‹ Théodore de Neuhoff, Roi de CorseChapitre 71 sur 84 · XXIX.

XXIX.

TRADUCTION DE LA LÉGENDE D'UNE CARICATURE ALLEMANDE AU SUJET DE THÉODORE DE NEUHOFF[885].

Le Satyre Corse visionnaire ou le rêve à l'état de veille dont l'image représente dérisoirement Théodore, premier et dernier en sa personne pseudo-roi des Corses rebelles.

Hôte bienvenu, absolument inespéré![1] Avec quelle joie te recevra-t-on? En suite de la lettre que tu as écrite, Tu vas maintenant atteindre le but. La présence a beaucoup plus de force Que les écrits ne produisent d'impression Pour gagner complètement les cœurs; Tu es un étranger, ainsi que chacun sait, Mais le voyage dans les eaux calmes Rend tes sentiments très patriotiques. Nous, Corses, tombons à genoux[2] Mais non pour nous courber devant Gênes; Une nouvelle Majesté est ici,[3] Que l'on doit fêter royalement, Et lorsque l'antique Rome Fit Tarquin Roi, Une couronne de feuillage fut aussi tressée, Mais, il est vrai, bientôt l'inconstance, De la ville a banni le roi. Les grandeurs sont très contestées!

C'est le sort que je crains toujours pour toi, Parce que ton royaume s'est si vite formé; A peine pouvais-tu passer pour baron, Que ton heure comme roi était venue. A aucune cour, puissance ou couronne Tu n'as annoncé ton avènement. Que penseront-elles toutes? Le droit légitime génois Te combattra fort encore; Et qui sait quelle prime il donnera?

Tu es, il est vrai, parfaitement qualifié Et tu parles beaucoup de jolies langues; Tu sais aussi comment on ergote Et peux également bien pérorer; Un empire exige un trône, Un sceptre de roi et la couronne; Il est donné à chacun ce dont il est digne; Que cela te soit donc octroyé, Car tu l'as bien mérité!

Mais, mais Monsieur Théodore, Il me faut te le dire franchement, Je ne vois pas bien la suite, Ne dois-je pas la dire puérile? Dis donc où est écrit Que la Majesté t'appartienne? Comment l'as-tu donc acquise? La ruse, l'intrigue et même le vol T'ont apporté sur cette île; Autrement tu aurais perdu ta mise.

Tu peux, il est vrai, ainsi que je l'ai dit, Parler latin, allemand, français. L'anglais, l'espagnol ne te font pas défaut. Mais cela n'empêche point que je te dise mes raisons. L'île n'est pas un royaume libre, Elle appartient à la République Qui y a fait tant de dépenses, Car de cette terre précédemment inculte, Elle a fait un état policé Et y a établi le bon ordre.

Tu peux à toi-même, Monsieur le Baron, Te dire en langue italienne: Tu es un nouveau Robinson. Mais cela n'a pas le sens commun, Car lui seul était seigneur et chevalier, Habitait une île sans êtres humains Et peuplée d'animaux sauvages; Tandis que tu fais en Corse Une curie royale, Neuhoff, Et veux comme souverain régir une multitude.

Ce que disent la Russie de Demetrio Et Naples de Masagnello Montre ce que là est la rébellion, Et comment on en chasse cette peste; On y guérit rapidement les malades, Par le sommeil de mort, soudain, Produit au moyen du glaive. Ainsi un pays est bientôt libéré De cette épidémie, de ce fléau; Tu peux porter cela en ton cœur!

Tu dis il est vrai: Bast! advienne que pourra! Résider à Bastia. Est mon but déjà manifesté; Je ne dois plus me soumettre. Maintenant la multitude mécontente Arbore, en pays devenu État, La tête de maure comme insigne du Royaume[4]. La croix rouge sur écu d'argent, Qui de Gênes est l'insigne[5], Doit, de l'île, totalement disparaître.

Pronostique seulement qui peut. Nous, Corses, avons argent et armes; Tout cela le Satyre l'entend[6], Qui maintenant rêvant dort éveillé. Le roi Théodore premier Se présente à lui comme dernier. Tout sera bientôt bouleversé[7] Lorsque la République trouvera aide: Ainsi sera châtié le valet licencieux, Et la nouvelle cour sera renversée.

Car ce qui naît en avril, Rarement a une longue existence, Et passe comme la parure de feuillage. Ainsi changent les heures inconstantes. Qui sait ce qui arrivera d'ici à l'automne? Je n'ai pas moi d'incertitude quant à mon foyer Et j'assisterai en riant à l'aventure. Je m'enquiers curieusement à la poste, Et alors même qu'il m'en coûterait quatre gros, Il faut que je m'achète la gazette!

Et précisément il me revient en mémoire Que l'or et l'argent ne sauraient manquer. Un travailleur sait parfaitement[8] Qu'il n'a pas à se faire de peine: On prend des ducats ici et là, Et on donne en échange les plus belles paroles. On a voulu les multiplier, Et, à l'instar du voleur, Mercure s'envole. On sait donc, non sans raison, Avec du vent contenter les gens!

