X
IL faisait sombre dans le petit appartement de la rue de Constantinople, car Georges Du Roy et Clotilde de Marelle s'étant rencontrés sous la porte étaient entrés brusquement, et elle lui avait dit, sans lui laisser le temps d'ouvrir les persiennes:
--Ainsi, tu épouses Suzanne Walter?
Il avoua avec douceur et ajouta:
--Tu ne le savais pas?
Elle reprit, debout devant lui, furieuse, indignée:
--Tu épouses Suzanne Walter! C'est trop fort! c'est trop fort! Voilà trois mois que tu me cajoles pour me cacher ça. Tout le monde le sait, excepté moi. C'est mon mari qui me l'a appris!
Du Roy se mit à ricaner, un peu confus tout de même et, ayant posé son chapeau sur un coin de la cheminée, il s'assit dans un fauteuil.
Elle le regardait bien en face, et elle dit d'une voix irritée et basse:
--Depuis que tu as quitté ta femme, tu préparais ce coup-là, et tu me gardais gentiment comme maîtresse, pour faire l'intérim? Quel gredin tu es!
Il demanda:
--Pourquoi ça? J'avais une femme qui me trompait. Je l'ai surprise; j'ai obtenu le divorce, et j'en épouse une autre. Quoi de plus simple?
Elle murmura, frémissante:
--Oh! comme tu es roué et dangereux, toi!
Il se remit à sourire.
--Parbleu! Les imbéciles et les niais sont toujours des dupes!
Mais elle suivait son idée:
--Comme j'aurais dû te deviner dès le commencement. Mais non, je ne pouvais pas croire que tu serais crapule comme ça.
Il prit un air digne:
--Je te prie de faire attention aux mots que tu emploies.
Elle se révolta contre cette indignation:
--Quoi! tu veux que je prenne des gants pour te parler maintenant! Tu te conduis avec moi comme un gueux depuis que je te connais, et tu prétends que je ne te le dise pas? Tu trompes tout le monde, tu exploites tout le monde, tu prends du plaisir et de l'argent partout, et tu veux que je te traite comme un honnête homme?
Il se leva, et la lèvre tremblante:
--Tais-toi, ou je te fais sortir d'ici.
Elle balbutia:
--Sortir d'ici... Sortir d'ici... Tu me ferais sortir d'ici... toi... toi?...
Elle ne pouvait plus parler, tant elle suffoquait de colère, et brusquement, comme si la porte de sa fureur se fût brisée, elle éclata:
--Sortir d'ici? Tu oublies donc que c'est moi qui l'ai payé, depuis le premier jour, ce logement-là! Ah! oui, tu l'as bien pris à ton compte de temps en temps. Mais qui est-ce qui l'a loué?... C'est moi... Qui est-ce qui l'a gardé?... C'est moi... Et tu veux me faire sortir d'ici... Tais-toi donc, vaurien! Crois-tu que je ne sais pas comment tu as volé à Madeleine la moitié de l'héritage de Vaudrec? Crois-tu que je ne sais pas comment tu as couché avec Suzanne pour la forcer à t'épouser...
Il la saisit par les épaules et la secouant entre ses mains:
--Ne parle pas de celle-là! Je te le défends!
Elle cria:
--Tu as couché avec, je le sais.
Il eût accepté n'importe quoi, mais ce mensonge l'exaspérait. Les vérités qu'elle lui avait criées par le visage lui faisaient passer tout à l'heure des frissons de rage dans le cœur, mais cette fausseté sur cette petite fille qui allait devenir sa femme éveillait dans le creux de sa main un furieux besoin de frapper.
Il répéta:
--Tais-toi... prends garde... tais-toi...
Et il l'agitait comme on agite une branche pour en faire tomber les fruits.
Elle hurla, décoiffée, la bouche grande ouverte, les yeux fous:
--Tu as couché avec...
Il la lâcha et lui lança par la figure un tel soufflet qu'elle alla tomber contre le mur. Mais elle se retourna vers lui, et, soulevée sur ses poignets, vociféra encore une fois:
--Tu as couché avec!
Il se rua sur elle, et, la tenant sous lui, la frappa comme s'il tapait sur un homme.
Elle se tut soudain, et se mit à gémir sous les coups. Elle ne remuait plus. Elle avait caché sa figure dans l'angle du parquet et de la muraille, et elle poussait des cris plaintifs.
