Scène II.
BEAUPERTHUIS, VIRGINIE.
Virginie, apportant une bouilloire.
Voilà de l’eau chaude, monsieur !
Beauperthuis.
Très bien !… mets-la là !… Écoute…
Virginie, posant la bouilloire à terre.
Prenez garde, elle est bouillante…
Beauperthuis.
Te rappelles-tu bien quelle toilette avait ma femme ce matin, quand elle est sortie ?…
Virginie.
Sa robe neuve à volants… et son beau chapeau de paille d’Italie.
Beauperthuis, à lui-même.
Oui… un cadeau de la baronne… sa marraine… Un chapeau de cinq cents francs au moins !… pour aller acheter des gants de Suède !… (Il met de l’eau chaude dans son bain de pieds.) C’est bien drôle !
Virginie.
Le fait est que ce n’est pas ordinaire…
Beauperthuis.
Bien certainement ma femme est en visite quelque part…
Virginie, à part.
Dans le bois de Vincennes.
Beauperthuis.
Tu vas aller chez madame Grosminet…
Virginie.
Au Gros-Caillou ?
Beauperthuis.
Je suis sûr qu’elle est là.
Virginie, s’oubliant.
Oh ! monsieur, je suis sûre que non…
Beauperthuis.
Hein ?… tu sais donc ?…
Virginie, vivement.
Moi, monsieur ?… Je ne sais rien… Je dis : « Je ne crois pas… » C’est que voilà deux heures que vous me faites courir… Je n’en puis plus, moi, monsieur… Le Gros-Caillou… c’est pas à deux pas…
Beauperthuis.
Eh bien, prends une voiture… (Lui donnant de l’argent.) Voilà trois francs… va… cours !
Virginie.
Oui, monsieur… (À part.) J’vas prendre le thé chez la fleuriste du cinquième.
Beauperthuis, la voyant.
Eh bien ?
Virginie.
Voilà, monsieur… Je pars !… (À part.) C’est égal ! tant que je n’aurai pas revu le chapeau de paille… Ah ! ça serait amusant tout de même.
Elle sort.