Chapitre 53 Le clou
Nous arrivons au clou de l’exposition. On avait parlé d’une maison de 120 étages et de la planète Mars rapprochée à 25 centimètres de la terre.
Rien de cela ne s’est réalisé.
Le clou de Chicago consistait en une exhibition à la fois grandiose et charmante, laquelle prouve bien que les Américains, quoi qu’on dise, sont capables d’allier au gigantesque de leurs conceptions modernes, une fantaisie exquise et féerique.
C’est à M. Dirtyfellow, le grand savonnier de Clean-York, qu’on doit ce joli spectacle.
Il s’agit d’une bulle de savon de 1000 pieds de diamètre (mille pieds !)
Il m’a été donné d’assister au gonflement d’une de ces bulles. Cela tient du prodige.
À dire vrai, la substance employée n’est pas seulement du savon. On y ajoute une certaine quantité de colle de poisson et d’acétate d’alumine.
Malgré sa minceur presque chimérique, la pellicule de la bulle est d’une souplesse et d’une résistance extraordinaires.
J’ai vu de petits oiseaux se poser sur cet immense ballon, sans en froisser l’enveloppe.
La façon dont cette bulle est attachée à terre n’est pas un des moins intéressants détails de cette innovation.
À force de patience et de travail, M. Dirtyfellow est arrivé à dresser des araignées à la rapide élaboration d’un léger et solide réseau qui va de la bulle à un point du sol.
C’est surtout la nuit, que ce spectacle défie toute comparaison !
Grâce à une petite quantité de sulfure de zinc (procédé Charles Henry) figurant dans sa composition, la bulle de savon de M. Dirtyfellow est lumineuse.
(Le sulfure de zinc a la propriété de briller, pendant la nuit, de toute la lumière qu’il a reçue pendant le jour.)
On ne peut pas, non véritablement, on ne peut pas s’imaginer l’émotion presque religieuse qui s’empare de vous à la contemplation de cette lune de 1000 pieds, se balançant gracieusement dans les airs, presque à la portée de votre main !
†
Mais la place m’est mesurée.
Je m’arrête !…
Je ne me dissimule aucunement que bien des personnes crieront à l’exagération.
Je ne répondrai qu’un mot aux sceptiques : Si vous ne me croyez pas, allez vous rendre compte par vous-mêmes. Vous m’en direz des nouvelles.
Si vous trouvez l’Exposition fermée, dites que vous venez de ma part : on vous la rouvrira.
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1.Remarquez-vous, belle lectrice, comme cette fin de phrase constitue deux alexandrins superbes :
1.Vous êtes trop jeune pour vous rappeler ; mais Ira Paine était un prodigieux tireur qui fit, voilà tantôt quinze ans, courir tout Paris aux Folies-Bergère.
1.Non content de s’appeler Alfred, ce Barjau est encore le premier chapelier de Paris, en arrivant par la gare Saint-Lazare (5, rue du Havre).
Une édition
Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.