Chapitre 1 OBJET DE L’INSTITUTION
Pour déterminer le caractère de l’institution que l’Empereur demande à réaliser, et que lui-même ignore, nous nous poseront la question suivante :
Quel est l’emploi le plus utile, pour le pays et pour l’État, qu’on puisse faire, après l’exposition qui a lieu en ce moment, du Palais de l’Industrie ?
A quoi, pour peu qu’on veuille y réfléchir, la réponse n’est pas douteuse. Allant du particulier au général, suivant la méthode qui régit toutes les choses d’utilité publique, nous dirons :
Le Palais de l’Industrie ayant été construit en vue de l’Exposition de 1855, il faut, cette cérémonie terminée, s’en emparer pour une exposition permanente.
En autres termes, et pour donner plus de développement à cette idée, il faut d’une exposition passagère, sorte de joute industrielle, entreprise au point de vue théâtral et stérile de la vanité des nations et de l’orgueil des fabricants, faire une Exposition permanente,au point de vue positif, réaliste et pratique de l’échange des produits, de leur circulation pleine et régulière, de leur consommation à juste prix, de la loyauté et de la facilité des transactions, de l’augmentation du travail et du salaire, de l’émancipation de l’ouvrier, de l’équilibre des valeurs, de la police des marchés, de la centralisation en même temps que de la liberté du commerce, du crédit industriel et agricole, du progrès de la richesse générale,etc., etc.
Toutes choses qui impliquent un organisme, une administration, une puissance motrice, c’est-à-dire la formation d’une Société, agent et représentant de l’institution nouvelle.
Tel est, en termes généraux, l’emploi rationnel et utilitaire, hautement démocratique, que cherche pour le Palais de l’Industrie l’empereur Napoléon ; — et tel sera l’objet de la Sociétéà qui la concession en sera faite.
A cet égard, nous pouvons dire que nous avons trouvé toutes les opinions d’accord : fabricants, manufacturiers, en un mot producteurs ; commissionnaires et entrepreneurs de transports ; théoriciens et praticiens, utopistes et routiniers, toutes les professions, toutes les intelligences sont sur ce point unanimes, toutes les tendances y convergent : c’est pourquoi nous ne citerons point ici de noms ni d’autorités : le sens commun et l’évidence suffisent.
L’objet de la Société ainsi défini, une question non moins grave se pose, et d’une solution moins facile.
L’Empereur demande une institution d’utilité publique et populaire ; et voici que nous parlons de donner à cette institution, pour moteur, agent, organe, une Société de commerce, c’est-à-dire un être collectif sans doute, et anonyme, mais pourtant personnel. Comment concilier ces deux choses que l’on a vues toujours et partout antagoniques ? N’allons-nous pas tomber dans le défaut de toutes les fondations modernes, que l’intention de l’Empereur est précisément ici d’éviter ?
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