I
«Quand le malheur entre chez toi, donne-lui une chaise», dit un proverbe allemand.
Le visiteur funeste se trouvait sans doute assis fort à son aise au foyer d’un honnête homme qui s’appelait Falconneau, car, après y avoir pénétré sous forme de disgrâce politique au fâcheux lendemain du Seize-Mai, il n’en sortit qu’épuisé, pour ainsi dire, à force d’avoir multiplié les catastrophes.
Plus heureux que bien d’autres, le magistrat puni de ses opinions peu républicaines possédait une petite fortune. Propriétaire d’une maison et de quelques métairies le long des côtes de l’Océan, sur les confins de la Gironde et des Landes, il n’eut pas besoin de chercher un abri pour sa tête grisonnante lorsque sa carrière fut brisée. Toutefois son esprit habitué aux affaires ne pouvait accepter l’épreuve du repos forcé. Quand il eut repris pied chez lui, à la Peyrade, avec sa femme et sa fille unique âgée de douze ans, le rêve caressé tant de fois au milieu des dossiers et des conclusions hanta sa fantaisie avec une nouvelle force: il prétendait faire du lieu peu connu, très pauvre, où devait s’achever sa vie, une station rivale d’Arcachon.
--Car enfin, disait-il, nous voyons l’Océan, nous, plaisir que n’ont pas nos voisins les Arcachonnais.
Il aurait même pu dire que, les jours de tempête, l’Océan s’égarait quelque peu dans les rues de la Peyrade. Chose plus fâcheuse encore, il fallait vingt kilomètres de voiture pour y arriver de la station la plus voisine. Mais un embranchement, déjà tracé dans les rêves de l’excellent homme, amènerait bientôt les baigneurs à la porte du GRAND HÔTEL DE