‹ SagesseChapitre 1 sur 3 · Première partie

Première partie

Le sang de mon vieux cœur n’a fait qu’un jet vermeil

L’ombre éteignit mes yeux, un cri vint à ma bouche,

Alors le chevalier Malheur s’est rapproché,

Son doigt ganté de fer entra dans ma blessure

Et voici qu’au contact glacé du doigt de fer

Et voici que, fervent d’une candeur divine,

Or, je restais tremblant, ivre, incrédule un peu,

Mais le bon chevalier, remonté sur sa bête,

Et me cria (j’entends encore cette voix) :

Des coups à trancher des montagnes,

Tu le sais, courage païen,

Dans cette guerre exténuante,

A mon effort de tout côté

Dans mes conseils qu’il environne

Toujours un parti de mon cœur

Savait envelopper d’un piège

Prêt à vendre son sang bien cher,

Une dame vint sur la nue,

De rage et de cris inhumains,

Par les bois pleins d’amours affreuses,

Dit-elle, ce dilemme en vain,

Dont je suis sûre messagère

Encourage un blessé jaloux

En m’annonçant de bonnes choses,

Et je verrai la fin de tous

Hommes faibles et pauvres femmes,

J’ai l’amour d’elles, j’ai la peur

Veillez, Quelqu’un l’a dit que j’aime,

Qui je suis ? me demandais-tu.

Je suis l’âme de la sagesse,

J’aime tous et n’accuse aucun,

Je parle au Roi le vrai langage

C’est ton vice en déroute au loin ;

Tes yeux sont aussi morts depuis les aventures,

Tel l’ancien cimetière aux tombes toujours neuves !

Ces femmes ! Dis les gaz, et l’horreur identique

Et puis surtout ne va pas t’oublier toi-même

A-t-on assez puni cette lourde innocence ?

Ah les autres, ah toi ! Crédule à qui te flatte,

Mais maintenant les plans, les buts ? Es-tu de force,

Si gauche encore ! avec l’aggravation d’être

Si le même dans cette extrême décadence !

N’as-tu pas, en fouillant les recoins de ton âme,

Un ou plusieurs ? Si oui, tant mieux ! Et pars bien vite

Il faut n’être pas dupe en ce farceur de monde

— Sagesse humaine, ah ! j’ai les yeux sur d’autres choses,

Dans tous les mouvements bizarres de ma vie,

Si je me sens puni, c’est que je le dois être.

Bien de n’être pas dupe en ce monde d’une heure,

— Dieu des humbles, sauvez cet enfant de colère !

Et toujours, maternelle endormeuse des râles,

Hommes durs ! Vie atroce et laide d’ici-bas !

Quelque chose du cœur enfantin et subtil,

Vieux bonheurs, vieux malheurs, comme une file d’oies

Et le reste ! — Un doux vide, un grand renoncement

Et voyez ! notre cœur qui saignait sous l’orgueil,

Ils ont lui tout le jour en longs grêlons de flamme,

O pâlis, et va-t’en, lente et joignant les mains.

Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer ?

N’entendre, n’écouter aux bruits des grandes villes

Dormir chez les pécheurs étant un pénitent ;

Le scrupule naïf aux repentirs têtus,

Quand Maintenon jetait sur la France ravie

Quand poète et docteur, simplement, bonnement,

Et, le printemps venu, prenaient un soin charmant

Roi, politicien, moine, artisan, chimiste,

Et là que j’eusse part — quelconque, chez les rois

Haute théologie et solide morale,

Et couronner vos conquêtes d’un coup

Que le profil et que l’allongement,

— Frères trop chers, laissez-nous rire un peu,

Laissez-nous rire un peu, pleurer aussi,

Frères de nous qui payons vos orgueils,

Ou notre confiance aux seuls Récits,

Qui veut voler sur les ceps défendus

Mais qui sont l’œuvre affreuse du péché,

Nous sommes sûrs des Aïeux nous disant

Puisqu’ils avaient vu Dieu présent toujours,

Ils ont dit tout. Savoir le reste est bien :

Tout autre soin dans l’homme en vérité !

