Chapitre 6
Si l’on calomniait mon esprit et mes principes, on n’attaquait pas mon coeur, car j’étais bon alors et les misères d’autrui m’arrachaient des larmes.
Je me souviens que, tout enfant, j’aimais à vider mes poches dans celles du pauvre ; de quel sourire ils accueillaient mon passage et quel plaisir aussi j’avais à leur faire du bien. C’est une volupté qui m’est depuis longtemps inconnue – car maintenant j’ai le coeur sec, les larmes se sont séchées. Mais malheur aux hommes qui m’ont rendu corrompu et méchant, de bon et de pur que j’étais ! Malheur à cette aridité de la civilisation qui dessèche et étiole tout ce qui s’élève au soleil de la poésie et du coeur ! Cette vieille société corrompue qui a tout séduit et tout usé. Ce vieux juif cupide mourra de marasme et d’épuisement sur ces tas de fumier qu’il appelle ses trésors, sans poète pour chanter sa mort, sans prêtre pour lui fermer les yeux, sans or pour son mausolée, car il aura tout usé pour ses vices.
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