‹ Un chapeau de paille d’ItalieChapitre 1 sur 50 · Scène première.

Scène première.

VIRGINIE, FÉLIX.

Virginie, à Félix, qui cherche à l’embrasser.

Non, laissez-moi, monsieur Félix !… Je n’ai pas le temps de jouer.

Félix.

Rien qu’un baiser ?

Virginie.

Je ne veux pas !…

Félix.

Puisque je suis de votre pays !… je suis de Rambouillet…

Virginie.

Ah ! ben ! s’il fallait embrasser tous ceux qui sont de Rambouillet !…

Félix.

Il n’y a que quatre mille habitants.

Virginie.

Il ne s’agit pas de ça… M. Fadinard, votre bourgeois, se marie aujourd’hui… vous m’avez invitée à venir voir la corbeille… voyons la corbeille !…

Félix.

Nous avons bien le temps… Mon maître est parti, hier soir, pour aller signer son contrat chez le beau-père… il ne revient qu’à onze heures, avec toute sa noce, pour aller à la mairie.

Virginie.

La mariée est-elle jolie ?

Félix.

Peuh !… je lui trouve l’air godiche ; mais elle est d’une bonne famille… c’est la fille d’un pépiniériste de Charentonneau… le père Nonancourt.

Virginie.

Dites donc, monsieur Félix… si vous entendez dire qu’on ait besoin d’une femme de chambre… pensez à moi.

Félix.

Vous voulez donc quitter votre maître… M. Beauperthuis ?

Virginie.

Ne m’en parlez pas… c’est un acariâtre, premier numéro… Il est grognon, maussade, sournois, jaloux… et sa femme donc !… certainement, je n’aime pas à dire du mal des maîtres…

Félix.

Oh ! non !…

Virginie.

Une chipie ! une bégueule, qui ne vaut pas mieux qu’une autre.

Félix.

Parbleu !

Virginie.

Dès que Monsieur part… crac ! elle part… et où va-t-elle ?… elle ne me l’a jamais dit… jamais !…

Félix.

Oh ! vous ne pouvez pas rester dans cette maison-là.

Virginie, baissant les yeux.

Et puis, ça me ferait tant plaisir de servir avec quelqu’un de Rambouillet…

Félix, l’embrassant.

Seine-et-Oise !

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