‹ Souvenirs d'un officier de la Grande ArméeChapitre 2 sur 66 · Partie 1 L’ABBE PIERRE-MAURICE BARRES

Partie 1 L’ABBE PIERRE-MAURICE BARRES

Il est question, à plusieurs reprises, dans ces Souvenirs, et dès leurs premières lignes, du frère aîné de J.-B. Barrès, mon grand-oncle Pierre-Maurice Barrès. C’est une figure intéressante et complexe, dont M. Ulysse Rouchon traçait, il y a peu, dans les Débats, un croquis attachant.

« Pierre-Maurice Barrès, disait-il, né à Blesle, le 22 septembre 1766, était l’un des derniers licenciés de l’antique Sorbonne. Il commença ses études sacerdotales au grand séminaire de Saint-Flour, et y reçut les ordres mineurs. Sous l’épiscopat constitutionnel de son compatriote Delcher, curé de Brioude, élu évêque de la Haute-Loire, le 28 février 1791, le jeune clerc, alors élevé au diaconat, vint au Puy, prêta serment, et fut chargé, en compagnie du cordelier Teyssier et de Bonnafox, curé de Lempdes, de la réorganisation du grand séminaire, abandonné par les sulpiciens insermentés.

« Les circonstances interrompirent le séjour de Barrès au grand séminaire, à la fin de 1792, époque à laquelle la direction de l’établissement fut remise aux vicaires épiscopaux. Il quitta alors l’habit ecclésiastique, et, à l’organisation de l’Ecole centrale du Puy, il fut pourvu, au choix, par arrêté municipal du 3 frimaire an V, de la chaire de Belles-Lettres.

« Barrès fut un des professeurs les plus distingués et les plus dévoués de ce nouveau collège. On le trouve, le 10 germinal an VII, présidant un exercice d’éloquence et parlant sur le prix et les caractères de la vraie liberté ; le 2 floréal an VII, célébrant le centenaire de la mort de Racine…

« Le 15 fructidor an XII, les maîtres et les élèves de l’Ecole centrale se séparaient, mais, depuis cinq ans, Pierre Barrès avait été appelé à des fonctions plus élevées. Lors de la création des préfectures, il avait été en effet désigné, par décret du 15 floréal an VIII, comme secrétaire général de la Haute-Loire.

« Pendant seize années, l’ancien professeur fut le collaborateur estimé de l’administration, et, sans exagération, l’on peut dire que ce fut lui qui supporta, presque à lui seul, tout le poids des affaires départementales. Doué d’une rare activité, il menait de front les travaux de sa fonction, les plaisirs, les relations mondaines. Les missions les plus délicates lui furent confiées à diverses reprises. En 1812, il alla soutenir à Paris les droits de la ville du Puy à un lycée ; en 1816, il fut envoyé à Lyon pour défendre auprès des Autrichiens les intérêts du département. Son habile intervention, dans le règlement des indemnités dues aux troupes d’occupation, lui valut la croix de la Légion d’honneur. Parvenu de la sorte à une situation éminente dans son propre pays, Barrès aurait pu légitimement entretenir de hautes ambitions, mais, à la suite d’une de ces crises de conscience qui sont l’apanage d’une élite, l’ancien clerc, de retour au Puy, se démit bientôt de sa charge.

« La nouvelle provoqua un vif étonnement dans la région, et souleva de nombreux commentaires, mais déjà l’ancien secrétaire général se trouvait à Bordeaux, auprès de son ami Cartal, supérieur du grand séminaire. Dix-huit mois après cette retraite, Mgr d’Aviau l’ordonnait prêtre, le nommait vicaire de la paroisse Saint-Michel, et, simultanément, suppléant de morale à la Faculté de Théologie. Ces fonctions attirèrent l’attention sur Pierre Barrès, qui devint grand vicaire le 1er avril 1819.

« Prédicateur très goûté, directeur spirituel renommé, l’abbé fut, durant plusieurs années, confesseur de la duchesse d’Angoulême. Le correspondant n’était pas moins apprécié, au dire du regretté chanoine Pailhès ; et ses lettres, léguée avec tous ses papiers au grand séminaire, mériteraient les honneurs d’une publication spéciale qui ne manquerait pas d’intérêt.

« Le 29 avril 1838, il mourut à Bordeaux, et fut inhumé dans le caveau de la primatiale Saint-André. »

Ainsi s’exprime le savant M. Ulysse Rouchon. J’ajouterai qu’on trouve le nom de Pierre-Maurice Barrès dans l’histoire de Mme Fourès, la jolie personne qui avait été la maîtresse de Bonaparte en Egypte.

L’abbé Pailhès, bien connu par ses précieux travaux sur Chateaubriand et sur Mme de Chateaubriand, m’avait écrit qu’il voulait peindre mon grand-oncle et faire connaître sa correspondance. Il disait que c’était un esprit qui avait de la profondeur. Je ne sais s’il avait éclairci le mystère de sa vie et l’énigme de sa conversion.

M. B.

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