C. SIMONETTA. - IL
Mille amitiés à François[208]. Quels sont tes projets pour le voyage de Paris? tu logeras chez moi, nº 3.
Recacheté par moi avec de la cire[209], ne dis pas to the father où je suis[210].
A LOUIS CROZET[211].
Rome, 28 septembre 1816.
Un hasard le plus heureux du monde vient de me donner la connaissance _of 4 ou 5 Englishmen of the first rank and understanding_[212]. Ils m’ont illuminé, et le jour où ils m’ont donné le moyen de lire _the Edinburgh Review_[213] sera une grande époque pour l’histoire de mon esprit; mais en même temps une époque bien décourageante. Figure-toi que presque toutes les bonnes idées de l’_H_[214], sont des conséquences d’idées générales et plus élevées, exposés dans ce maudit livre. _In England, if ever the H._[215] y parvient, on la prendra pour l’ouvrage d’un homme instruit et non pas pour celui d’un homme qui écrit sous l’immédiate dictée de son cœur.
_P.S._--Note à mettre au dernier mot du dernier vers de la vie de Michel-Ange[216]:
On me conseille de mettre ici une note de prudence. Il faut pour cela parler de moi. Sous la Chambre de 1814, j’avais eu l’idée de faire imprimer ce ballon d’essai, à Berlin où, en fait d’opinion religieuse la liberté de la presse est honnête. Mais ce préjugé ridicule dans la monarchie, qu’on appelle amour et patrie, m’a fait désirer de voir le jour à Paris.
Toutefois, j’ai voulu, auparavant, acquérir la _certitude qu’on vend publiquement sur les quais et à vingt sous le volume_, la _Guerre des Dieux_, la _Pucelle_, le _Système de la Nature_, l’_Essai sur les mœurs_, de Voltaire, etc., etc.
Je ne savais pas une chose que l’on m’écrit, l’impression terminée, c’est que les délits de la liberté de la presse sont jugés par des juges bien justes et non pas par un jury. Or, ces Messieurs sont hommes, et, comme tels, fort curieux d’orner leur petit habit noir d’une croix rouge. On sait que les ministres mettent tout l’acharnement de la vanité piquée contre la liberté de la presse, et, au moyen du fonds de réserve des décorations, ils sont ici accusateurs et juges. Mon avoué aura beau dire que lorsqu’on permet la _Guerre des Dieux_, il est ridicule de s’offenser d’un livre spéculatif, fait peut-être pour une centaine de lecteurs. Si le ministre a besoin ce jour-là de paraître dévôt, pour faire excuser quelque mesure anti-religieuse, les chanceliers Séguier, les Omer ne sont pas rares[217].