‹ Sophie, ou le mariage cachéChapitre 13 sur 32 · Scène III.

Scène III.

SOPHIE, CELICOUR.

(Pendant la fin de la Scène précédente, Sophie s’eſt avancée très lentement, & comme quelqu’un qui ſe promène, en voyant Clairville s’éloigner, elle s’arrête, fait un mouvement pour ſe retirer : Celicour va au devant d’elle & la retient.)

Celicour.

POurquoi vous retirer, belle Sophie ; Craignez-vous ma préſence ?

Sophie d’un ton doux & timide.

Non, mais peut-être la mienne interrompt-elle une converſation intéreſſante.

Celicour tendrement.

Oui, bien intéreſſante ! … ne pouvez-vous en deviner le ſujet ?

Sophie toujours avec timidité.

Mais… Clairville eſt votre Ami.

Celicour.

Je le crois.

Sophie.

Votre confiance eſt mutuelle.

Celicour.

Hé puis il eſt des momens où l’on trouve ſi doux de laiſſer lire dans ſon ame !

Sophie avec vivacité & tendreſſe.

Oh ſans doute !

Celicour.

Vous imaginez donc ? …

Sophie en héſitant.

Oui… j’imagine, … je penſe…

Celicour.

Vous penſez ? …

Sophie baiſſant la voix & les yeux.

Qu’un ſecret juſqu’à préſent caché, … une confidence…

Celicour avec feu.

Dont vous êtes l’objet… pourquoi rougir ? pourquoi baiſſer les yeux ?

Sophie.

Pardonnez un embarras, dont je ne ſuis pas maîtreſſe… Clairville n’auroit pas dû s’éloigner… me laiſſer ſeule avec vous… raſſurée par ſa préſence…

Celicour.

Elle n’auroit ſervi qu’à vous contraindre, car je vous l’avoue, je ne ſuis point du tout ſatisfait de lui.

Sophie avec inquiétude.

Comment Monſieur ?

Celicour.

Non ! loin de lui trouver cette chaleur, cet empreſſement…

Sophie effrayée.

Que me dites-vous ?

Celicour.

Il m’a paru froid, chagrin, mécontent…

Sophie.

Ô Ciel ! que vous m’affligez ; Se pourroit-il que Clairville ?…

Celicour.

Ne craignez rien, belle Sophie, vous avez pénétré mes ſentimens, vous daignez y prendre intérêt, rien ne pourra m’empêcher d’être heureux.

Sophie le regardant avec ſurpriſe.

Mais je ne puis comprendre…

Celicour.

Fiez-vous à ma tendreſſe, permettez-moi d’aſpirer à votre main, conſentez d’être à moi, & les obſtacles diſparoîtront.

Sophie.

Qu’entends je ?… ce diſcours eſt inconcevable… vous ! aſpirer à ma main ?… moi ! conſentir d’être à vous ?… & vous avez vu Clairville ?… Qu’a-t’il donc pu vous dire ?…

Celicour tendrement.

Eh ! que vous importent ſes ſentimens ?… chere Sophie, ſi vous approuvez les miens, ſi je puis me flatter que mes ſoins, mes empreſſemens vous les faſſent un jour partager ?…

Sophie, à part les premiers mots.

Je ne puis revenir de ma ſurpriſe !… Quel embarras !… Aurois-je dû m’attendre ?… Y ſongez-vous, Monſieur, & qui peut vous faire eſpérer que, perdant de vue mes devoirs, j’approuve jamais un amour qui m’offenſe ?… Oubliez-vous ce que vous devez à un parent généreux, à une fille reſpectable, vos engagemens avec Henriette ?…

Celicour vivement.

Elle ne ſera jamais à moi ; votre délicateſſe ſur ce point ne peut changer ma réſolution.

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