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Chapitre 2

Qu’un père ne sache pas qu’il se trouve dans la ville où demeure son fils, cela au premier abord peut paraître assez étrange ; mais lorsqu’on vient à apprendre que ce père n’a pas vu son fils depuis plus de vingt ans, cette ignorance s’explique, surtout si en même temps on est mis au courant des causes qui ont amené cet éloignement.

À la fin de 1832 arrivait à Pontivy, en qualité d’ingénieur ordinaire de deuxième classe, M. Marius Cerrulas. Pour un des élèves les plus distingués de l’École polytechnique et de l’École des ponts-et-chaussées, cet envoi au centre de la Bretagne était une disgrâce : politiquement, 1832 était à plus de deux années de 1830 ; on lui faisait payer l’exaltation de ses opinions républicaines, et surtout ses relations avec les chefs supposés des émeutes parisiennes des 5 et 6 juin.

De toutes les petites villes de Bretagne, Pontivy est la plus maussade à habiter pour un étranger, et il faut avoir en soi un fonds inépuisable de bonne humeur pour résister à l’ennui qui vous enveloppe lorsqu’on est obligé de marcher chaque jour dans ces rues tirées au cordeau où l’on ne rencontre guère, perdus au milieu des herbes folles, que quelques rares soldats qui bâillent à se décrocher la mâchoire. En 1832, les divers monuments qu’on voit aujourd’hui, casernes et bâtiments civils, n’étaient pas achevés ; les travaux ordonnés par décret de Napoléon, qui avait trouvé glorieux de donner son nom à la vieille ville des Rohan, avaient été interrompus lorsque l’argent avait manqué dans les caisses impériales, et les murailles, déjà dégradées, rendaient plus triste encore l’aspect de ce petit Versailles breton.

Cependant, à voir la façon dont le jeune ingénieur s’installa dans ce tombeau, on eût pu croire qu’il l’avait demandé comme une faveur ; devant ses camarades mêmes, les ingénieurs de la navigation du canal, il ne laissa pas échapper la moindre plainte : « 2400 fr. de traitement ici, dit-il en riant, c’est une fortune ; on me reproche d’avoir fait quelques dettes ; si je reste à Pontivy, je deviendrai riche. »

Et de fait, il s’arrangea comme s’il devait y rester toujours. Au lieu de se loger en garni, ainsi que le faisaient les autres fonctionnaires, il prit une petite maison dans la vieille ville, la meubla de meubles qu’il fit venir de Lorient, et installa au rez-de-chaussée un laboratoire de chimie. Cela causa une telle révolution dans le pays, que, les jours de marché, les paysans venaient exprès dans la rue pour regarder ses appareils aux formes bizarres, les fourneaux cerclés de fer, les cornues aux longs cols, les soufflets, les manteaux qui encapuchonnaient les niches à évaporation.

Tandis qu’il devenait ainsi pour la population indigène une espèce de sorcier qu’elle tenait en légitime suspicion comme parent ou serviteur du diable, il se voyait, au contraire, accueilli à bras ouverts par le monde des fonctionnaires ; son succès s’expliquait par un mot : « Il ne s’ennuyait pas, et, au lieu de s’engourdir, il communiquait aux autres sa bonne humeur et son entrain. »

Le maire de Pontivy était à ce moment un banquier nommé Le Nestour, qui, au commerce de l’argent, joignait une infinité d’autres professions plus productives les unes que les autres : marchand de fer, marchand de grains, marchand de cuirs, marchand d’engrais ; il exploitait en outre trois ou quatre moulins à farine et un moulin à tan. M. Le Nestour, qui n’avait jamais trouvé le temps de se marier, avait pris chez lui, depuis qu’il était maire, une de ses nièces orpheline pour faire les honneurs de sa maison. Sans avoir une fortune égale à celle de son oncle, mademoiselle Colombe Le Nestour n’était point une nièce qu’on recueille par charité. Son père, mort principal du collège de Lamballe, lui avait laissé une dizaine de mille francs de rente, et ce revenu, s’ajoutant à ce qu’elle devait recueillir un jour dans la succession de son oncle qui n’avait que deux héritières, faisait d’elle un riche parti. Cependant, malgré cette position de fortune qui avait tenté tous les épouseurs de la Bretagne, et malgré ses vingt-deux ans, elle n’était point mariée : tous les prétendants qui s’étaient présentés, nobles ou bourgeois, industriels ou propriétaires, avaient été successivement refusés. « Mademoiselle Le Nestour se mariera le jour où les poules auront des dents », disaient les commères. « Elle attend un prince », disaient les jeunes filles.

