XVI
La Voix des Morts
Morts qui dormez, couchés dans nos blancs cimetières, Parfois, en relisant tous vos noms oubliés, Je songe que nos cœurs, à vos froides poussières Par des fils infinis et puissants sont liés.
Muets, vous dirigez nos volontés altières; Par vos désirs éteints nos désirs sont pliés; Vos âmes dans nos seins revivent tout entières, En nous vos longs espoirs vibrent, multipliés.
Bien que nous franchissions une sphère plus haute, Vos antiques erreurs nous induisent en faute, Nous aveuglant encor malgré tous nos flambeaux.
Car le passé de l’homme en son présent subsiste, Et la profonde voix qui monte des tombeaux Dicte un ordre implacable, auquel nul ne résiste.
A MES VERS
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A mes Vers
Laissez-moi vous bénir, douces rimes fidèles, Puisque vos sons, légers comme un battement d’ailes, Quelquefois l’ont charmé. Laissez-moi vous bénir, ô mes vers, frais calices! Puisque mon bien-aimé respire avec délices Votre souffle embaumé.
Vous l’avez consolé sur la rive lointaine. Sans le quitter jamais, dans sa route incertaine, Vous chantiez sur son cœur. Un peu de moi par vous vivait sur sa poitrine; Il sentait naître en lui l’espérance divine A votre accent vainqueur.
Le soir, il s’asseyait, lassé, pour vous relire; La farouche forêt, vibrant comme une lyre, Tout à coup se taisait; Il n’entendait que vous dans l’immense nature, Et le pesant souci de sa rude aventure Un instant s’apaisait.
Vous portiez devant lui, dans l’ombre et dans l’espace, Afin de diriger ce voyageur qui passe, L’amour, brillant fanal; L’affreux péril en vain posait sur lui ses ongles, Votre vive lueur éteignait dans les jungles L’œil du tigre royal.
Il vous a répétés à l’écho des vieux temples, Aux portiques déserts, montrant, mornes exemples, Notre fragilité: L’homme meurt, et ses dieux, que le temps brise et roule; L’autel, étant de marbre, un peu plus tard s’écroule Que la divinité.
Vous partagiez ainsi ses profondes pensées. Vous lui devez la vie, ô strophes cadencées! Il vous fit naître en moi. Vous procédez de lui. Moi, je suis votre mère, Je ne vous ai donné que la grâce éphémère; Lui, la force et la foi.
Partez pour l’enchanter, fruits d’un hymen sublime. Votre naissance est haute, et pure, et légitime: Qu’il soit donc fier de vous! Vous êtes siens. Sans lui, vous dormiriez encore, Germes obscurs marqués pour ne jamais éclore, Dans le néant jaloux.
Souvent je sens en moi son esprit qui s’éveille; Alors il faut écrire, et prolonger la veille, Et vous naissez, mes vers. J’aime ce doux travail qui me tient accoudée: Enfermer en tremblant l’essor de son idée Dans mes rythmes divers.
Et s’il la reconnaît, pour peu qu’il lui sourie, Si, puissante, elle vit sous la strophe fleurie, Quel triomphe charmant! Lorsqu’aussi pleinement deux êtres se possèdent, Il n’est point sous le ciel de bonheurs qui ne cèdent A leur enivrement.
Laissez-moi vous bénir, douces rimes fidèles, Puisque vos sons, légers comme un battement d’ailes, Quelquefois l’ont charmé, Laissez-moi vous bénir, ô mes vers, frais calices! Puisque mon bien aimé respire avec délices Votre souffle embaumé.
TABLE
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TABLE
Pages.
UN MYSTÉRIEUX AMOUR 1
A OCTAVE 139
A Octave 141
Rendez-vous 145
Aveu 147
Suprême Sagesse 150
Pourquoi je l’ai aimé 154
Philosophie 157
L’Adieu 162
Lettre écrite en Automne 165
Inquiétude 170
Le Collier de Perles 173
L’Oubli 177
Lettre écrite au Printemps 180
Le Retour 184
L’Inde Bouddhique 188
Silentium 193
Toujours 201
Une Pensée de Pascal 204
Repentir 207
Paroles d’Amour 211
Les Peaux de Tigre 214
La Panoplie 216
Suprême Bonheur 218
La Nature et l’Amour 222
SONNETS PHILOSOPHIQUES 227
I. A Octave 229
II. Le Temps 231
III. Les Forces 233
IV. La Vie 235
V. La Lutte pour l’existence 237
VI. La Source 239
VII. La Mort 241
VIII. Dieu 243
IX. Les Premiers Ages 245
X. Les Sentiments 247
XI. La Raison 249
XII. L’Idéal 251
XIII. Le Caractère 253
XIV. L’Histoire 255
XV. La Morale 257
XVI. La Voix des Morts 259
A MES VERS 261
[Cul-de-lampe]
Achevé d’imprimer Le quinze mai mil huit cent quatre-vingt-six PAR ALPHONSE LEMERRE 25, RUE DES GRANDS-AUGUSTINS A PARIS
BIBLIOTHÈQUE CONTEMPORAINE
VOLUMES IN-18 JÉSUS, IMPRIMÉS SUR PAPIER VÉLIN
Chaque volume, 3 fr. 50.
PAUL ARÈNE Vingt jours en Tunisie 1 vol.
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---- Le Moulin Blanc 1 vol.
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ANATOLE FRANCE Les Désirs de Jean Servien 1 vol.
HECTOR FRANCE L’Amour au pays bleu 1 vol.
LUIGI GUALDO Une Ressemblance 1 vol.
---- Un Mariage excentrique 1 vol.
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Paris.--Imp. A. LEMERRE, 25 rue des Grands-Augustins.
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Corrections.
Page 31: «subjuger» remplacé par «subjuguer» (ne suffisait pas toujours à les subjuguer). Page 59: «sphynx» remplacé par «sphinx» (ce joli et calme sphinx). Page 97: «l’apervoir» remplacé par «l’apercevoir» (vous pourrez l’apercevoir). Page 104: «importums» remplacé par «importuns» (ces importuns visiteurs). Page 106: «pas» remplacé par «par» (représentées par certains sauvages). Page 126: «qu’il» remplacé par «qu’ils» ( qu’ils peuvent mourir). Page 133: «impresssions» remplacé par «impressions» (Je ne les importunerai pas de mes impressions). Page 233: «abscurs» remplacé par «obscurs» (Aux jours obscurs et doux).