XCI.
Je quitterai l’amour, peut-être plutôt que je ne pense ; mais je ne quitterai jamais Thémire. Je n’en ferois pas le sacrifice aux dieux. Je veux que ses belles mains, qui tant de fois ont amusé mon réveil, me ferment les yeux. Je veux qu’il soit difficile de dire, laquelle aura eu plus de part à ma fin, ou de la Parque, ou de la Volupté. Puissé-je véritablement mourir dans ses beaux bras, où je me suis tant de fois oublié ! Et, (pour tenir un langage qui rit à l’imagination, & peint si bien la nature,) puisse mon ame errante dans les champs élysées, & comme cherchant des yeux sa moitié, la demander à toutes les ombres ; aussi étonnée de ne plus voir le tendre objet qui la tenoit, il n’y a qu’un moment, dans des embrassemens si doux ; que Thémire, de sentir un froid mortel dans un cœur, qui, par la force dont il battoit, promettoit de battre encore longtemps pour elle. Tels sont mes projets de vie & de mort ; dans le cours de l’une & jusqu’au dernier soupir, Epicurien voluptueux ; Stoïcien ferme, aux approches de l’autre.
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