanche. Si l’imprévoyance et l’impéritie des législateurs modernes ont laissé subsister jusqu’à ce jour des vices nombreux dans l’incubation de l’espèce humaine, au moins, dit M. Arbanère, doit-on signaler dans cette partie trop négligée quelques heureuses tentatives, telles que l’ouverture du gymnase Amoros, etc., mais de nouveaux efforts doivent être tentés ; l’élection réciproque, fondée sur la suppression de la dot pour la fille et garantie du bonheur dans l’hymen, rendra, suivant lui, les unions plus fécondes et les produits plus remarquables ; argument en faveur du sans dot dont Harpagon ne s’est pas avisé. De plus, il est avéré que le luxe engendre l’immoralité et énerve les populations, d’où l’auteur conclut à l’établissement de lois somptuaires, à la nécessité de remettre les gens de finance à leur place. Le sacerdoce veut ramener les peuples au moyen-âge ; l’ultramontanisme, l’intolérance et le fanatisme menacent de nous envahir. Ce grave danger, que M. Arbanère révèle, ne peut être combattu que par l’organisation consistoriale du clergé, à l’instar des sectes protestantes avec lesquelles le catholicisme devra finir par s’entendre, s’il veut revenir aux vrais principes de l’Évangile.

Nous aurions fort à faire si nous voulions passer en revue toutes les réformes que M. Arbanère propose pour rétablir l’harmonie profondément altérée des élémens sociaux et les moyens faciles qu’il trouve dans la nature du gouvernement représentatif pour en régulariser la marche : indemnité aux députés, adoption des incompatibilités, vote public à haute voix, élection à plusieurs degrés, hérédité de la pairie, etc. Bref, il finit par tracer une esquisse de la géographie future du globe, découpant au gré de sa fantaisie la mappemonde, refaisant la carte d’Europe et remaniant du fond de son cabinet les traités de 1815. À défaut d’autre mérite, ce dernier point a au moins celui de l’à-propos. Si l’étude du passé n’a guère fourni à M. Arbanère qu’une série de banalités, au moins se sauve-t-il ici du lieu-commun. Nous n’en donnerons pour preuve que les idées assez originales qu’il émet à l’endroit de l’architecture grecque. Selon lui, les Grecs n’adoptèrent pas l’architecture gigantesque des Orientaux, « parce que les monumens de l’Égypte auraient fait effondrer par le poids de leur masse montagneuse les parties légères et gracieuses du sol ; mais nos régions sont plus larges, plus compactes, et offrent dans leur construction géologique une voûte plus robuste pour supporter de vastes monumens. » D’où il suit que l’architecture égyptienne ne peut manquer d’y prendre racine et le style babylonien de se propager dans nos académies. En tout genre de style, M. Arbanère voudrait-il nous ramener aux temps primitifs ? À quelle époque appartient celui dans lequel sont formulées toutes ces belles conceptions, c’est ce qu’il serait difficile de préciser. Nous eussions seulement souhaité que sa rage de réformation se fût arrêtée à la grammaire et au dictionnaire. Tout en rêvant l’harmonie universelle, il ne s’est pas aperçu qu’il troublait considérablement celle de la langue.

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