2.8
Ah criez donc bien fort, faiseurs de vertu aux gants jaunes, criez bien vous qui parlez de morale et entretenez des danseuses, criez fort, vous qui faites plus pour votre chien que pour votre laquais, criez fort, vous qui condamnez à mort l’homme qui tue par besoin, vous qui tuez par mépris, criez fort juges dont la robe est rouge de sang, criez fort vous qui montez chaque jour à votre tribunal sur les têtes que vous y avez abattues. Criez fort ministres aux mains crochues, – vous qui vous vantez des places à accorder à l’époux et payées par sa femme – par sa pauvre femme qui vous demandait pardon, grâce, pitié, merci – Qui embrassait vos genoux, qui se cramponnait au drap bleu de votre bureau aux pieds d’or, qui se cachait les yeux dans les draps rouges de vos fenêtres, et (vous) qui avez brisé son honneur, vous dont la noire bouche a dit : « Cet homme sera directeur de poste », et qui en même (temps) avez craché sur le visage de sa femme.