‹ Théorie de la propriétéChapitre 21 sur 28 · § 6. – Avances et prêts de produits sur hypothèque.

§ 6. – Avances et prêts de produits sur hypothèque.

De même que la Société de l’Exposition perpétuelle ne fait nulle concurrence à la Société de Crédit mobilier, dont l’attribution propre est la commandite, elle ne se propose pas davantage de rivaliser avec la Société de Crédit foncier, qui d’ailleurs n’existe pas.

Qu’entendons-nous par avances et prêts de produits sur hypothèque ?

Tantôt la Société prêtera à un agriculteur des outils, des semences, des objets de consommation, des bestiaux au besoin, dont la valeur sera hypothéquée sur le sol, et de préférence sur les récoltes. — Elle fera de même pour le manufacturier : on comprend au surplus que l’avance ou prestation de produits à long terme sur hypothèques ne viendra qu’en dernier lieu, après qu’on aura épuisé les avances sur consignation de produits et à terme court.

L’importance de ces opérations, lorsqu’il sera permis à la Société de s’y livrer,est incalculable.

C’est un fait que le travail général a puissance de produire plus qu’il ne consomme, surtout dans l’industrie et les arts. Il y aura donc toujours dans les entrepôts des quantités considérables de produits en excédant, qui, ne pouvant s’échanger contre d’autres produits ou se placer à court terme, devront chercher leur écoulement au moyen du placement à long terme, et sur hypothèque.

Dans cette situation, il est évident que le preneur sur hypothèque rend au consignataire surchargé un service égal à celui qu’il en reçoit ; leurs positions respectives sont identiques à celle des échangistes au comptant. Le placement pourra donc se faire aussi, comme l’échange immédiat, sans intérêt,sous la garantie de la Société, et moyennant la simple commission qui lui appartient.

Ainsi la Société de l’Exposition perpétuelle,qui ne semble faite, au premier abord, que pour l’échange des produits manufacturés et des objets de consommation, touche aux intérêts les plus intimes de l’agriculture ; elle devient l’intermédiaire précieux, tout-puissant, entre la population rurale et la population industrielle.

On s’est ingénié à cette institution du Crédit foncier ;on a fait les combinaisons les plus savantes pour l’intérêt, l’annuité, l’émission des obligations ; pour cette création avortée, on a réformé la loi des hypothèques ; on a multiplié les encouragements, les excitations, les priviléges, et le résultat de ce long et solennel effort a été néant.

Sans afficher des prétentions aussi hautes, sans y mettre tant de mystère, la Société de l’Exposition perpétuelle pourra subvenir un jour pour une part considérable aux besoins de l’agriculture, avec profit pour elle, profit pour ses commettants, et sans exiger du laboureur aucune rétribution !…

Cette conception nouvelle du prêt sur hypothèque implique naturellement que le montant des avances faites d’après ce mode sera proportionnel aux existences de produits en excédant. Si l’excédant est faible, les prestations sur hypothèques seront peu considérables ; si les excédants augmentent, les prestations augmenteront aussi : et qui sait si, après tout, ce mode de placement ne deviendra pas lui-même un objet de spéculation pour les cosignataires ?…

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