Scène III.
FADINARD, ACHILLE.
Fadinard, paraissant à droite, très timidement.
Pardon, monsieur !…
Le domestique sort.
Achille.
Entrez donc, mon cher, entrez donc !…
Fadinard, embarrassé et s’avançant avec force saluts.
Je vous remercie… j’étais bien là… (Il met son chapeau sur sa tête et l’ôte vivement.) Ah !… (À part.) Je ne sais plus ce que je fais… ces domestiques… ce salon doré… (Indiquant la droite.) Ces grands portraits de famille qui avaient l’air de me dire : « Veux-tu t’en aller ! nous ne vendons pas de chapeaux !… » Tout ça m’a donné un trac !…
Achille, le lorgnant à part.
Il a bien l’air d’un Italien !… Quel drôle de gilet !… (Il rit en le lorgnant.) Eh ! eh ! eh !
Fadinard, lui faisant plusieurs saluts.
Monsieur… j’ai bien l’honneur… de vous saluer… (À part.) C’est quelque majordome !…
Achille.
Asseyez-vous donc !…
Fadinard.
Non, merci… je suis trop fatigué… c’est-à-dire… je suis venu en fiacre…
Achille, riant.
En fiacre ?… c’est charmant !
Fadinard.
C’est plus dur… que charmant.
Achille.
Nous parlions de vous à l’instant !… Ah ! mon gaillard ! Il paraît que vous aimez les petits pieds ?…
Fadinard, étonné.
Aux truffes ?…
Achille.
Ah ! très joli !… C’est égal, votre histoire de soulier est adorable… adorable !…
Fadinard, à part.
Ah çà ! qu’est-ce qu’il me chante ?… (Haut.) Pardon… s’il n’y a pas d’indiscrétion, je désirerais parler à madame la baronne…
Achille.
C’est prodigieux, mon cher… vous n’avez pas le moindre accent…
Fadinard.
Oh ! vous me flattez…
Achille.
Ma parole ! vous seriez de Nanterre…
Fadinard, à part.
Ah çà ! qu’est-ce qu’il me chante ?… (Haut.) Pardon… s’il n’y a pas d’indiscrétion, je désirerais parler…
Achille.
Àmadame de Champigny ?… Elle va venir, elle est à sa toilette… et je suis chargé de la remplacer, moi, son cousin, le vicomte Achille de Rosalba.
Fadinard, à part.
Un vicomte !… (Il lui fait plusieurs saluts, à part.) Je n’oserai jamais marchander un chapeau de paille à ces gens-là !…
Achille, l’appelant.
Dites donc ?…
Fadinard, allant à lui.
Monsieur le vicomte ?…
Achille, s’appuyant sur son épaule.
Qu’est-ce que vous penseriez d’une romance intitulée : Brise du soir ?
Fadinard.
Moi ?… mais… Et vous ?
Achille.
C’est plein de fraîcheur… On fait les foins… un jeune pâtre…
Fadinard, retirant son épaule de dessous le bras d’Achille.
Pardon… s’il n’y a pas d’indiscrétion, je désirerais parler.
Achille.
C’est juste… Je cours la prévenir… Enchanté, mon cher, d’avoir fait votre connaissance…
Fadinard.
Oh ! monsieur le vicomte !… c’est moi… qui…
Achille, sortant.
C’est qu’il n’a pas le moindre accent… pas le moindre !…
Il sort à gauche.