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Romances sans paroles

Paul Verlaine

Romances sans paroles

1874

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Sources :

- B.N.F.
- Éfélé

Ont contribué à cette édition :

- Association de Promotion de l'Ecriture et de la Lecture

Fontes :

- David Rakowski's
- Manfred Klein
- Philipp H. Poll

C’est l’extase langoureuse,

O le frêle et frais murmure !

Cette âme qui se lamente

Je devine, à travers un murmure,

Et mon âme et mon cœur en délires

O mourir de cette mort seulette

Il pleure dans mon cœur

O bruit doux de la pluie

Il pleure sans raison

C’est bien la pire peine

Il faut, voyez-vous, nous pardonner les choses.

O que nous mêlions, âmes sœurs que nous sommes,

Soyons deux enfants, soyons deux jeunes filles

Le piano que baise une main frêle

Qu’est-ce que c’est que ce berceau soudain

C’est le chien de Jean de Nivelle

La lune à l’écrivain public

Et voici venir La Ramée

Car la boulangère… — Elle ? — Oui dame !

Place ! en sa longue robe bleue

Fût-on philosophe ou grigou,

Arrière, robin crotté ! place,

Voici que la nuit vraie arrive…

O triste, triste était mon âme

Je ne me suis pas consolé

Bien que mon cœur, bien que mon âme

Je ne me suis pas consolé

Et mon cœur, mon cœur trop sensible

Est-il possible, — le fût-il, —

Mon âme dit à mon cœur : Sais-je

D’être présents bien qu’exilés,

Dans l’interminable

Le ciel est de cuivre

Comme des nuées

Le ciel est de cuivre

Corneille poussive

Dans l’interminable

L’ombre des arbres dans la rivière embrumée

Combien, ô voyageur, ce paysage blême

Mai, juin 1872.

« Conquestes du Roy. »

(Vieilles estampes.)

Briques et tuiles,

Houblons et vignes,

Guinguettes claires,

Gares prochaines,

Juillet 1873

Dans l’herbe noire

Quoi donc se sent ?

Plutôt des bouges

On sent donc quoi ?

Parfums sinistres ?

Sites brutaux !

Dans l’herbe noire

La fuite est verdâtre et rose

L’or sur les humbles abîmes,

Triste à peine tant s’effacent

L’allée est sans fin

Des messieurs bien mis,

Le château, tout blanc

Estaminet du Jeune Renard, août 1872.

Tournez, tournez, bons chevaux de bois,

Le gros soldat, la plus grosse bonne

Tournez, tournez, chevaux de leur cœur,

C’est ravissant comme ça vous soûle

Tournez, tournez, sans qu’il soit besoin

Et dépêchez, chevaux de leur âme,

Tournez, tournez ! le ciel en velours

Champ de foire de Saint-Gilles, août 1872.

Vers les prés le vent cherche noise

Comme les arbres des féeries

Les wagons filent en silence

Le train glisse sans un murmure,

Août, 1872.

Vous n’avez pas eu toute patience,

Vous n’avez pas eu toute la douceur,

Aussi me voici plein de pardons chastes,

Et vous voyez bien que j’avais raison

Vous juriez alors que c’était mensonge

Hélas ! on se prend toujours au désir

Aussi bien pourquoi me mettrai-je à geindre ?

Oui, je souffrirai, car je vous aimais !

Vous qui fûtes ma Belle, ma Chérie,

Or, je ne veux pas, — le puis-je d’abord ?

Mon amour qui n’est que ressouvenance,

Peut-être a raison de croire entrevoir

Je vous vois encor. J’entr’ouvris la porte.

O quels baisers, quels enlacements fous !

Je ne veux revoir de votre sourire

Je vous vois encor ! En robe d’été

La petite épouse et la fille aînée

Soyez pardonnée ! Et c’est pour cela

Par instants, je suis le pauvre navire

Par instants, je meurs la mort du pécheur

O mais ! par instants, j’ai l’extase rouge

Bruxelles-Londres. — Septembre-octobre 1872.

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches,

J’arrive tout couvert encore de rosée

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête

Les roses étaient toutes rouges,

Chère, pour peu que tu te bouges,

Le ciel était trop bleu, trop tendre,

Je crains toujours, — ce qu’est d’attendre

Du houx à la feuille vernie

Et de la campagne infinie

Dansons la gigue !

J’aimais surtout ses jolis yeux,

Dansons la gigue !

Elle avait des façons vraiment

Dansons la gigue !

Mais je trouve encor meilleur

Dansons la gigue !

Je me souviens, je me souviens

Dansons la gigue !

SOHO.

O la rivière dans la rue !

La chaussée est très large, en sorte

PADDINGTON.

Vous n’avez rien compris à ma simplicité,

Vos yeux qui ne devaient refléter que douceur,

Et vous gesticulez avec vos petit-bras

Car vous avez eu peur de l’orage et du cœur

Et vous n’avez pas su la lumière et l’honneur

J’ai peur d’un baiser

Pourtant j’aime Kate

C’est saint Valentin !

Elle m’est promise,

J’ai peur d’un baiser

Elle voulut aller sur les flots de la mer,

Le soleil luisait haut dans le ciel calme et lisse,

Des oiseaux blancs volaient alentour mollement.

Elle se retourna, doucement inquiète

Douvres-Ostende, à bord de la « Comtesse-de-Flandre ». 4 Avril 1873.

Une édition

Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.