Ainsi s'évanouit le règne baronique Et à Sa Majesté on doit conseiller De se retirer vivement en Alger Pour y cuisiner du singe.[9] Si un Corse vient à avoir connaissance De ce que sur lui il est écrit ici, Je serais désireux qu'il veuille bien Faire ainsi qu'il le pensait. Que celui qui a fait ceci Près de lui soit mandé.

[885] Voir la gravure, p. 232-233

EXPLICATION DE LA GRAVURE.

Le baron Théodore de Neuhoff débarquant. Les Corses rebelles lui souhaitent la bienvenue et le proclament roi. Le roi nouvellement couronné avec une couronne formée de feuillage. Les armes de Corse. Un d'eux est repoussé qui porte sur l'épaule, au bout d'un bâton, les armes génoises. Satyre sous un chêne (représentant l'inconstance qu'il faut craindre) dormant sur une couche de roses épineuses; il tient à la main une longue-vue largement développée lui permettant de voir l'avenir. Le génie de la Vanité lui soufflant dans la main une bulle de savon. Un singe travailleur cause des explosions et voit écrit dans la fumée le mot: fourberie. Deux singes jouant, à côté d'eux, les cartes mélangées; devant eux, les unes sur les autres, les cartes jouées, dont celle de dessus est le roi vert; un des singes fait le point avec l'as de cœur et attire à lui la mise. Passeport provisoire du Roi chimérique remercié se sauvant.

1. Je suis un des grands d'Espagne, Le Chevalier errant sans armes.

2. Pour beaucoup j'étais un lord anglais. Maintenant que je suis un roi, la renommée le dira.

3. Moi, pauvre étranger, j'ai voulu égaler les grands. En France on se rit de moi comme partout ailleurs.

4. Le nouveau roi doit partir de la Corse Et bientôt répandra d'amers pleurs.

5. Je viens du Nord, si je suis né prince; Comme lieutenant allemand j'ai perdu le service.

6. L'Ordre allemand doit me faire aussi chevalier. J'ai su partout me conduire parfaitement. Il est vrai que je suis issu de nobles en Westphalie; Cependant comme baron étranger je dois lever le pied.

Fait parce qu'un nouveau roi, le baron de Neuhoff, a été proclamé par quelques Corses.

TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS

A

ACCINELLI, chroniqueur génois, 10, 12.

Africain (L'), navire, 178, 180, 182, 184, 185, 187, 188, 189, 190, 195, 196, 198, 200.

AFRIQUE, 149.

AGATA (François DE), 159, 160, 166.

AGOSTINI (François), 331.

AITELLI (Simon), 11, 12, 34.

AIX-LA-CHAPELLE, 347, 349, 352.

AJACCIO, 102, 117, 208, 273, 275, 277.

ALBERONI (Cardinal), 22, 23, 24, 25.

ALBERTINI (Chanoine), 47.

ALBREET (Baron D'), ministre impérial à Lisbonne, 145.

ALÉRIA, arr. de Corte, canton de Moita, 1, 2, 3, 37, 41, 43, 44, 45, 47, 50, 68, 70, 121, 136, 174, 175, 232, 261, 346, 364.

ALESANI (Auj. VALLE-D'ALESANI), arr. de Corte, cant. de Valle, 69, 71, 364.

-- (Couvent d'), 54, 57, 385.

ALICANTE, 182, 185, 203.

ALFIERI, 4.

ALGAJOLA, arr. de Calvi, cant. de Muro, 95, 96.

ALGER, 123, 183.

ALLEMAGNE, 15, 16, 144, 179, 256, 297, 298, 345, 347, 349.

AMBROGGI (Jean-Jacques), 179.

AMÉLIE, mère de Théodore de Neuhoff, 16.

AMELOT, ministre des affaires étrangères, 169, 174, 175, 198, 202, 203, 204, 207, 223, 224, 225, 227, 228, 250, 263, 264, 278, 279, 283, 285.

AMPUGNANI (Auj. SAN-GAVINO D'AMPUGNANI), arr. de Bastia, cant. de Porta, 68, 93, 98.

AMSTERDAM, 101, 131, 133, 132, 134, 138, 139, 158, 163, 165, 178, 179, 180, 181, 182, 184, 187, 188, 195, 199, 238, 243, 244, 253, 346, 347, 351, 355, 391.

ANGELO (D'), vice-consul de France à Bastia, 60, 63.

ANGERVILLIERS (D'), ministre de la guerre, 104, 105, 106, 169.

ANGES DE LA CONGRÉGATION DE MANTOUE (Couvent des), 290.

ANGLETERRE, 21, 27, 35, 64, 109, 152, 153, 239, 256, 265, 271, 280, 283, 284, 285, 291, 295, 304, 313, 314, 324, 332, 333, 335, 336, 339, 357, 358, 359, 365, 369, 370, 371, 376, 390.

ANTIBES, arr. de Grasse, chef-l. de canton, 171.

