‹ Saint Michel et le Mont-Saint-MichelChapitre 64 sur 75 · VIII

VIII

AU QUINZIÈME SIÈCLE

NOTE SUR L’ATELIER MONÉTAIRE ÉTABLI AU MONT SAINT-MICHEL

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Parmi les monnaies qui sont mentio[=n]ées le plus fréque[=m]ent dans les actes et les textes du commencement du XVᵉ siècle, on peut citer les moutons d’or[43] qui devaient leur nom à l’agneau pascal qu’ils ont pour type, et leur grande reno[=m]ée au titre excellent que saint Louis avait donné aux agnels qu’il fit le premier fabriquer. C’est en effet le denier d’or à l’agnel de Louis IX qui est sans cesse rappelé comme étalon dans les ordonnances de ses successeurs. En général le titre des moutons d’or fut plus respecté par les souverains que celui des autres monnaies, et l’on en changea la figure aussi peu que le permirent les modifications involontaires du style de l’art. Le nom du prince réduit à quelques lettres et relégué dans une place secondaire permettait, à chaque nouveau règne, de produire des imitations très approchées du type accoutumé.

Voici la description du petit mouton tel qu’il avait cours sous Charles VI; nous prenons comme exemple une pièce de la collection de M. Rousseau, portant un point secret indiquant le lieu où elle a été frappée.

♱ AGN: DEI: QVI: TOLL: PECAT: MVDI: MIS: NOB: Agneau nimbé tenant une bannière à croix tréflée; sous les pieds de l’agneau K. F. RX. Point sous l’V de mundi, vingtième lettre.

R ♱ XPC. VINCIT. XPC. REGNAT: XPC. INPERAT. Croix fleuronnée, anglée de quatre fleurs de lys, dans un entourage composé de quatre cintres et de quatre angles; or, poids: 2,54 grammes (Fabrication de Sainte-Menehould, mai 1418.)

On conçoit aisément combien un pareil type était fait pour tenter les imitateurs étrangers; aussi vit-on dans plusieurs pays circuler des contrefaçons du petit mouton français.

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On était, dit M. Mantellier[44], à une époque difficile pour la monnaie; en France, les ateliers, privés par la guerre des ressources qui les alimentent, ne subsistaient qu’au moyen des refontes; et indépenda[=m]ent de ses embarras particuliers, le duc de Bourbon tenait aux affaires du roi par des liens trop intimes pour ne pas ressentir en Dombes le contre-coup de cette détresse. Il est peu étonnant, d’ailleurs, que ce prince, qui passa les premières années de sa vie à la guerre contre les Anglais, les dernières dans les intrigues du dauphin, et fut mêlé à tous les évènements d’alors, ait manqué de temps et d’argent pour monnayer.

Ces détails historiques rendent compte de la rareté excessive du mouton d’or que nous publions ici et qui constitue une importante acquisition pour la numismatique du xvᵉ siècle.

Henri V étant mort le 31 août 1422 et Charles VI le 21 octobre suivant, le jeune Henri VI fut proclamé roi de France le 12 novembre et le duc de Bedford fit frapper monnaie au nom du prince anglais partout où s’étendait son pouvoir. Cependant, en Normandie même, quelques places fortes étaient restées fidèles au dauphin. De ce nombre était le Mont-Saint-Michel, qui ne se rendit jamais aux troupes étrangères. L’atelier monétaire, établi en ce lieu, continuait à frapper au nom de Charles VII, ainsi qu’on le voit par différentes chartes[45]. Il est probable que la pièce suivante, conservée dans la collection de M. Rousseau, a été faite au Mont-Saint-Michel.

♱ AGN. DEI. QVI. TOLL. PCAT. MVDI. MISE. NOBS. Agneau nimbé tenant une bannière surmontée d’une croisette, sous les pieds de l’agneau: K. F. RX; le tout dans un entourage de onze petits cintres. Point sous la dix-huitième lettre.

R. ♱ XPC. VINCIT, etc. Croix fleuro[=n]ée, anglée de quatre fleurs de lys, dans un entourage composé de quatre cintres et de quatre angles, à l’extérieur duquel sont placées six fleurs de lys, une croisette et un groupe de trois points. Point sous la dix-huitième lettre. Or; poids: 2,56 grammes. (Fabrication de mai 1423.)

Cette monnaie, dont le style est relativement récent, convient parfaitement aux premières années du règne de Charles VII; mais, comme, d’une part, il n’est plus question de la fabrication des moutons d’or après l’ordona[=n]ce du 26 octobre 1428, et que, de l’autre, Charles ne rentra en possession des villes monétaires de la Normandie qu’en 1449, la présence du point sous la dix-huitième lettre, qui est la marque française de Saint-Lô, ne s’expliquerait pas.

Il est assez naturel de penser que ce point secret, devenu sans emploi par suite de la spoliation anglaise, fut attribué au lieu qui avait remplacé Saint-Lô dans la liste des ateliers français.

Nous voyons, en effet, les officiers royaux, qui avaient exercé leurs fonctions au Mont-Saint-Michel, réclamer, en 1453, contre la nomination de deux gardes de la monnaie de Saint-Lô, faite le 30 juin 1450[46]. A cette époque, cette dernière ville avait abandoné l’annelet sous la seconde lettre, différent des Anglais, pour reprendre le point sous la dix-huitième lettre, et le Mont-Saint-Michel cesse de figurer parmi les villes monétaires. De cette coïncidence il paraît résulter que ces deux ateliers n’ont battu de la monnaie française qu’à l’exclusion l’un de l’autre.

Si nos conjectures sont justes, ce mouton d’or aurait été frappé l’année même où Louis d’Estouteville et ses cent dix-neuf gentils-homes, aidés par les religieux de l’abbaye, repoussèrent, avec un courage resté célèbre, les attaques désespérées des Anglais.

ADRIEN DE LONGPÉRIER.

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