Il cessa de la battre et se redressa. Puis il fit quelques pas par la pièce pour reprendre son sang-froid; et, une idée lui étant venue, il passa dans la chambre, emplit la cuvette d'eau froide, et se trempa la tête dedans. Ensuite il se lava les mains, et il revint voir ce qu'elle faisait en s'essuyant les doigts avec soin.
Elle n'avait point bougé. Elle restait étendue par terre, pleurant doucement:
Il demanda:
--Auras-tu bientôt fini de larmoyer?
Elle ne répondit pas. Alors il demeura debout au milieu de l'appartement, un peu gêné, un peu honteux en face de ce corps allongé devant lui.
Puis, tout à coup, il prit une résolution, et saisit son chapeau sur la cheminée:
--Bonsoir. Tu remettras la clef au concierge quand tu seras prête. Je n'attendrai pas ton bon plaisir.
Il sortit, ferma la porte, pénétra chez le portier, et lui dit:
--Madame est restée. Elle s'en ira tout à l'heure. Vous direz au propriétaire que je donne congé pour le 1er octobre. Nous sommes au 16 août, je me trouve donc dans les limites.
Et il s'en alla à grands pas, car il avait des courses pressées à faire pour les derniers achats de la corbeille.
Le mariage était fixé au 20 octobre, après la rentrée des Chambres. Il aurait lieu à l'église de la Madeleine. On en avait beaucoup jasé sans savoir au juste la vérité. Différentes histoires circulaient. On chuchotait qu'un enlèvement avait eu lieu, mais on n'était sûr de rien.
D'après les domestiques, Mme Walter, qui ne parlait plus à son futur gendre, s'était empoisonnée de colère le soir où cette union avait été décidée, après avoir fait conduire sa fille au couvent, à minuit.
On l'avait ramenée presque morte. Assurément, elle ne se remettrait jamais. Elle avait l'air maintenant d'une vieille femme; ses cheveux devenaient tout gris; et elle tombait dans la dévotion, communiant tous les dimanches.
Dans les premiers jours de septembre la Vie Française annonça que le baron Du Roy de Cantel devenait son rédacteur en chef, M. Walter conservant le titre de directeur.
Alors on s'adjoignit un bataillon de chroniqueurs connus, d'échotiers, de rédacteurs politiques, de critiques d'art et de théâtre, enlevés à force d'argent aux grands journaux, aux vieux journaux puissants et posés.
Les anciens journalistes, les journalistes graves et respectables ne haussaient plus les épaules en parlant de la Vie Française. Le succès rapide et complet avait effacé la mésestime des écrivains sérieux pour les débuts de cette feuille.
Le mariage de son rédacteur en chef fut ce qu'on appelle un fait parisien, Georges Du Roy et les Walter ayant soulevé beaucoup de curiosité depuis quelque temps. Tous les gens qu'on cite dans les échos se promirent d'y aller.
Cet événement eut lieu par un jour clair d'automne.
Dès huit heures du matin, tout le personnel de la Madeleine, étendant sur les marches du haut perron de cette église qui domine la rue Royale un large tapis rouge, faisait arrêter les passants, annonçait au peuple de Paris qu'une grande cérémonie allait avoir lieu.
Les employés se rendant à leur bureau, les petites ouvrières, les garçons de magasin s'arrêtaient, regardaient et songeaient vaguement aux gens riches qui dépensaient tant d'argent pour s'accoupler.
Vers dix heures, les curieux commencèrent à stationner. Ils demeuraient là quelques minutes, espérant que peut-être ça commencerait tout de suite, puis ils s'en allaient.
A onze heures, des détachements de sergents de ville arrivèrent et se mirent presque aussitôt à faire circuler la foule, car des attroupements se formaient à chaque instant.
Les premiers invités apparurent bientôt, ceux qui voulaient être bien placés pour tout voir. Ils prirent les chaises en bordure, le long de la nef centrale.
Peu à peu il en venait d'autres, des femmes qui faisaient un bruit d'étoffes, un bruit de soie, des hommes sévères, presque tous chauves, marchant avec une correction mondaine, plus graves encore en ce lieu.
L'église s'emplissait lentement. Un flot de soleil entrait par l'immense porte ouverte éclairant les premiers rangs d'amis. Dans le chœur qui semblait un peu sombre, l'autel couvert de cierges faisait une clarté jaune, humble et pâle en face du trou de lumière de la grande porte.
