‹ Œuvres complètes de BérangerChapitre 128 sur 194 · Maudit Printemps

Maudit Printemps

Air : C’est à mon maître en l’art de plaire (Air noté ♫)

Je la voyais de ma fenêtre
À la sienne tout cet hiver :
Nous nous aimions sans nous connaître ;
Nos baisers se croisaient dans l’air.
Entre ces tilleuls sans feuillage,
Nous regarder comblait nos jours.
Aux arbres tu rends leur ombrage ;
Maudit printemps ! reviendras-tu toujours ?
Il se perd dans leur voûte obscure
Cet ange éclatant qui là bas
M’apparut, jetant la pâture
Aux oiseaux un jour de frimas :
Ils l’appelaient, et leur manége
Devint le signal des amours.
Non, rien d’aussi beau que la neige !
Maudit printemps ! reviendras-tu toujours ?
Sans toi je la verrais encore,
Lorsqu’elle s’arrache au repos,
Fraîche comme on nous peint l’Aurore
Du Jour entr’ouvrant les rideaux.

Le soir encor je pourrais dire :
Mon étoile achève son cours ;
Elle s’endort, sa lampe expire.
Maudit printemps ! reviendras-tu toujours ?
C’est l’hiver que mon cœur implore :
Ah ! je voudrais qu’on entendît
Tinter sur la vitre sonore
Le grésil léger qui bondit.
Que me fait tout ton vieil empire,
Tes fleurs, tes zéphyrs, tes longs jours ?
Je ne la verrai plus sourire.
Maudit printemps ! reviendras-tu toujours ?

Air noté dans Musique des chansons de Béranger :

Air : C’est à mon maître en l’art de plaire.

N 221.

MÊME CHANSON,

Musique de Darondeau

N 221.

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