‹ Risette, ou les Millions de la MansardeChapitre 14 sur 14 · Scène XII.

Scène XII.

RISETTE, ÉVELINA et ANTONIN.

RISETTE.

Eh bien ! on se boude, par ici ?

ÉVELINA, allant à elle.

Est-ce que c’est vrai que tu es… que vous êtes millionnaire ?

RISETTE, riant.

Qui t’a dit cela ?

ÉVELINA.

C’est monsieur.

ANTONIN, d’un air forcé.

Permettez-moi, mademoiselle, de vous féliciter du bonheur qui vous arrive : croyez bien que je suis désolé… enchanté, je veux dire…

RISETTE.

Ne me félicitez pas, monsieur ; il est fort probable que vous ne savez guère l’anglais et que vous avez mal lu ma lettre : il y est en effet question de millions ; mais ces millions ne sont pas pour moi.

ANTONIN, avec joie.

Comment ?

RISETTE, très-simplement.

Mon cher oncle était négociant, il a fait une faillite de cinq millions, et il en est mort. Je suis sa seule héritière et l’on me propose tout simplement d’accepter l’héritage.

ANTONIN.

Est-il possible !

RISETTE.

Rassurez-vous, je refuse, j’ai assez de mes dettes sans me charger encore des dettes de mon oncle.

ANTONIN.

Vous avez des dettes, quel bonheur !

RISETTE.

Comment, monsieur, quel bonheur !..

ANTONIN.

Oui, ma petite Risette ; il faut que je vous ouvre mon cœur, j’ai un aveu à vous faire.

RISETTE, à part.

Enfin !

ANTONIN.

Je suis venu ici dans une intention mauvaise.

RISETTE, l’interrompant.

Je ne veux pas le savoir.

ANTONIN.

Eh bien je vous aime, Risette, je vous aime comme un fou ; j’ai peu de chose, mais ce peu est à vous, comme mon cœur. Vous êtes une honnête fille ; voulez-vous d’un honnête et loyal garçon ?

RISETTE.

On se met à genoux, monsieur.

ANTONIN.

Oui, ma petite Risette, à deux genoux devant toi, je voudrais passer ma vie comme cela.

RISETTE.

Cela serait fatigant ! (lui donnant la main.) Il vaut mieux vivre à côté des gens !

ANTONIN.

Chère petite femme !

RISETTE.

Vous êtes heureux ?…

ANTONIN.

Si je le suis !

RISETTE.

Eh bien, il faut que tout le monde le soit… Évelina !

ÉVELINA, d’un air boudeur.

Quoi ?…

RISETTE.

Combien te faudrait-il pour épouser Gigonet ?

ÉVELINA.

Dame ! il me faudrait… il me faudrait… Qu’est-ce que ça te fait ?

RISETTE.

Dis toujours.

ÉVELINA.

Est-ce que je sais !

RISETTE.

Te faudrait-il dix mille francs, vingt mille francs, trente mille francs ?…

ÉVELINA.

Ah ! çà, c’est donc vrai que tu as des mille et des cents ?

RISETTE, gaiement.

Mais oui ! (Très-tendrement à Antonin.) Oui, mon ami, je suis… non, nous sommes riches… très-riches !…

ANTONIN.

Que m’importe maintenant !

RISETTE.

Très-riches… et très-heureux, ce qui vaut mieux encore !…

Les mauvais jours ont fini ;
Dieu d’un sourire a béni
La mansarde !
Pour que nous goûtions tous deux
Le bonheur qu’aux amoureux
Sa main garde ;
Pour qu’à mon cœur comme au sien
Ce jour ne rappelle rien
Qu’il regrette !
Ah ! messieurs, point de sifflet !
Mais à ce dernier couplet,
Mon bonheur sera complet
Si vous avez fait
Risette !

FIN DE RISETTE.

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