XXXIV
MÉLANIE GUILBERT À HENRI BEYLE.
Paris, 21 mai 1806.
Moi, je ne t’aime pas! moi, je fais lire tes lettres par un rival! Ah! mon ami, tu sais que mon cœur est trop plein de toi pour être jamais à un autre, mais il a besoin, ce cœur, d’être entièrement rassuré sur le tien.
Je me propose d’accepter un engagement à Naples, malgré ma faible poitrine, et si tu n’obtiens rien de tes parents, eh bien! tu viendras avec moi et notre chère petite; si par malheur je mourais, je te laisserais dix-huit à vingt mille francs qui pourront encore me revenir de la succession de mon père, en ne se pressant pas trop de vendre; je suis sûre aussi que tu pourrais avoir une place et quand elle te ne rapporterait que cent louis tu vivrais; et ma petite, que tu mettrais en pension ne te coûterait pas plus de huit cents francs; tu aurais encore mille écus en attendant un meilleur sort.
Adieu, mon cher et bien cher ami, crois que je t’aime et que je t’aimerai jusqu’au dernier jour de ma vie. Je suis bien pressée, Dugazon m’attend; mais je voulais t’écrire avant d’y aller. Je viens de recevoir ta lettre et j’avais besoin d’y répondre[176].