VII
La première fois que je suis arrivé à Marseille, c'était par un matin de novembre. Le soleil brillait sur la mer; elle était plate comme un miroir, tout azurée, étincelante. Nous étions au haut de la côte qui domine la ville du côté d'Aix. Je venais de me réveiller. Je suis descendu de voiture pour respirer plus à l'aise et me dégourdir les jambes. Je marchais. C'était une volupté virile comme je n'en ai plus retrouvé depuis. Comme je me suis pris d'amour pour cette mer antique dont j'avais tant rêvé! J'admirais la voilure des tartanes, les larges culottes des marins grecs, les bas couleur tabac d'Espagne des femmes du peuple. L'air chaud qui circulait dans les rues sombres entre les hautes maisons m'apportait au cœur les mollesses orientales et les grands pavés de la Canebière qui chauffaient la semelle de mes escarpins, me faisaient tendre le jarret à l'idée des plages brûlantes où j'aurais voulu marcher.
Un soir j'ai été tout seul à l'école de natation de Lansac, du côté de la baie des Oursins, où il y a de grandes madragues pour la pêche du thon, qui sont tendues au fond de l'eau.
J'ai nagé dans l'onde bleue; au-dessous de moi, je voyais les cailloux à travers et le fond de la mer tapissé d'herbes minces. Avec un calme plein de joie, j'étendais mon corps dans la caresse fluide de la naïade qui passait sur moi. Il n'y avait pas de vagues, mais seulement une large ondulation qui vous berçait avec un murmure.
Pour rejoindre l'hôtel, je suis revenu dans une espèce de cabriolet à quatre places, avec le directeur des bains et une jeune personne blonde, dont les cheveux mouillés étaient relevés en tresses sous son chapeau. Elle tenait sur ses genoux un petit carlin de la Havane, auquel elle avait fait prendre un bain avec elle. La bête grelottait. Elle la frottait dans ses mains pour la réchauffer. Le conducteur de la voiture était assis sur le brancard et avait un grand chapeau de feutre gris.
Comme il y a longtemps de cela, mon Dieu!
FIN
TABLE
TROIS CONTES
Pages.
Un cœur simple. 3
La légende de saint Julien l'Hospitalier. 55
Hérodias. 99
MÉLANGES
Avis. 151
Préface aux dernières chansons de L. Bouilhet. 158
Lettre à la municipalité de Rouen. 187
ŒUVRES INÉDITES
Par les champs et par les grèves. 205
La danse des morts. 341
Novembre. 354
Rabelais. 361
Smarh. 371
A bord de la «Cange» 386
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Liste des modifications:
Page 9: «Pont-Lévêque» remplacé par «Pont-l'Évêque» (et se rendit à Pont-l'Évêque.) Page 104: «triomple» par «triomphe» (la joie d'un triomphe éclairait) Page 135: «Iacim» par «Iaçim» (Iaçim, bien que Juif) Page 138: ajout de «d'» (et des festons d'anémone) Page 139: «Machaërous» par «Machærous» (loin de Machærous) Page 141: «Ioakamann» par «Iaokanann» (et il n'osait tuer Iaokanann!) Page 198: «méséant» par «messéant» (rien dire de messéant) Page 202: ajout de «de» (Cette affaire en soi est fort peu de chose) Page 208: «s'étentendaient» par «s'étendaient» (les lignes de peupliers s'étendaient) Page 296: «néanmons» par «néanmoins» (néanmoins fort essoufflé) Page 307: «auraient» par «aurait» (Elle ... vous aurait bien donné) Page 328: «poreaux» par «poireaux» (les poireaux languissant de soif) Page 372: «Seigueur» par «Seigneur» (avec la paix du Seigneur) Page 381: «disparaissent» par «disparaissaient» (deux ailes ... disparaissaient) Page 393: «criez» par «criiez» (Oui, pardieu, vous criiez joliment)