V** ROUMIEUX.
117.
Fours (Nièvre), 10 décembre 1910.
Je venais de m'offrir en victime à Nôtre-Seigneur quand je reçus le livre de la petite Sr Thérèse. Je l'ouvris par hasard le 6 août, jour de la Transfiguration, et aussitôt je me sentis envahi, comme je ne l'avais jamais été, par les ardeurs de l'amour divin. Au même instant où je commençais à lire, je sentis--oh! mais intensément--la présence à côté de moi de la petite Sr Thérèse.
FERNAND RICHARD[277].
118.
29 décembre 1910.
_Relation de la Rde Mère Prieure du Carmel de X._
En février 1909, Sr X. fut atteinte d'un gros rhume, accompagné d'une toux fatigante. Le 1er mars, elle eut une hémorragie, suivie de fortes douleurs à la poitrine et au dos, et sa faiblesse devint grande. Les hémorragies se renouvelèrent, presque chaque jour, jusqu'au 1er avril. Ce jour-là, le médecin déclara que les poumons étaient sérieusement atteints.
En avril et en mai, le mal empira, et elle fut condamnée par le docteur qui exigea qu'elle fût séparée du reste de la communauté à cause de la contagion. Je remis alors à la malade une relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et je fis avec les Sœurs deux neuvaines à la chère petite sainte que nous vénérons beaucoup ici et qui nous a obtenu de grandes grâces.
A la fin de la deuxième neuvaine (le 2 juillet 1909), la malade était guérie. Il y a de cela dix-huit mois et elle continue à jouir d'une santé parfaite.
_Relation du docteur._
J'ai soigné la Sr X. au cours d'une maladie très prolongée qui s'était annoncée par tous les symptômes de l'influenza aiguë et qui, s'étendant aux deux poumons, présenta ensuite les symptômes d'une consomption aiguë. Il y avait expectoration abondante, muco-purulente; une fièvre hectique d'un caractère très prononcé; un pouls extrêmement rapide et très faible, des sueurs abondantes la nuit, et un dépérissement tel que la malade fut presque réduite à l'état de squelette.
Les remèdes habituels: inhalations de formol, absorptions de créosote furent employés sans succès et je m'attendais tous les jours à recevoir la nouvelle de sa mort. Alors les religieuses de sa communauté eurent recours à la prière et, à mon grand étonnement, je l'avoue, une amélioration rapide se manifesta, et bientôt eut lieu la guérison complète. Le cas de la malade était cependant désespéré et rien moins qu'un miracle ne pouvait la sauver de la mort.
Docteur X.
119.
Belgique, décembre 1910.
Quelques jours après avoir subi ma douloureuse opération, le 9 décembre, Dieu me fit la grâce de comprendre et de sentir que je n'étais pas inutile à la Cause de Sr Thérèse et que ma vie de souffrances, offerte dans ce but, l'aiderait à accomplir sa mission. Depuis cette lumière, mon âme est dans un ineffable abandon, dans un état d'acquiescement complet à tout ce que Dieu voudra pour aider l'œuvre de la chère petite sainte.
Celle-ci a voulu me montrer, par une vision symbolique, jusqu'où elle pourrait m'entraîner dans cette voie; elle m'a fait entrevoir le calice de Jésus avec ses amertumes.
Il me semble, ma Mère, que le démon serait intéressé à ce que je ne parle pas de cette faveur, car le jour où je fus engagée à vous en faire la confidence et au moment même où je m'y décidai, je fus torturée pendant un quart d'heure par une puissance infernale qui voulait m'empêcher de parler.
Je dois dire d'abord que, depuis mon opération, je reçois chaque jour Nôtre-Seigneur dans ma chambre. La religieuse qui me soigne me fait boire, après l'action de grâces, l'eau des ablutions.
Le lundi 12 décembre 1910, je faisais comme d'ordinaire mon action de grâces, les yeux fermés, quand une religieuse s'approcha de moi, ayant à la main un petit verre dont le contenu un peu trouble, comme laiteux, me frappa. Je bus une longue gorgée du liquide qui m'était présenté; aussitôt une amertume affreuse se répandit dans ma bouche; je pensais au fiel qui abreuva Nôtre-Seigneur et j'hésitais à achever disant: «O ma Sœur, comme c'est amer! j'en ai pris assez, je vous assure, et n'en pourrais prendre davantage.» Mais la religieuse, me le présentant de nouveau, me dit: «Buvez, buvez encore, _car au fond c'est Jésus_!» J'achevai avec effort de boire l'amer breuvage et repris mon action de grâces. Un moment après survint mon infirmière apportant le verre d'eau habituel. Je lui dis avec simplicité: «Pourquoi m'en donner deux aujourd'hui, vous venez de me l'offrir déjà tout à l'heure?»--«Mais non, répondit-elle en riant, à quoi donc pensez-vous?»
Alors je commençai à comprendre qui m'avait apporté le premier verre à la mystérieuse amertume!
Dans la même matinée, Dieu acheva de m'éclairer. Il permit qu'une personne de mon entourage ayant vu, dans mon état, des symptômes alarmants qui ne m'auraient pas inquiétée à cause de mon inexpérience, eut la maladresse de me dire que je ne guérirais pas et qu'il me faudrait deux opérations successives et des plus graves. A cette épreuve s'en ajoutèrent, en même temps, d'autres plus intimes et non moins crucifiantes.
C'était bien Sr Thérèse qui était venue me présenter le calice de ma passion! Depuis elle continue de m'abreuver divinement; chaque jour amène sa goutte d'amertume, goutte délicieuse puisque la chère sainte est là pour m'aider à la boire et à l'offrir à Jésus.
Dans les sacrifices plus grands qui m'attendent encore, _c'est Jésus que je vois_; Thérèse me l'a dit, et ce mot d'elle a suffi pour jeter sur ma vie entière cette lumière pénétrante qui réduit tout en joie.