‹ Une nuit au LuxembourgChapitre 126 sur 222 · ÉLISE

ÉLISE

Je veux bien…

Élise, non plus, ne savait plus très bien ce qu’elle disait, ou peut-être lisait-elle dans mon cœur ? Comme mon maître, elle venait de répondre à une prière que je n’osais formuler.

J’avançais les deux bras pour prendre à pleines mains la fleur que je voulais et que l’on me donnait, mais Elise fuyait déjà. Je l’atteignis au milieu d’un bosquet de lilas. C’est là qu’elle fit mon bonheur.

Sarobe, qui n’était qu’une tunique, descendit lentement, dévoilant une à une les beautés de ma divinité, qui me semblait la beauté elle-même. Elle était si belle que mon admiration, pendant un instant, l’emporta sur mon désir, mais la vue du ventre pur, conque de nacre fleurie d’or, me jeta à genoux dans un délire sacré et des baisers fous entr’ouvrirent le calice de la fleur bientôt toute épanouie, bientôt toute respirée. Nous fûmes heureux dans le même instant ; mon transport m’avait élevé au sommet d’une si haute montagne que j’en avais le vertige et que ma tête tourna. Quand je me retrouvai mourant dans les bras de ma mourante amie, il me parut que j’avais revêtu une dignité nouvelle etque la résurrection qui m’arrachait à une délicieuse mort me faisait entrer dans une vie plus précieuse.

Mon amie, revêtue de sa robe et son chapeau de fleurs sur ses cheveux rattachés, cueillait des branches de lilas. Je me levai pour venir à son secours, car une gerbe énorme emplissait déjà ses bras blancs : elle me la donna, puis elle fit une moisson d’œillets et de roses, et nous revînmes vers mon maître. Il n’avait pas l’air de s’être aperçu de notre absence. Il loua les fleurs, en respira quelques-unes, remerciant de sa grâce mon amie qui rougissait un peu. Les deux autres jeunes femmes revenaient aussi avec des cerises et des pêches précoces, moins douces que leurs joues rosées. Je remarquai dans leurs yeux animés, qui échangeaient de lents regards, je ne sais quels airs de langueur, mais j’eus honte de scruter ces cœurs charmants et je pris modèle sur mon maître, qui baisait les mains des jeunes canéphores et les félicitait d’être l’image du plaisir, de l’abondance et de la générosité.

Au lieu de s’asseoir, elles s’accroupirent aux pieds de leur maître et elles lui présentaient les plus beaux fruits, en cherchant sur sa figure des signes de contentement. Il y avait dans ce tableau naïf et on eût dit champêtre un charme divin et je le contemplai longtemps avec joie. Ces trois êtres semblaient en si parfaite communion qu’il se dégageait de leurs corps les plus doux effluves de paix. Satisfait, il toucha leurs joues et leurs cheveux.

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