Cerrulas fut ce prince ; il parut, et, comme un héros des contes de fées, il plut : mademoiselle Colombe déclara à son oncle qu’elle avait enfin trouvé un mari.

— Mais il ne t’aime pas ! répondit l’oncle.

— Il m’aimera.

— Il n’a pas de fortune !

— Il aura la mienne.

— Il est prodigue, dépensier ; il n’a aucun ordre dans ses affaires personnelles.

— J’en aurai pour lui ; par là je lui serai nécessaire, et ce sera un lien de plus qui nous unira.

— Il n’arrivera jamais à rien ; c’est un chercheur, ce n’est pas un homme pratique.

— Il le deviendra.

Pendant six mois, M. Le Nestour ne négligea rien pour la détourner de son idée : Cerrulas avait des dettes ; son patrimoine avait été vendu et gaspillé ; mal noté à cause de ses opinions, il était en outre accusé de négliger ses travaux pour s’occuper de recherches et de spéculations scientifiques qui n’avaient rien à voir avec les ponts-et-chaussées ; pour ses amis, il pouvait bien être un esprit supérieur ; pour ses chefs, il n’était qu’un mauvais fonctionnaire.

L’oncle parlait en homme d’affaires, la nièce raisonnait, ou, plus justement, sentait en femme passionnée ; que pouvaient de pareils arguments sur son cœur épris ?

Il y avait cela de particulier dans cet amour, qu’il avait pris naissance et s’était développé à l’insu de celui qui l’inspirait ; mais de bonnes âmes se chargèrent de lui ouvrir les yeux et de faire son bonheur malgré lui ; en même temps on manœuvra autour de l’oncle.

Enfin, le mariage fut décidé ; mais, au moment de la signature du contrat, il survint un incident qui faillit rompre tout. Ne pouvant pas empêcher un mariage qui le blessait jusqu’au vif dans ses idées de paysan enrichi, le banquier avait voulu au moins atténuer, autant que possible, les mauvais effets qu’il devait avoir pour la fortune de sa nièce, et, dans ce but, il avait fait rédiger un projet de contrat où se trouvaient groupées les restrictions les plus étroites du régime dotal : au moins, si le présent était sacrifié, l’avenir était sauf ; les mains liées quant au capital, Cerrulas ne pourrait jamais disposer que des revenus.

Épris de la femme ou voulant à tout prix la dot, il eût peut-être subi ces conditions, mais ce n’était point là son cas ; se mariant par raison, par une sorte de résignation, parce que partout et du matin au soir on lui répétait qu’il devait épouser mademoiselle Le Nestour, il n’était disposé à aucune concession de caractère ou de dignité. Or, comme dans le contrat tel qu’il avait été préparé, la méfiance contre lui se lisait à chaque ligne, il le renvoya au notaire avec un petit billet expliquant en quelques mots tout simples, sans colère et sans dépit, les raisons pour lesquelles il se retirait : à ses yeux, le mariage devait être une association contractée pour l’intérêt commun des deux parties, dans laquelle tout, par conséquent, devait être en commun. Puis, sa lettre écrite, voulant échapper aux diverses explications et aux discussions, il partit pour une tournée d’inspection qui devait durer une quinzaine de jours.

À son retour il trouva chez lui un nouveau projet de contrat qui était absolument le contraire du premier : il portait stipulation du régime de la communauté avec les dispositions les plus libérales en faveur du mari.

