‹ Suite de Joseph DelormeChapitre 20 sur 76 · « Quand votre père octogénaire »

« Quand votre père octogénaire »

Quand votre père octogénaire
Apprend que vous viendrez visiter le manoir,
Ce front tout blanchi qu’on vénère
De plaisir a rougi, comme d’un jeune espoir.
Ses yeux, où pâlit la lumière,
Ont ressaisi le jour dans un éclair vermeil,
Et d’une larme à sa paupière
L’étincelle allumée a doublé le soleil.
Il vous attend : triomphe et joie !
Des rameaux sous vos pas ! chaque marbre a sa fleur.
Le parvis luit, le toit flamboie,
Et rien ne dit assez la fête de son cœur.
Moi qui suis sans flambeaux de fête ;
Moi qui n’ai point de fleurs, qui n’ai point de manoir,
Et qui du seuil jusques au faîte
N’ornerai jamais rien pour vous y recevoir ;
Qui n’ai point d’arbres pour leur dire
Ce qu’il faut agiter dans leurs tremblants sommets,
Ce qu’il faut taire ou qu’il faut bruire ;
Chez qui, même en passant, vous ne viendrez jamais ;
Dans mon néant, ô ma Princesse,
Oh ! du moins j’ai mon cœur, la plus haute des tours ;
Votre idée y hante sans cesse ;
Vous entrez, vous restez, vous y montez toujours.

Là, dans l’étroit et sûr espace,
Vous monterez sans fin par l’infini degré ;
Amie, et si vous êtes lasse.
Plus haut, montant toujours, je vous y porterai.

Ἀλλάλαις λαλέοντι τεὸν γάμον αἱ κυπάρισσοι.

Page 1