‹ Tartarin de TarasconChapitre 10 sur 36 · X

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Avant le départ.

[25]Pendant que Tartarin s'entraînait ainsi par toute sorte de moyens héroïques, tout Tarascon avait les yeux sur lui; on ne s'occupait plus d'autre chose. La chasse à la casquette ne battait plus que d'une aile, les romances chômaient. Dans la pharmacie Bézuquet le piano languissait sous une housse verte, et

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les mouches cantharides séchaient dessus, le ventre en l'air.... L'expédition de Tartarin avait arrêté tout.

Il fallait voir le succès du Tarasconnais dans les salons. On se l'arrachait, on se le disputait, on se l'empruntait, on se le [5]volait. Il n'y avait pas de plus grand honneur pour les dames que d'aller à la ménagerie Mitaine au bras de Tartarin, et de se faire expliquer devant la cage du lion comment on s'y prenait pour chasser ces grandes bêtes, où il fallait viser, à combien de pas, si les accidents étaient nombreux, etc., etc.

[10]Tartarin donnait toutes les explications qu'on voulait. Il avait lu Jules Gérard et connaissait la chasse au lion sur le bout du doigt, comme s'il l'avait faite. Aussi parlait-il de ces choses avec une grande éloquence.

Mais où il était le plus beau, c'était le soir à dîner chez le [15]président Ladevèze ou le brave commandant Bravida, ancien capitaine d'habillement, quand on apportait le café et que, toutes les chaises se rapprochant, on le faisait parler de ses chasses futures....

Alors, le coude sur la nappe, le nez dans son moka, le héros [20]racontait d'une voix émue tous les dangers qui l'attendaient là-has. Il disait les longs affûts sans lune, les marais pestilentiels, les rivières empoisonnées par la feuille du laurier-rosé, les neiges, les soleils ardents, les scorpions, les pluies de sauterelles; il disait aussi les moeurs des grands lions de l'Atlas, leur façon [25]de combattre, leur vigueur phénoménale et leur férocité au temps du rut....

Puis, s'exaltant à son propre récit, il se levait de table, bondissait au milieu de la salle à manger, imitant le cri du lion, le [30]bruit d'une carabine, pan! pan! le sifflement d'une balle explosible, pfft! pfft! gesticulait, rugissait, renversait les chaises....

Autour de la table, tout le monde était pâle. Les hommes se regardaient en hochant la tête, les dames fermaient les yeux avec de petits cris d'effroi, les vieillards brandissaient leurs longues

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cannes belliqueusement, et, dans la chambre à côté, les petits garçonnets qu'on couche de bonne heure, éveillés en sursaut par les rugissements et les coups de feu, avaient grand'peur et demandaient de la lumière.

[5]En attendant, Tartarin ne partait pas.

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