En apprenant par le notaire la réponse de Cerrulas, mademoiselle Colombe était intervenue, et, après huit jours de lutte, elle avait obligé son oncle à céder.

— Tu es disposée aujourd’hui à toutes les concessions, dit celui-ci, parce que tu espères te rattraper plus tard. Eh bien ! je crois que tu te trompes. Tu te flattes que tu feras de ton mari ce que tu voudras ; j’ai peur que ce ne soit un faux calcul. Il est doux, je le veux bien ; honnête homme, c’est possible ; mais ce sont précisément ces honnêtes gens à l’apparence tranquille qui sont les plus durs à mener : ta volonté bretonne s’usera contre son égalité d’humeur ; tu as vingt ans, et comme jusqu’à présent tu n’as trouvé personne pour te résister, tu te figures qu’il en sera avec ton mari comme il en a été avec ta mère, avec ton père et avec moi ; je te le souhaite, mais je ne te le garantis pas. Tandis que ce que je t’affirme et te garantis, c’est que Cerrulas est un prodigue et qu’il te mangera ton avoir comme il a mangé celui qui lui est venu de ses parents. À ce moment-là tu verras que j’avais raison et tu viendras me demander le mien. Eh bien ! je te préviens qu’il ne faudra pas compter dessus. Je n’ai pas travaillé toute ma vie pour me dire en mourant que ce que je laisse sera dépensé. Si tu es riche, si contre mon attente ton mari fait fortune, tu seras mon héritière ; si, au contraire, tu as eu la faiblesse de te laisser ruiner, tu n’auras rien ; je veux avoir la satisfaction de penser qu’après moi ma fortune grossira et ne diminuera pas.

Le mariage se fit. Contrairement aux prévisions de l’oncle Le Nestour, il commença par être heureux ; Cerrulas n’avait point, il est vrai, rencontré dans sa femme l’idéal de douceur et de tendresse qu’autrefois il avait rêvé ; elle avait des façons de dire « je veux, je ne veux pas ; vous ferez ceci, vous ne ferez pas cela », et aussi « mon argent, ma fortune, ma maison », qui l’agaçaient lorsqu’il était seul avec elle et l’humiliaient lorsqu’elle se prononçait devant des étrangers ; mais enfin comme elle n’ouvrait jamais la porte de son laboratoire, et comme elle le laissait manger gras le vendredi, c’est-à-dire comme il rencontrait une pleine liberté pour ses travaux et ses opinions, il ne se plaignait pas.

Les choses marchèrent ainsi un peu plus d’une année ; puis, un jour, en l’absence de Cerrulas, on présenta une traite de MM. Herlofson frères, tirée pour fournitures de produits chimiques, et s’élevant à plus de 5000 fr., qui provoqua une explication catégorique entre les deux époux, et, finalement, une révolution.

— On m’a présenté une traite de 5000 fr., dit madame Cerrulas lorsque son mari rentra.

— Tiens, c’est vrai, je l’avais oubliée.

— Je ne l’ai pas payée.

— Naturellement, mais je vais la payer, moi.

— Comment cela ?

— Avec de l’argent, parbleu !

— Je le pense bien ; mais d’où provient donc cet argent ?

— J’ai transporté la créance Sarzeau ; les fonds sont chez le notaire.

— Ma créance Sarzeau !

Jusque-là Cerrulas avait répondu à toutes ces questions avec une parfaite tranquillité ; à ce mot « ma créance » il eut un mouvement de contrariété ; mais aussitôt il reprit son calme ordinaire, et, regardant sa femme en souriant :

— Pour une personne qui entend les affaires, – et il est juste de reconnaître que vous les entendez très bien, – vous avez une singulière façon de vous exprimer : « ma créance » ; vous savez cependant que le mari administre seul les biens de la communauté, et qu’il peut les vendre sans le concours de sa femme ; j’ai usé de mon droit et j’en userai à l’avenir quand cela sera nécessaire. Et puisque nous sommes sur ce sujet, je crois devoir vous prévenir que ces nécessités se présenteront peut-être bientôt. Jusqu’à présent mes recherches n’ont point exigé de grandes dépenses ; mais le moment est venu de pousser plus loin mes expériences, et elles sont coûteuses. En même temps, pour vous rassurer, je veux vous dire aussi que je touche au but, et que l’argent qui sort de nos poches aujourd’hui y rentrera bientôt, dans six mois, dans un an au plus tard, décuplé, centuplé.

