LI
AU MÊME.
Milan, 1er octobre 1816.
_Note romantique._
La supériorité logique des Anglais, produite par la discussion d’intérêts chers, les met à cent piques au-dessus de ces pauvres gobes-mouches d’Allemands qui croient tout. Le système romantique, gâté par le mystique de Schlegel, triomphe tel qu’il est expliqué dans les vingt-cinq volumes de l’_Edinburgh Review_ et tel qu’il est pratiqué par Lord Ba-ï-ronne (Lord Byron). Le _Corsaire_ (trois chants) est un poème tel pour l’expression des passions fortes et tendres que l’auteur est placé en ce genre immédiatement après Shakespeare. Le style est beau comme Racine. _Giaour_ et la _Fiancée d’Abydos_ ont confirmé la réputation de Lord Byron, qui est généralement exécré comme l’original de Lovelace, et un bien autre Lovelace que le fat de Richardson. Lorsqu’il entre dans un salon toutes les femmes en sortent. La représentation de cette farce a eu lieu plusieurs fois à Coppet[225]. Il a trente ans, et la figure la plus noble et la plus tendre. Il voyage accompagné d’un excellent maquereau, un médecin italien. On l’attend ici au premier jour, je lui serai présenté. Le courrier part, sans quoi j’avais le projet de dicter pour toi la traduction de six pages de l’_Edinburgh_, nº 45, qui exposent toute la théorie romantique. Tâche de glisser le commencement de cet alinéa dans ma note romantique. Il faut bien séparer cette cause de celle de ce pauvre et triste pédant Schlegel, qui sera dans la boue au premier jour. Une fois les mille exemplaires imprimés, en envoyer sur le champ cinq cents à Bruxelles. Que dis-tu de cette idée? Le Corrège est impossible à faire. Je ne sais même si tu me passeras certains morceaux de Michel-Ange.--Il partira le 12 octobre, et moi vers le commencement de novembre pour la patrie de Brutus. Ne dis rien de cela à personne. Toujours la même adresse, nº 1117. J’attends avec impatience les premières feuilles. La lettre sur Coppet court les champs; je n’ai pu la rejoindre[226].