‹ Rusbrock l'Admirable (œuvres choisies)Chapitre 4 sur 36 · III

III

Rusbrock était encore prêtre séculier; mais il cherchait déjà à ressembler au Christ par son humilité. Peu curieux de lui-même et du monde, il faisait l’effet d’un malheureux et d’un homme de rien à ceux qui ne le connaissaient pas. (En général les amis de Dieu sont des énigmes vivantes, et, pour les connaître, il faut leur ressembler.)

Il vivait dans une paix profonde, silencieux et négligé. Adonné à la contemplation, il évitait volontiers les foules; un jour (c’était à Bruxelles), il passait par une place publique, l’esprit penché sur les choses divines; il était simple comme une colombe; deux laïques le regardaient marcher:

«Oh! mon Dieu, disait l’un d’eux, pourquoi ne suis-je pas aussi élevé en grâce que ce prêtre!»

L’autre répondit:

«Moi, pour tout l’or du monde, je ne voudrais pas être à sa place. Je n’aurais pas, dans ma vie, un jour de plaisir.»

Rusbrock entendit par hasard ce dernier mot, et, traversant la place en silence, il disait intérieurement:

«Tu ne connais donc pas les jouissances que Dieu donne et le goût délicieux du Saint-Esprit!»

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