Le procédé et le langage n’étaient pas rassurants pour une femme qui n’avait confiance que dans l’argent comptant. Elle s’adressa à son oncle et aux gens d’affaires. Que pouvait-on ? L’oncle répondit avec la secrète satisfaction de tous les prophètes :

— Je te l’avais bien dit !

Et les gens d’affaires ne purent que répéter à madame Cerrulas ce qu’elle savait déjà, c’est-à-dire que sa fortune étant mobilière, son mari en avait et en aurait la libre disposition jusqu’au jour où elle demanderait sa séparation de biens.

La séparation de biens pour une dépense de 5000 fr., c’était aller vite, et puis c’était aussi provoquer une rupture, ce qu’elle ne voulait pas, car elle aimait son mari.

Incapable de modifier son caractère dur et obstiné, incapable aussi d’ouvrir son cœur à la confiance et à l’indulgence, elle se renferma dans une maussade résignation. Pendant ce temps les touries pleines de produits chimiques et les appareils soigneusement emballés dans de grandes caisses continuèrent d’arriver par le roulage ; mais, chose étrange ! on ne présenta plus de traites. Comment les fournitures étaient-elles payées ? Une bonne amie se chargea d’en donner l’explication : les traites restaient chez le banquier, où Cerrulas allait lui-même porter l’argent.

Absorbé dans ses expériences, il négligea si bien ses travaux d’ingénieur, qu’un jour ses chefs, après avoir épuisé les observations et les conseils, en vinrent aux menaces. Il répondit en envoyant sa démission ; puis, pour rassurer sa femme, il lui expliqua qu’il tenait enfin la découverte qu’il avait si longtemps cherchée ; cette découverte, qui donnait les moyens pratiques et économiques de remplacer la dorure au mercure par la dorure par voie humide, allait apporter une révolution dans l’industrie et faire la fortune de l’inventeur. Quel besoin de rester pauvre petit ingénieur à 2400 fr. de traitement, quand la vente du brevet pouvait produire des millions ! Ne valait-il pas mieux partir pour Paris ?

C’était, pour elle, combler la mesure. En se mariant, elle avait entendu épouser un fonctionnaire et non un aventurier, elle refusait donc d’aller à Paris ; mère depuis six mois, elle ne voulait point exposer son petit Pascal aux maladies de Paris ; à Pontivy, elle avait au moins sa famille pour la défendre.

Cerrulas, avec un caractère tout à fait différent de celui de sa femme, n’était pas moins ferme qu’elle dans ses résolutions. Il ne disait pas : « Je ferai, je veux », mais il faisait ce qu’il voulait, doucement et sans bruit. Il avait décidé de partir pour Paris, il partit.

— Quand vous voudrez me rejoindre, dit-il à sa femme en la quittant, je serai heureux de vous recevoir ; vous n’aurez même pas besoin de me prévenir que vous arrivez. Je vous laisse Pascal, parfaitement rassuré sur lui ; je suis certain que vous l’élèverez pour le mieux ; je ne serai pas jaloux qu’il dise « maman » avant « papa », mais je vous demande cependant de lui apprendre à dire « papa ».

