‹ Un chapeau de paille d’ItalieChapitre 39 sur 50 · Scène X.

Scène X.

FADINARD, BEAUPERTHUIS, HÉLÈNE, NONANCOURT, BOBIN, VÉZINET, Dames de la noce.

Cris dans la chambre d’Hélène

Fadinard.

Il va la massacrer… défendons cette infortunée !

Il va s’élancer, mais la porte s’ouvre. Hélène, en coiffe de nuit, entre tout éplorée, suivie des dames de la noce et de Beauperthuis stupéfait.

Les Dames, en dehors.

Au secours ! au secours !…

Fadinard, pétrifié.

Hélène ?

Hélène.

Papa ! papa !

Beauperthuis.

Qu’est-ce que c’est que tout ce monde-là ?… dans la chambre de ma femme !…

Nonancourt et Bobin.

Qu’est-ce que c’est ? qu’y a-t-il ?

Beauperthuis, stupéfait.

Encore !…

Fadinard.

Toute la Noce !!! voilà le bouquet !

CHŒUR.

AIR : Neveu de mercier.

Beauperthuis.

Je n’y puis rien comprendre !
D’où sortent ces gens-là ? Pourquoi
Viens-je ici de surprendre
Tout ce monde chez moi.

Nonancourt.

Je n’y puis rien comprendre !
Pourquoi ce bruit, ces cris d’effroi !
Tout est rompu, mon gendre,
Ne comptez plus sur moi.

Fadinard.

Je n’y puis rien comprendre !
Ils ont le diable au corps, ma foi !
Se faire ici surprendre
Lorsqu’en bas je les croi.

Bobin.

Je n’y puis rien comprendre !
Cousine, d’où vient votre effroi ?
Je saurai vous défendre,
Comptez, comptez sur moi.

Hélène.

Je n’y puis rien comprendre !
Ah ! je succombe à mon effroi !
Qui donc pour me surprendre
Osa venir chez moi !

Les Dames

Je n’y puis rien comprendre !
Quel est cet étranger ? pourquoi
Ose-t-il la surprendre
Et causer son effroi ?

Beauperthuis.

Que faisiez-vous là-dedans, chez moi ?…

Nonancourt et Bobin, avec un cri d’étonnement.

Chez vous ?…

Hélène et les Dames, en même temps.

Ôciel !…

Nonancourt, indigné, donnant une poussée à Fadinard.

Chez lui ?… pas chez toi ?… chez lui ?…

Fadinard, criant.

Beau-père ! vous m’ennuyez !

Nonancourt, indigné.

Comment ! être immoral et sans vergogne… tu nous mènes coucher chez un inconnu ! et tu souffres que ta jeune épouse… chez un inconnu !… Mon gendre, tout est rompu !

Fadinard.

Vous m’agacez !… (À Beauperthuis.) Monsieur, vous daignerez excuser une légère erreur…

Nonancourt.

Repassons nos habits, Bobin…

Bobin.

Oui, mon oncle.

Fadinard.

C’est ça ! et filons chez moi. Je passe devant avec ma femme !…

Il va vers elle. Beauperthuis le retient.

Beauperthuis, à voix basse.

Monsieur, la mienne n’est pas rentrée !

Fadinard.

Elle aura manqué l’omnibus.

Beauperthuis, qui ôte sa robe de chambre et met son habit.

Elle est chez vous.

Fadinard.

Je ne crois pas… la dame qui campe chez moi est une négresse… la vôtre est-elle négresse ?

Beauperthuis.

Est-ce que j’ai l’air d’un gobe-mouches, monsieur ?

Fadinard.

J’ignore cet oiseau.

Nonancourt.

Bobin, ma manche…

Bobin.

Voilà, mon oncle.

Beauperthuis.

Où demeurez-vous, monsieur ?

Fadinard.

Je ne demeure pas !…

Nonancourt.

8, place…

Fadinard, vivement.

Ne lui dites pas !…

Nonancourt, criant.

8, place Baudoyer !… vagabond !…

Fadinard.

V’lan !…

Beauperthuis.

Très bien !

Nonancourt.

En route, ma fille !

Bobin.

En route, tout le monde !

Beauperthuis, à Fadinard, lui prenant le bras.

En route, monsieur !

Fadinard.

C’est une négresse !…

CHŒUR. — ENSEMBLE.

AIR final du Plastron.

Le soir du mariage,
Se tromper de maison !
C’est un trait, je le gage,
Digne de Charenton.

Beauperthuis

Ah ! du sanglant outrage
Qui fait rougir mon front,
Dans un affreux carnage
Je vais laver l’affront !

Fadinard

Son œil morne et sauvage
Me donne le frisson !
Dans quel affreux carnage
Va nager ma maison !

Beauperthuis, boîtant.

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