On se reconnaissait, on s'appelait d'un signe, on se réunissait par groupes. Les hommes de lettres, moins respectueux que les hommes du monde, causaient à mi-voix. On regardait les femmes.
Norbert de Varenne, qui cherchait un ami, aperçut Jacques Rival vers le milieu des lignes de chaises, et il le rejoignit.
--Eh bien! dit-il, l'avenir est aux malins!
L'autre, qui n'était point envieux, répondit:
--Tant mieux pour lui. Sa vie est faite.
Et ils se mirent à nommer les figures aperçues.
Rival demanda:
--Savez-vous ce qu'est devenue sa femme?
Le poète sourit:
--Oui et non. Elle vit très retirée, m'a-t-on dit, dans le quartier Montmartre. Mais... il y a un mais..., je lis depuis quelque temps dans la Plume des articles politiques qui ressemblent terriblement à ceux de Forestier et de Du Roy. Ils sont d'un nommé Jean Le Dol, un jeune homme, beau garçon, intelligent, de la même race que notre ami Georges, et qui a fait la connaissance de son ancienne femme. D'où j'ai conclu qu'elle aimait les débutants et les aimerait éternellement. Elle est riche d'ailleurs. Vaudrec et Laroche-Mathieu n'ont pas été pour rien les assidus de la maison.
Rival déclara:
--Elle n'est pas mal, cette petite Madeleine. Très fine et très rouée! Elle doit être charmante au découvert. Mais, dites-moi, comment se fait-il que Du Roy se marie à l'église après un divorce prononcé?
Norbert de Varenne répondit:
--Il se marie à l'église parce que, pour l'Église, il n'était pas marié, la première fois.
--Comment ça?
--Notre Bel-Ami, par indifférence ou par économie, avait jugé la mairie suffisante en épousant Madeleine Forestier. Il s'était donc passé de bénédiction ecclésiastique, ce qui constituait, pour notre Sainte Mère l'Église, un simple état de concubinage. Par conséquent, il arrive devant elle aujourd'hui en garçon, et elle lui prête toutes ses pompes, qui coûteront cher au père Walter.
La rumeur de la foule accrue grandissait sous la voûte. On entendait des voix qui parlaient presque haut. On se montrait des hommes célèbres, qui posaient, contents d'être vus, et gardant avec soin leur maintien adopté devant le public, habitués à se montrer ainsi dans toutes les fêtes dont ils étaient, leur semblait-il, les indispensables ornements, les bibelots d'art.
Rival reprit:
--Dites donc, mon cher, vous qui allez souvent chez le Patron, est-ce vrai que Mme Walter et Du Roy ne se parlent jamais plus?
--Jamais. Elle ne voulait pas lui donner la petite. Mais il tenait le père par des cadavres découverts, paraît-il, des cadavres enterrés au Maroc. Il a donc menacé le vieux de révélations épouvantables. Walter s'est rappelé l'exemple de Laroche-Mathieu et il a cédé tout de suite. Mais la mère, entêtée comme toutes les femmes, a juré qu'elle n'adresserait plus la parole à son gendre. Ils sont rudement drôles, en face l'un de l'autre. Elle a l'air d'une statue, de la statue de la Vengeance, et il est fort gêné, lui, bien qu'il fasse bonne contenance, car il sait se gouverner, celui-là!
Des confrères venaient leur serrer la main. On entendait des bouts de conversations politiques. Et vague comme le bruit d'une mer lointaine, le grouillement du peuple amassé devant l'église entrait par la porte avec le soleil, montait sous la voûte, au-dessus de l'agitation plus discrète du public d'élite massé dans le temple.
Tout à coup le suisse frappa trois fois le pavé du bois de sa hallebarde. Toute l'assistance se retourna avec un long frou-frou de jupes et un remuement de chaises. Et la jeune femme apparut, au bras de son père, dans la vive lumière du portail.
Elle avait toujours l'air d'un joujou, d'un délicieux joujou blanc coiffé de fleurs d'oranger.
Elle demeura quelques instants sur le seuil, puis quand elle fit son premier pas dans la nef, les orgues poussèrent un cri puissant, annoncèrent l'entrée de la mariée avec leur grande voix de métal.
