LUI
On y peut garder plus facilement l’illusion de la liberté. Nous sommes tout entiers, hommes et dieux, soumis au destin et rien n’arrive qui ne soit la conséquence logique et nécessaire des mouvements antérieurs de la matière éternelle. Nous sommes des vaisseaux fatalement emportés par les vents et par les courants vers un but inconnu ; mais autre chose est de descendre le fleuve invincible en gouvernant parmi les écueils, autre chose est de tournoyer à la dérive. La pensée est un gouvernail qu’il ne faut jamais lâcher ni jamais remettre en mains indignes.
Mais ces idées-là sont bien générales et ne peuvent guère, je crois, nous apporter un grand réconfort. Me voici pareil aux prêcheurs apocalyptiques qui remplacent le raisonnement par des prosopopées. Je ne suis pas venu vers vous pour vous offrir des modèles d’éloquence ou de piquantes énigmes. Si je fais encore un effort en faveur des hommes, je veux qu’il soit net et clair. Mais, hélas ! il est des questions où les dieux eux-mêmes se perdent comme des enfants dans une forêt. La raison des choses nous échappe aussi bien qu’à vous-mêmes. Nous aussi, nous sommes des poussières d’infini, un peu plus brillantes, voilà tout.
Quelques problèmes cependant sont considérés dans nos assemblées comme bien résolus. Ils vous troublent encore. Nous les avons asservis et notre intelligence les domine. J’en mettrai les solutions dans vos mains, puis nous ferons une promenade parmi ce printemps que vous ne reverrez peut-être plus jamais…