Vous voici rois de France ! A votre tour !

A l’œuvre, amis petits ! Nous avons droit

Sans peur ? Du maître ? O le maître, mais c’est

Cabré comme une chèvre, c’est le mot.

Que l’âne brait, que le voilà parti

O Peuple, nous t’aimons immensément :

La charité nous fait chercher tes maux,

L’orgueil t’a pris en ce quatre-vingt-neuf,

O paysan cassé sur tes sillons,

Portez l’amour qu’il faut à vos bras forts,

Redevenez les Français d’autrefois,

— Vous, nos tyrans minuscules d’un jour

Laissez le règne et rentrez dans le rang.

Sur la Bastille absurde où vous teniez

Prince mort en soldat à cause de la France,

Ce monde est si mauvais, notre pauvre patrie

Ce siècle est un tel ciel tragique où les naufrages

Et plus tard, cœur pirate épris des seules côtes

Maintenant j’aime Dieu, dont l’amour et la foudre

J’admire ton destin, j’adore, tout en larmes

Et je dis, réservant d’ailleurs mon vœu suprême

Et priez bien pour nous, pour cette France ancienne,

Vous reviendrez bientôt les bras pleins de pardons

Vous reviendrez, vieillards exquis, avec l’honneur

Vous reviendrez, après ces glorieux exils,

Après avoir couvert les îles et la mer

Béni qui vous dépouille au cri de liberté,

Proscrits des jours, vainqueurs des temps non point adieu

Le plus souvent par un effet de la nature

Alors un grand désir, un seul, vient investir

O ma sœur, qui m’avez puni, pardonnez-moi !

La voix vous fut connue (et chère !),

Et dans les longs plis de son voile

Elle dit, la voix reconnue,

Elle parle aussi de la gloire

Accueillez la voix qui persiste

Elle est en peine et de passage

Après les rades et les grèves,

Mains en songe, mains sur mon âme,

Ment-elle, ma vision chaste

Remords si cher, peine très bonne,

La bonne flèche aiguë et sa fraîcheur qui dure !

J’entends encor, je vois encor ! Loi du devoir

Innocence, avenir ! Sage et silencieux,

Voix de la Haine : cloche en mer, fausse, assourdie

Voix de la Chair : un gros tapage fatigué.

Voix d’Autrui : des lointains dans les brouillards. Des noces

Colères, soupirs noirs, regrets, tentations

Ah ! les Voix, mourez donc, mourantes que vous êtes,

Nous ne sommes plus ceux que vous auriez cherchés.

Mourez parmi la voix que la prière emporte

Mourez parmi la voix terrible de l’Amour !

L’ennemi se transforme en un Ange

Comme c’est le vieux logicien,

Surtout il faut garder toute espérance,

Et fais-toi doux de toute la douceur.

Simple comme un enfant, gravis la côte,

Ris du vieux piège et du vieux séducteur,

Joyeusement des ailes de victoire.

Ah ! tes mains que tu tords

N’as-tu pas l’espérance

Mais chasse le sommeil

Et la lumière crue

Marche à lui vivement.

C’est le dépositaire

Les biens qu’on ne voit pas,

Et l’oubli d’ici-bas !

J’ai dit un adieu léger

La Croix m’a pris sur ses ailes

Douce, chère Humilité,

L’art, sa figure la plus claire

C’est la vieille reine de Troie :

Elle court le long du rivage,

Et c’est Niobé qui s’effare

Le souffle expire sur sa bouche.

La douleur chrétienne est immense.

Elle est debout sur le Calvaire

Elle participe au Supplice

Et comme tous sont les fils d’elle,

Au jour qu’il faudra, pour la gloire

Ceux-là vers la joie infinie

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