Elle s'en venait, la tête baissée, mais point timide, vaguement émue, gentille, charmante, une miniature d'épousée. Les femmes souriaient et murmuraient en la regardant passer. Les hommes chuchotaient: «Exquise, adorable.». M. Walter marchait avec une dignité exagérée, un peu pâle, les lunettes d'aplomb sur le nez.
Derrière eux, quatre demoiselles d'honneur, toutes les quatre vêtues de rose et jolies toutes les quatre, formaient une cour à ce bijou de reine. Les garçons d'honneur, bien choisis conformes au type, allaient d'un pas qui semblait réglé par un maître de ballet.
Mme Walter les suivait, donnant le bras au père de son autre gendre, au marquis de Latour-Yvelin, âgé de soixante-douze ans. Elle ne marchait pas, elle se traînait, prête à s'évanouir à chacun de ses mouvements en avant. On sentait que ses pieds se collaient aux dalles, que ses jambes refusaient d'avancer, que son cœur battait dans sa poitrine comme une bête qui bondit pour s'échapper.
Elle était devenue maigre. Ses cheveux blancs faisaient paraître plus blême encore et plus creux son visage.
Elle regardait devant elle pour ne voir personne, pour ne songer, peut-être, qu'à ce qui la torturait.
Puis Georges Du Roy parut avec une vieille dame inconnue.
Il levait la tête sans détourner non plus ses yeux fixes, durs, sous ses sourcils un peu crispés. Sa moustache semblait irritée sur sa lèvre. On le trouvait fort beau garçon. Il avait l'allure fière, la taille fine, la jambe droite. Il portait bien son habit que tachait, comme une goutte de sang, le petit ruban rouge de la Légion d'honneur.
Puis venaient les parents, Rose avec le sénateur Rissolin. Elle était mariée depuis six semaines. Le comte de Latour-Yvelin accompagnait la vicomtesse de Percemur.
Enfin ce fut une procession bizarre des alliés ou amis de Du Roy qu'il avait présentés dans sa nouvelle famille, gens connus dans l'entremonde parisien qui sont tout de suite les intimes, et, à l'occasion, les cousins éloignés des riches parvenus, gentilshommes déclassés, ruinés, tachés, mariés parfois, ce qui est pis. C'étaient M. de Belvigne, le marquis de Banjolin, le comte et la comtesse de Ravenel, le duc de Ramorano, le prince de Kravalow, le chevalier Valréali, puis des invités de Walter, le prince de Guerche, le duc et la duchesse de Ferracine, la belle marquise des Dunes. Quelques parents de Mme Walter gardaient un air comme il faut de province, au milieu de ce défilé.
Et toujours les orgues chantaient, poussaient par l'énorme monument les accents ronflants et rythmés de leurs gorges luisantes, qui crient au ciel la joie ou la douleur des hommes.
On referma les grands battants de l'entrée, et, tout à coup, il fit sombre comme si on venait de mettre à la porte le soleil.
Maintenant Georges était agenouillé à côté de sa femme dans le chœur, en face de l'autel illuminé. Le nouvel évêque de Tanger, crosse en main, mitre en tête, apparut, sortant de la sacristie, pour les unir au nom de l'Éternel.
Il posa les questions d'usage, échangea les anneaux, prononça les paroles qui lient comme des chaînes, et il adressa aux nouveaux époux une allocution chrétienne. Il parla de la fidélité, longuement, en termes pompeux. C'était un gros homme de grande taille, un de ces beaux prélats chez qui le ventre est une majesté.
Un bruit de sanglots fit retourner quelques têtes. Mme Walter pleurait, la figure dans ses mains.
Elle avait dû céder. Qu'aurait-elle fait? Mais depuis le jour où elle avait chassé de sa chambre sa fille revenue, en refusant de l'embrasser, depuis le jour où elle avait dit à voix très basse à Du Roy, qui la saluait avec cérémonie en reparaissant devant elle: «Vous êtes l'être le plus vil que je connaisse, ne me parlez jamais plus, car je ne vous répondrai point!» elle souffrait une intolérable et inapaisable torture. Elle haïssait Suzanne d'une haine aiguë, faite de passion exaspérée et de jalousie déchirante, étrange jalousie de mère et de maîtresse, inavouable, féroce, brûlante comme une plaie vive.
