LE DUC D’AUMALE A HUIT ANS
Quelques jours plus tard, le 28 septembre, Barrès dîne au Palais Royal.
Je pris place à la table du roi. Nous y étions soixante. Placé à un bout, à côté de l’aide de camp de service, le maréchal de camp, comte de Rumigny, je pus de ce point remarquer tous les convives, dont je me fis dire les noms par l’aide de camp. La beauté et la régularité du service, la délicatesse des mets, dont beaucoup m’étaient inconnus, le luxe des décorations, et de brillants accessoires qu’on ne peut guère trouver qu’à une table royale, m’instruisirent de la manière la plus intéressante sur les avantages de la richesse et les agréments du grand monde.
A cette table étaient le roi, Mme Adélaïde et la fille aînée du roi. Le duc d’Orléans et son frère, le duc de Nemours, présidaient une autre table, où tous les jeunes invités prirent place. On prit le café dans les grands salons, où je fus accosté par le duc d’Aumale, enfant de huit ans, qui me charma par son aimable babil et des connaissances qui m’étonnèrent, bien que son rang ne me les fît pas paraître au-dessus de ce qu’elles étaient. Il savait que le régiment allait à Strasbourg et moi à Wissembourg. Etonné de ce qu’il me disait, je lui demandai comment il pouvait savoir cela.
– C’est bien simple, me dit-il, votre capitaine de carabiniers est l’ami de mon précepteur. C’est par lui que j’ai appris tout ce que je sais sur votre prochain départ et votre destination.
Ce charmant enfant ne me quitta pas de la soirée, m’expliqua tous les tableaux de la galerie, et les beautés de chacun d’eux. Tout cela était dit avec un aplomb et une grâce charmante.
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