‹ Souvenirs d'égotisme autobiographie et lettres inédites publiées par Casimir StryienskiChapitre 105 sur 114 · LXXXIX

LXXXIX

A X...

Trieste, le 7 mai 1831.

Monsieur et cher ami,

Le 5 mars dernier, j’ai perdu le tiers de mon petit avoir, j’ai été nommé consul à Civita-Vecchia. Pourriez-vous écrire à M. de Sainte-Aulaire, pour qu’il _ne me fasse pas de mal_.

Vous savez, Monsieur, qu’un jour, M. Guizot était fort bien pour moi, deux jours après il était indifférent, vingt-quatre heures plus tard hostile.

Donc j’ai _un ennemi_ dans la société doctrinaire. On a toujours permis au consul de Civita-Vecchia d’avoir un pied à terre à Rome. La tempête me poussa en 1817, à Civita-Vecchia. Cela est un peu plus grand que Saint-Cloud et la fièvre y règne deux mois de l’année. Il n’y a que 14 lieues de ce beau port de mer à Rome. Aussitôt l’arrivée à Trieste de M. Levasseur, mon successeur, je partirai pour Rome. M. le comte Sébastiani m’annonce qu’il envoie mon brevet à l’ambassadeur du roi, à Rome, avec prière de me le transmettre directement à Civita-Vecchia, aussitôt qu’il aura été revêtu de l’exequatur du gouvernement pontifical.

Si nous pouvons obtenir que M. de Sainte-Aulaire ne me fasse pas de mal, ce sera un grand point. Au bout de quelques mois, nous pouvons avoir un chargé d’affaires non doctrinaire, non hostile à mon chétif individu. M. de Latour-Maubourg, par exemple eût été excellent pour moi; il n’est point écrivain et écrivain dans le genre emphatique.

Je vous remercie sincèrement de ce que vous avez fait pour la [Illustration: légion d'honneur-étoile]. Je vous demande votre bienveillance auprès du successeur, qui peut-être ne tiendra pas au _Globe_, dont j’ai eu le tort de me moquer.

Je lis vos œuvres avec grand plaisir dans le _Moniteur_.

Je vous félicite de la croix donnée à ce pauvre diable de Corréard et autres naufragés.

Agréez mes remerciements et mes respects.

H. BEYLE[354].