Et voilà qu'un évêque les mariait, sa fille et son amant, dans une église, en face de deux mille personnes, et devant elle! Et elle ne pouvait rien dire? Elle ne pouvait pas empêcher cela? Elle ne pouvait pas crier: «Mais il est à moi, cet homme, c'est mon amant. Cette union que vous bénissez est infâme.»
Plusieurs femmes, attendries, murmurèrent:
--Comme la pauvre mère est émue.
L'évêque déclamait:
--Vous êtes parmi les heureux de la terre, parmi les plus riches et les plus respectés. Vous, Monsieur, que votre talent élève au-dessus des autres, vous qui écrivez, qui enseignez, qui conseillez, qui dirigez le peuple, vous avez une belle mission à remplir, un bel exemple à donner...
Du Roy l'écoutait, ivre d'orgueil. Un prélat de l'Église romaine lui parlait ainsi, à lui. Et il sentait, derrière son dos, une foule, une foule illustre venue pour lui. Il lui semblait qu'une force le poussait, le soulevait. Il devenait un des maîtres de la terre, lui, lui, le fils des deux pauvres paysans de Canteleu.
Il les vit tout à coup dans leur humble cabaret, au sommet de la côte, au-dessus de la grande vallée de Rouen, son père et sa mère, donnant à boire aux campagnards du pays. Il leur avait envoyé cinq mille francs en héritant du comte de Vaudrec. Il allait maintenant leur en envoyer cinquante mille: et ils achèteraient un petit bien. Ils seraient contents, heureux.
L'évêque avait terminé sa harangue. Un prêtre vêtu d'une étole dorée montait à l'autel. Et les orgues recommencèrent à célébrer la gloire des nouveaux époux.
Tantôt elles jetaient des clameurs prolongées, énormes, enflées comme des vagues, si sonores et si puissantes, qu'il semblait qu'elles dussent soulever et faire sauter le toit pour se répandre dans le ciel bleu. Leur bruit vibrant emplissait toute l'église, faisait frissonner la chair et les âmes. Puis tout à coup elles se calmaient; et des notes fines, alertes, couraient dans l'air, effleuraient l'oreille comme des souffles légers; c'étaient de petits chants gracieux, menus, sautillants, qui voletaient ainsi que des oiseaux; et soudain, cette coquette musique s'élargissait de nouveau, redevenant effrayante de force et d'ampleur, comme si un grain de sable se métamorphosait en un monde.
Puis des voix humaines s'élevèrent, passèrent au-dessus des têtes inclinées. Vauri et Landeck, de l'Opéra, chantaient. L'encens répandait une fine odeur de benjoin, et sur l'autel le sacrifice divin s'accomplissait; l'Homme-Dieu, à l'appel de son prêtre, descendait sur la terre pour consacrer le triomphe du baron Georges Du Roy.
Bel-Ami, à genoux à côté de Suzanne, avait baissé le front. Il se sentait en ce moment presque croyant, presque religieux, plein de reconnaissance pour la divinité qui l'avait ainsi favorisé, qui le traitait avec ces égards. Et sans savoir au juste à qui il s'adressait, il la remerciait de son succès.
Lorsque l'office fut terminé, il se redressa, et, donnant le bras à sa femme, il passa dans la sacristie. Alors commença l'interminable défilé des assistants. Georges, affolé de joie, se croyait un roi qu'un peuple venait acclamer. Il serrait des mains, balbutiait des mots qui ne signifiaient rien, saluait, répondait aux compliments: «Vous êtes bien aimable.»
Soudain il aperçut Mme de Marelle; et le souvenir de tous les baisers qu'il lui avait donnés, qu'elle lui avait rendus, le souvenir de toutes leurs caresses, de ses gentillesses, du son de sa voix, du goût de ses lèvres, lui fit passer dans le sang le désir brusque de la reprendre. Elle était jolie, élégante, avec son air gamin et ses yeux vifs. Georges pensait: «Quelle charmante maîtresse, tout de même.»
Elle s'approcha, un peu timide, un peu inquiète, et lui tendit la main. Il la reçut dans la sienne et la garda. Alors il sentit l'appel discret de ces doigts de femme, la douce pression qui pardonne et reprend. Et lui-même il la serrait, cette petite main, comme pour dire: «Je t'aime toujours, je suis à toi!»
Leurs yeux se rencontrèrent, souriants, brillants, pleins d'amour. Elle murmura de sa voix gracieuse:
--A bientôt, monsieur.