Cerrulas ne s’était jamais occupé pratiquement d’affaires industrielles ; arrivé à Paris, il rencontra des difficultés sur lesquelles il n’avait pas compté : les semaines, les mois s’écoulèrent, dévorés en démarches qui chaque soir semblaient devoir aboutir et que le lendemain il fallait recommencer. Pendant ce temps, l’oncle Le Nestour mourut ; fidèle à sa parole, il n’avait rien laissé à sa nièce, et sa fortune considérable alla grossir celle d’un parent éloigné qui offrait des probabilités de stabilité. Occupé à démontrer à des capitalistes que son invention pouvait du laboratoire passer facilement dans l’industrie, Cerrulas ne revint point à Pontivy pour l’enterrement. Les mois s’ajoutèrent aux mois, et les lettres du mari à la femme devinrent de plus en plus rares ; toutes disaient que les difficultés étaient grandes, mais que le plus fort était fait, que l’on touchait au but et qu’avant trois jours l’affaire serait terminée avec un succès complet.

À la fin, madame Cerrulas se décida à partir pour Paris ; elle n’avait plus de parents qui la retenaient à Pontivy, et les nouvelles qui lui arrivaient incidemment sur la façon dont sa fortune était gérée étaient trop graves pour qu’elle ne dût pas intervenir.

Ses craintes se trouvèrent dépassées par la vérité : de la petite fortune qu’elle avait apportée en mariage, il ne restait intacte qu’une ferme près de Loudéac, valant une trentaine de mille francs ; le reste avait disparu ou était engagé. Pour une femme qui avait à un si haut point la religion de l’argent, le coup était rude ; ce ne fut pas le seul qu’elle eut à supporter.

Harcelé chaque jour par les déceptions et l’injustice, Cerrulas n’était plus l’homme indulgent et placide qu’elle avait aimé ; et lui, qui autrefois avait supporté sans fâcherie ses plaintes peu raisonnables, ne voulut pas écouter ses reproches justement fondés. Des paroles irrémédiables furent prononcées, et les querelles devinrent quotidiennes avec tout un accompagnement de récriminations et d’accusations :

— Vous m’avez ruinée.

— Vous voulez m’abandonner dans la mauvaise fortune.

— Je veux surtout soustraire mon fils à votre influence.

Au lieu de demander la simple séparation de biens, comme tout d’abord elle en avait eu l’intention, elle demanda la séparation de corps qui fut prononcée. Par son jugement, le tribunal décida que, en considération de son jeune âge, l’enfant serait confié à la mère qui le garderait avec elle jusqu’à dix ans, et à ce moment le rendrait au père contre lequel les faits du procès n’avaient rien révélé de nature à le rendre indigne d’exercer la puissance paternelle.

À mesure que l’enfant grandit, cette pensée de le rendre à son père devint l’incessante préoccupation et la plaie dévorante de madame Cerrulas. Le rendre à son père pour qu’il subisse son influence, pour qu’il soit élevé par lui, pour qu’il reçoive ses idées, ses leçons, ses habitudes ! N’était-il pas déjà trop ressemblant à ce père, et tout ne devait-il pas être mis en œuvre pour qu’il ne le connût jamais ?

Après son procès, elle était rentrée à Pontivy, où elle avait vécu étroitement du faible revenu de la ferme qui lui était restée, n’ayant d’autre occupation que d’élever son petit Pascal, d’autre souci, d’autre but que d’étouffer en lui les idées et les dispositions qui pouvaient se rapprocher de celles de son père. Cette inquiétude devint bientôt si vive, qu’elle tourna à la manie, et s’imaginant que Cerrulas voudrait un jour ou l’autre la poursuivre, elle quitta la Bretagne après avoir pris toutes les précautions possibles pour cacher ses traces. Elle se retira à Dijon, où Pascal suivit comme externe les cours du collège.

Il grandit ainsi près d’elle, adoré, choyé, cependant sévèrement dirigé, et jamais il n’entendit parler de son père qu’avec une amertume contenue que par respect filial il n’osa pas se faire expliquer. Lorsqu’il fut reçu à l’École normale, sa mère vint avec lui à Paris, et lorsqu’il fut nommé professeur à Nantua, elle l’accompagna.

Mais, en arrivant, elle fut emportée par une fièvre de marais, et ce fut alors pour la première fois que Pascal entra en relations avec son père. Il lui écrivit pour lui annoncer la perte qu’il venait de faire : Cerrulas lui répondit une lettre affectueuse et digne. Ce fut tout.

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