LUI
Curiosité de petite fille ! Je viens sur terre aussi facilement et aussi naturellement que vous allez en Amérique. Comment ? C’est ce qu’il vous est bien inutile de savoir, puisque vous ne pourriez jamais en profiter et que cela ne pourrait que vous induire à des expériences puériles et dangereuses. Mais il est une autre question que vous n’osez pas me faire et à laquelle je répondrai, car si elle n’est pas sur vos lèvres, elle est dans votre tête. Enfants chéries, apportez-nous d’autres fleurs, apportez-nous des fruits, donnez-nous vos sourires.
Les trois jeunes femmes se réveillèrent et vinrent nous présenter leurs fronts. Mon amie se trompa et m’offrit ses lèvres ; j’en profitai, ce qui la fit rougir. Elle s’enfuit, rejoignant ses compagnes.
Il faisait clair et chaud, mais le soleil n’était pas visible. La lumière semblait venir de partout, les objets ne donnaient point d’ombre. Cette singularité, au lieu de m’effrayer, augmentait ma sensation de bonheur. Il me sembla que j’avais enfin conquis un état de béatitude longtemps désiré. L’amour chantait en mon cœur. Je regardais avec attendrissement les plis de la robe blanche de mon amie, qui flottait derrière elle, comme elle courait. Son chapeau de fleurs tomba et, baissée pour le relever, ses seins candides apparurent au bord de son corsage. Je ne pus me retenir de m’élancer vers elle, tout ému, la bouche pleine de baisers et de mots troubles.