Il répondit gaiement:
--A bientôt, madame.
Et elle s'éloigna.
D'autres personnes se poussaient. La foule coulait devant lui comme un fleuve. Enfin elle s'éclaircit. Les derniers assistants partirent.
Georges reprit le bras de Suzanne pour retraverser l'église.
Elle était pleine de monde, car chacun avait regagné sa place, afin de les voir passer ensemble. Il allait lentement, d'un pas calme, la tête haute, les yeux fixés sur la grande baie ensoleillée de la porte. Il sentait sur sa peau courir de légers frissons, ces frissons froids que donnent les immenses bonheurs. Il ne voyait personne. Il ne pensait qu'à lui.
Lorsqu'il parvint sur le seuil, il aperçut la foule amassée, une foule noire, bruissante, venue là pour lui, pour lui Georges Du Roy. Le peuple de Paris le contemplait et l'enviait.
Puis, relevant les yeux, il découvrit là-bas, derrière la place de la Concorde, la Chambre des députés. Et il lui sembla qu'il allait faire un bond du portique de la Madeleine au portique du Palais-Bourbon.
Il descendit avec lenteur les marches du haut perron entre deux haies de spectateurs. Mais il ne les voyait point; sa pensée maintenant revenait en arrière, et devant ses yeux éblouis par l'éclatant soleil flottait l'image de Mme de Marelle rajustant en face de la glace les petits cheveux frisés de ses tempes, toujours défaits au sortir du lit.
FIN
NOTE.
Le manuscrit de Bel-Ami se compose de 436 feuillets de papier dit écolier, paginés 1 à 436. Il ne présente aucun caractère particulier sous le rapport des corrections qui, en raison de l'importance de l'œuvre, sont peu nombreuses. Au début Duroy s'y appelle Leroy et Boisrenard, Plumelard. Le rendez-vous entre Bel-Ami et Mme Walter y est placé à Saint-Augustin et non à la Trinité, d'où quelques modifications de détails. Le constat d'adultère a donné lieu à quelques reprises en marge du manuscrit: l'ouverture de la porte, la description de la chambre meublée, l'identité de Laroche-Mathieu.
Bel-Ami fut terminé en février 1885, il parut en feuilleton dans le Gil-Blas, du mercredi 8 avril au samedi 30 mai de la même année.
Maupassant écrivait en effet à l'éditeur Havard (21 février 1885):
Vous me demandez de mes nouvelles. Elles ne sont pas fameuses. J'ai les yeux de plus en plus malades. Cela tient, je crois, à ce qu'ils sont extrêmement fatigués par le travail... J'ai fini Bel-Ami. Je n'ai plus qu'à relire et retoucher les deux derniers chapitres. Avec six jours de travail, ce sera complètement terminé.
Dans une lettre à sa mère, datée de juillet 1885, il ajoutait:
Rien de nouveau pour Bel-Ami. C'est ce livre qui m'a empêché d'aller à Étretat, car je me remue beaucoup pour en activer la vente, mais sans grand succès. La mort de Victor Hugo lui a porté un coup terrible. Nous sommes à la vingt-septième édition, soit 13,000 vendus. Comme je te le disais, nous irons à vingt mille ou vingt-deux mille. C'est fort honorable et voilà tout.
APPENDICE.
Bel-Ami fut très discuté dans les journaux. On reprochait surtout à l'auteur ses peintures du monde de la presse qu'on trouvait poussées au noir. Voici ce qu'en écrivait Montjoyeux dans le Gaulois:
«Le roman à la mode, c'est Bel-Ami. Il faut l'aborder bravement. Jamais M. Guy de Maupassant n'a obtenu un succès plus rapide et plus complet... M. Guy de Maupassant est un artiste et son roman, une œuvre d'art... Quelques délicats le trouveront sans doute un peu cru; reste à savoir s'il est vrai.
«Ici je me recueille et je réponds très sincèrement: Je ne sais pas... Je ne puis croire que ce soit là tout le journalisme. Balzac nous l'avait montré plus grand, malgré ses côtés faibles... Ici nous nageons gaiement dans un océan de boue... Quelle société! bons dieux! Quel milieu! quel monde!
«Il a beaucoup de talent, M. Guy de Maupassant; mais son Bel-Ami est bien répugnant, et, dût-on me trouver arriéré, j'aimerais mieux lui voir choisir des sujets plus propres.»
