‹ Un chapeau de paille d’ItalieChapitre 50 sur 50 · Scène X.

Scène X.

ANAÏS, en faction ; FADINARD, BEAUPERTHUIS puis ÉMILE, puis TARDIVEAU.

Fadinard, courant au-devant de Beauperthuis et l’abritant sous son parapluie pour l’empêcher de voir le chapeau de paille qui se balance au-dessus de sa tête.

Prenez garde, vous allez vous mouiller.

Beauperthuis, boitant encore plus fort.

Le diable emporte votre escalier sans quinquet !

Fadinard.

On éteint à onze heures.

Émile, sortant du poste, bas.

Occupez le mari !

Beauperthuis.

Lâchez-moi donc !… il ne pleut plus… il y a des étoiles !

Il veut regarder en l’air.

Fadinard, le couvrant avec son parapluie.

C’est égal… vous allez vous mouiller.

Beauperthuis.

Mais, parbleu ! monsieur… je suis un bien grand imbécile…

Fadinard.

Oui, monsieur.

Beauperthuis.

Vous l’avez fait sauver…

Fadinard.

Pour qui me prenez-vous ?

Il saute de nouveau.

Beauperthuis.

Qu’avez-vous donc à sauter, monsieur ?

Fadinard.

Des crampes… ça vient de l’estomac.

Beauperthuis.

Parbleu ! je vais interroger ce factionnaire…

Anaïs, à part.

Dieu !

Fadinard, le retenant brusquement.

Non, monsieur… c’est inutile. (À part, regardant Émile.) Bravo !… il scie la corde… (Haut.) Il ne répondra pas… il est défendu de parler sous les armes !

Beauperthuis, cherchant à se dégager.

Mais lâchez-moi donc !

Fadinard.

Non… vous allez vous mouiller.

Il le couvre plus que jamais et saute.

Tardiveau, revenant de la droite et stupéfait de voir un factionnaire.

Un factionnaire à ma place !

Anaïs.

Passez au large.

Beauperthuis.

Hein !… cette voix !

Fadinard, mettant le parapluie en travers.

Un conscrit !

Tardiveau, apercevant le chapeau.

Ah !… qu’est-ce que c’est que ça ?

Beauperthuis.

Quoi ?

Il écarte le parapluie et lève la tête.

Fadinard.

Rien !

Beauperthuis.

Ah !

Tardiveau, criant.

Aux armes ! aux armes !

Fadinard, à Beauperthuis.

Ne faites pas attention… c’est le réverbère en tombant.

CHŒUR.

AIR : Vivent les hussards d’Berchini. (Tentations d’Antoinette, acte 2.)

Quel bruit ! quel vacarme infernal !
Qui fait cet affreux bacchanal ?
C’est indécent ! c’est illégal !
Dressons procès-verbal !

Beauperthuis.

Mais, encore une fois, messieurs…

Anaïs, le chapeau sur la tête, s’approchant, les bras croisés et avec dignité.

Ah ! je vous trouve donc enfin, monsieur !…

Beauperthuis, pétrifié.

Ma femme !…

Anaïs.

Voilà donc la conduite que vous menez ?…

Beauperthuis, à part.

Elle a le chapeau !

Anaïs.

Vous colleter dans les rues, à une pareille heure !

Beauperthuis.

Paille de Florence !

Fadinard.

Et des coquelicots…

Anaïs.

Me laisser rentrer seule… à minuit, quand, depuis ce matin, je vous attends chez ma cousine Éloa…

Beauperthuis.

Permettez, madame, votre cousine Éloa…

Fadinard.

Elle a le chapeau !

Beauperthuis.

Vous êtes sortie pour acheter des gants de Suède… On ne met pas quatorze heures pour acheter des gants de Suède…

Fadinard.

Elle a le chapeau !

Anaïs, à Fadinard.

Monsieur, je n’ai pas l’avantage…

Fadinard, saluant.

Moi non plus, madame, mais vous avez le chapeau ! (S’adressant aux gardes nationaux.) Madame a-t-elle le chapeau ?

Les gardes nationaux et les gens aux fenêtres.

Elle a le chapeau ! elle a le chapeau !

Beauperthuis, à Fadinard.

Mais pourtant, monsieur, ce cheval du bois de Vincennes…

Fadinard.

Il a le chapeau !

Nonancourt, paraissant à la fenêtre du poste.

Très-bien, mon gendre !… Tout est raccommodé !

Fadinard, à Beauperthuis.

Monsieur, je vous présente mon beau-père !

Nonancourt, de la fenêtre.

Ton groom nous a conté l’anecdote !… C’est beau, c’est chevaleresque !… c’est français !… Je te rends ma fille, je te rends la corbeille, je te rends mon myrte. Tire-nous des cachots !

Fadinard, s’adressant au caporal.

Monsieur, y aurait-il de l’indiscrétion à vous réclamer ma Noce ?

Le Caporal.

Avec plaisir, monsieur. (Criant.) Lâchez la Noce !

Toute la Noce sort du poste.

CHŒUR.

AIR : C’est l’amour. (acte 4.)

Fadinard brise nos fers !
Nous sommes fiers
De sa belle âme !
Que sa femme
Et ses amis
Embrassent tous cet Amadis !!

Pendant le chœur, la Noce entoure et embrasse Fadinard.

Vézinet, reconnaissant le chapeau sur la tête d’Anaïs

Oh ! mon Dieu ! mais cette dame…

Fadinard, très vivement.

Otez-moi ce sourd de là !

Beauperthuis, à Vézinet.

Quoi, monsieur ?

Vézinet.

Elle a le chapeau !

Beauperthuis.

Allons, je suis dans mon tort !… Elle a le chapeau !

Il baise la main de sa femme.

CHŒUR.

AIR final de la Tour d’Ugolin.

Heureuse journée,
Charmant hyménée !
S/Mon âme étonnée
Bénit le destin.
Grâce au mariage
Dont le nœud l’/m’engage,
Ce couple, je gage,
J’aurai l’avantage
De/Va dormir enfin !

Vézinet.

AIR nouveau d’Hervé.

Quelle noce charmante !Ah ! oui !… c’était divin

Fadinard.

Quelle noce charmante ! Ah ! oui !… c’était divin
Mais les plus doux plaisirs doivent avoir leur fin.
Allons tous nous coucher.

Nonancourt, tenant son myrte.

Allons tous nous coucher.Je vote la mesure !

Fadinard, prenant le bras de sa femme.

Et puisseViens, mon ange, au cœur… d’oranger
Et puisses-tu, témoin de ma triste aventure,
À mon chef marital ne jamais adjuger
Un chapeau… qu’un cheval ne pourrait pas manger.

Tous

Àson chef marital,
Etc.

fin d’un chapeau de paille d’italie

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