ANTOINE Ier, prince de Monaco, 248.

APPREMONT (Comtesse D'), 26.

ARGENSON (D'), ministre des affaires étrangères, 324, 329.

ARNO (Fleuve), 277, 280, 281.

ARRIGHI, 49, 50, 53, 54, 55, 74, 83, 96, 97, 210.

ARRIGO (Le comte), surnommé Il Bel Mersere, 3.

ASCANIO (Le Père), ministre d'Espagne à Florence, 127, 128.

ASINAO (Aiguilles de l'), Corse, 119.

AUTRICHE, 248, 324, 339, 341.

AVIGNON, 233.

B

BAGLIONI, valet de chambre du grand-duc de Toscane, 126.

BAÏA, prov. et circond. de Caserte, 196.

BALAGNE (Province de Corse), 8, 49, 54, 74, 82, 95, 97, 98, 99, 102, 109, 211, 213, 214, 268, 273, 276, 325.

BALCHEN, capitaine de navire, 273, 274, 277, 280.

BALDANZI, prêtre, 290.

BALIZONE TEODORINI (Gio-Maria), prêtre, 209.

BANC DU ROI, prison pour dettes, à Londres, 363, 365, 366, 371, 376, 380, 386.

BARCKLEY, capitaine de navire, 265, 266, 313.

BARENTZ (Gustave), capitaine de navire, 140, 142, 143, 147, 148, 152, 153, 154, 155.

BASTIA, chef-l. d'arr., 2, 5, 8, 10, 11, 52, 64, 70, 74, 75, 76, 78, 96, 98, 100, 103, 109, 110, 136, 137, 167, 171, 174, 194, 205, 211, 213, 229, 232, 269, 325, 326, 327, 328, 339.

BASTILLE (La), à Paris, 26, 28.

BAVELLA (Forêt de), Corse, 119.

BAVIÈRE, 19, 20.

BEAUJEU (Humbert DE), 248, 249, 250, 251, 252, 253, 254, 255, 256, 316, 317.

BEDFORD (Duc DE), 357, 358, 362.

BELLE-ISLE (Maréchal DE), 365, 366.

BEMBO, capitaine génois, 95, 96.

BENTINCK (Comte DE), plénipotentiaire des États-Généraux au Congrès d'Aix-la-Chapelle, 352, 373.

BELEM, Portugal, Estram., 143.

BERGHEIM (Baron DE), nom pris par Théodore de Neuhoff, 302, 351.

BERLENGA (Îles), Portugal, 143.

BERNABO, agent de Gênes à Rome, 243, 244, 246.

BERSIN, 356.

BERTELLI, commandant, 273.

BERTOLETTI, 106.

BESSEL (Jonias von), 178, 190.

BEVERS (Antoine), capitaine de navire, 159, 160, 161, 162, 163.

BIAGI (Guido), 390.

BIGANI (Ranieri), ancien commandant du bagne à Livourne, 234, 235, 236, 237, 240, 241, 243, 264.

-- (Mme), 240.

-- (Mlle), 264.

-- (Fils), 39.

BIGORNO, arr. de Bastia, cant. de Campitello, 214.

BOIERI, colonel au service de l'Espagne, 252.

BOISSIEUX (Comte DE), commandant de l'expédition française en Corse, 171, 172, 173, 174, 175, 184, 194, 195, 205, 206.

BOLLER, 193.

BOLLET (Tobias-Fredericus), 179.

BOLOGNE, 128, 173.

BONFIGLIO GUELFUCCI, chroniqueur corse, 4.

BONIFACIO, arr. de Sartène, chef-l. de cant., 74, 189, 216.

BONIS (Ange DE), docteur, 320.

BONN-SUR-LE-RHIN, 227.

BONNEVAL (Comte DE), 36, 42.

BOOKMANN, 143, 144, 155, 156, 158, 165.

BOON (Lucas), député aux États pour la province de Gueldre, 138, 139, 140, 141, 142, 143, 144, 154, 155, 156, 158, 160, 165, 166, 177, 197, 238, 243, 244.

BORGO, arr. de Bastia, chef-l. de cant., 205.

BOTTA (Marquis DE), 335, 336.

BOUVER (François), consul de Hollande à Livourne, 199.

BOYER (Alexandre), patron de tartane, 186.

BRADIMENTE MARI (Comte), 330.

BRACKWELL (Thomas), 101.

BRAVONA (Rivière), Corse, 51.

BREITWITZ (Général), commandant des troupes autrichiennes en Toscane, 265, 274, 279, 280, 284, 288, 295, 304, 309, 311, 312.

BRESCIA, 307.

BORSCHERD (M. et Mme), de Cologne, 349.

BRIGNOLE, envoyé extraordinaire de Gênes à Paris, 169, 223.

BRUYN, VERNAIS ET CLOOTS, marchands droguistes à Lisbonne, 144, 165.

BUONGIORNO (Cristoforo), 39, 72, 87, 88, 89, 174.

-- (Léonard), 36, 37, 38, 39.

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