C'est à ces critiques et à d'autres analogues que Maupassant répondit dans la lettre suivante:
AUX CRITIQUES DE BEL-AMI.
UNE RÉPONSE.
(Extrait du Gil-Blas du 7 juin 1885.)
Nous recevons de notre collaborateur, Guy de Maupassant, la lettre suivante, que nous nous empressons de publier:
Rome, 1er juin 1885.
MON CHER RÉDACTEUR EN CHEF,
Au retour d'une très longue excursion qui m'a mis fort en retard avec le Gil-Blas, je trouve à Rome une quantité de journaux dont les appréciations sur mon roman Bel-Ami me surprennent autant qu'elles m'affligent.
J'avais déjà reçu à Catane un article de Montjoyeux, à qui j'ai écrit aussitôt. Il me semble nécessaire de donner quelques explications dans le journal même où a paru mon feuilleton.
Je ne m'attendais guère, je l'avoue, à être obligé de raconter mes intentions, qui ont été fort bien comprises, il est vrai, par quelques confrères moins susceptibles que les autres.
Donc les journalistes, dont on peut dire comme on disait jadis des poètes: Irritabile genus, supposent que j'ai voulu peindre la Presse contemporaine tout entière, et généraliser de telle sorte que tous les journaux fussent fondus dans la Vie Française, et tous leurs rédacteurs dans les trois ou quatre personnages que j'ai mis en mouvement. Il me semble pourtant qu'il n'y avait pas moyen de se méprendre, en réfléchissant un peu.
J'ai voulu simplement raconter la vie d'un aventurier pareil à tous ceux que nous coudoyons chaque jour dans Paris, et qu'on rencontre dans toutes les professions existantes.
Est-il, en réalité, journaliste? Non. Je le prends au moment où il va se faire écuyer dans un manège. Ce n'est donc pas la vocation qui l'a poussé. J'ai soin de dire qu'il ne sait rien, qu'il est simplement affamé d'argent et privé de conscience. Je montre dès les premières lignes qu'on a devant soi une graine de gredin, qui va pousser dans le terrain où elle tombera. Ce terrain est un journal. Pourquoi ce choix, dira-t-on?
Pourquoi? Parce que ce milieu m'était plus favorable que tout autre pour montrer nettement les étapes de mon personnage; et aussi parce que le journal mène à tout comme on l'a souvent répété. Dans une autre profession, il fallait des connaissances spéciales, des préparations plus longues. Les portes pour entrer sont plus fermées, celles pour sortir sont moins nombreuses. La Presse est une sorte d'immense république qui s'étend de tous les côtés, où on trouve de tout, où on peut tout faire, où il est aussi facile d'être un fort honnête homme que d'être un fripon. Donc, mon homme, entrant dans le journalisme, pouvait employer facilement les moyens spéciaux qu'il devait prendre pour parvenir.
Il n'a aucun talent. C'est par les femmes seules qu'il arrive. Devient-il journaliste, au moins? Non. Il traverse toutes les spécialités du journal sans s'arrêter, car il monte à la fortune sans s'attarder sur les marches. Il débute comme reporter, et il passe. Or, en général, dans la Presse, comme ailleurs, on se cantonne dans un coin, et les reporters, nés avec cette vocation, restent souvent reporters toute leur vie. On en cite devenus célèbres. Beaucoup sont de braves gens, mariés, qui font cela comme ils seraient employés dans un ministère. Duroy devient le chef des Échos: autre spécialité fort difficile et qui garde aussi ses gens quand ils y sont passés maîtres. Les Échos font souvent la fortune d'un journal, et on connaît dans Paris quelques échotiers dont la plume est aussi enviée que celle d'écrivains connus. De là Bel-Ami arrive rapidement à la chronique politique. J'espère, au moins, qu'on ne m'accusera pas d'avoir visé MM. J.-J. Weiss ou John Lemoine? Mais comment me suspecterait-on d'avoir visé quelqu'un?
Les rédacteurs politiques, plus que tous les autres, peut-être, sont des gens sédentaires et graves qui ne changent ni de profession, ni de feuille. Ils font toute leur vie le même article; selon leur opinion, avec plus ou moins de fantaisie, de variété et de talent dans la forme. Et quand ils changent d'opinion, ils ne font que changer de journal. Or, il est bien évident que mon aventurier marche vers la politique militante, vers la députation, vers une autre vie et d'autres événements. Et s'il est arrivé par la pratique, à une certaine souplesse de plume, il n'en devient pas pour cela un écrivain, ni un véritable journaliste. C'est aux femmes qu'il devra son avenir. Le titre: Bel-Ami, ne l'indique-t-il pas assez?
