‹ Une nuit au LuxembourgChapitre 30 sur 222 · LA PETITE

LA PETITE

J’en ai de toutes les couleurs. Pour moi ! Pour moi ! Pour moi !

Et, les prenant l’une après l’autre, elle les respirait avec une volupté égoïste.

Mon ami s’éloignait avec deux des jeunes femmes. Je le suivis avec l’autre, avec celle qui semblait m’avoir choisi.

Tiens, vous saignez ? Je vous avais prévenu.

Une goutte de sang s’était écrasée sur mon doigt. Je regardai la jeune femme sans lui répondre. Elle n’avait pas l’air ironique que je lui soupçonnais. Rassuré, je me rapprochai d’elle ; elle appuya sa main sur mon bras.

Àmesure que ces scènes charmantes se déroulaient, je m’adaptais à ce milieu singulier. La suite de l’aventure me parut bientôt des plus naturelles. Nous nous promenions le matin dans un beau parc solitaire et fleuri. Ce sont des choses qui arrivent dans la vie, aussi bien que dans les rêves, et je fus bientôt tout à mon plaisir.

Nous marchions maintenant dans un jeune bois de marronniers. Des hampes roses tombaient parfois à nos pieds. Nous descendîmes des escaliers, nous en gravîmes d’autres, nous vîmes des bassins et des vasques, des statues de pierre et des orangers, un cyclope et la nudité d’une nymphe, des fleurs de toutes les couleurs, des arbres de toutes les écorces, des arbustes de toutes les feuilles, et des pigeons qui, d’un vol oblique, descendaient sur les gazons parmi le vol des moineaux effarouchés.

Mon nom ? Quelle idée ! Vous l’apprendrez, si vous êtes destiné à le savoir. Il n’est pas mystérieux. Appelez-moi « amie », je vous le permets, pour cette journée.

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