2.22
Et dans le temps que j’étais jeune et pur, que je croyais à Dieu, à l’amour, au bonheur, à l’avenir, à la patrie, dans le temps que mon coeur bondissait au mot liberté – alors, oh que Dieu soit maudit par ses créatures, alors Satan m’apparut et me dit :
— Viens, viens à moi, tu as de l’ambition au coeur et de la poésie dans l’âme, viens je te montrerai mon monde, mon royaume à moi.
Et il m’emmena avec lui et je planais dans les airs. Comme l’aigle qui se berce dans les nuages.
Et voilà que nous arrivâmes en Europe.
Là il me montra des savants, des hommes de lettres, des femmes, des fats, des bourreaux, des rois, des prêtres, des peuples et des sages. Ceux-là étaient les plus fous.
Et je vis un frère qui tuait son frère, une mère qui prostituait sa fille, des écrivains qui trompaient le peuple, des prêtres qui trahissaient les fidèles, la peste qui mange les nations et la guerre qui moissonne les hommes. Là c’était un intrigant qui rampait dans la boue, arrivait jusqu’aux pieds des grands, leur mordait le talon – ils tombaient. Et alors il tressaillait de joie de la chute qu’avait faite cette tête en tombant dans la boue.
Là un roi savourait ses sales débauches dans la couche d’infamie où de père en fils ils reçoivent des leçons d’adultère.
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