Donc, devenu journaliste par hasard, par le hasard d'une rencontre, au moment où il allait se faire écuyer, il s'est servi de la Presse comme un voleur se sert d'une échelle. S'en suit-il que d'honnêtes gens ne peuvent employer la même échelle?
Mais j'arrive à un autre reproche. On semble croire que j'ai voulu dans le journal que j'ai inventé, la Vie Française, faire la critique ou plutôt le procès de toute la presse parisienne.
Si j'avais choisi pour cadre un grand journal, un vrai journal, ceux qui se fâchent auraient absolument raison contre moi; mais j'ai eu soin, au contraire, de prendre une de ces feuilles interlopes, sorte d'agence d'une bande de tripoteurs politiques et d'écumeurs de bourses, comme il en existe quelques-uns, malheureusement. J'ai eu soin de la qualifier à tout moment, de n'y placer en réalité que deux journalistes, Norbert de Varenne et Jacques Rival, qui apportent simplement leur copie, et demeurent en dehors de toutes les spéculations de la maison.
Voulant analyser une crapule, je l'ai développée dans un milieu digne d'elle, afin de donner plus de relief à ce personnage. J'avais ce droit absolu comme j'aurais eu celui de prendre le plus honorable des journaux pour y montrer la vie laborieuse et calme d'un brave homme.
Or, comment a-t-on pu supposer une seconde que j'aie eu la pensée de synthétiser tous les journaux de Paris en un seul? Quel écrivain ayant des prétentions justes ou non, à l'observation, à la logique et à la bonne foi, qui croirait pouvoir créer un type rappelant en même temps la Gazette de France, le Gil-Blas, le Temps, le Figaro, les Débats, le Charivari, le Gaulois, la Vie Parisienne, l'Intransigeant, etc., etc. Et j'aurais imaginé la Vie Française pour donner une idée de l'Union et des Débats, par exemple!... Cela est tellement ridicule que je ne comprends pas vraiment quelle mouche a piqué mes confrères! Et je voudrais bien qu'on essayât d'inventer une feuille qui ressemblerait à l'Univers d'un côté et de l'autre aux papiers obscènes qu'on vend à la criée, le soir, sur les boulevards! Or elles existent, ces feuilles obscènes, n'est-ce pas? Il en existe aussi d'autres qui ne sont en vérité que des cavernes de maraudeurs financiers, des usines à chantage et à émissions de valeurs fictives.
C'est une de celles-là que j'ai choisie.
Ai-je révélé leur existence à quelqu'un? Non. Le public les connaît; et que de fois des journalistes de mes amis se sont indignés devant moi des agissements de ces usines de friponnerie!
Alors, de quoi se plaint-on? De ce que le vice triomphe à la fin? Cela n'arrive-t-il jamais et ne pourrait-on citer personne parmi les financiers puissants dont les débuts aient été aussi douteux que ceux de Georges Duroy?
Quelqu'un peut-il se reconnaître dans un seul de mes personnages? Non.--Peut-on affirmer même que j'aie songé à quelqu'un? Non.--Car je n'ai visé personne.
J'ai décrit le journalisme interlope comme on décrit le monde interlope. Cela était-il donc interdit?
Et si on me reproche de voir trop noir, de ne regarder que des gens véreux, je répondrai justement que ce n'est pas dans le milieu de mes personnages que j'aurais pu rencontrer beaucoup d'êtres vertueux et probes. Je n'ai pas inventé ce proverbe: «Qui se ressemble, s'assemble».
Enfin, comme dernier argument, je prierai les mécontents de relire l'immortel roman qui a donné un titre à ce journal: Gil Blas, et de me faire ensuite la liste des gens sympathiques que Le Sage nous a montrés, bien que dans son œuvre il ait parcouru un peu tous les mondes.
Je compte, mon cher rédacteur en chef, que vous voudrez bien donner l'hospitalité à cette défense, et je vous serre bien cordialement la main.
GUY DE MAUPASSANT.
VARIANTES
D'APRÈS LE MANUSCRIT ORIGINAL.
Page 1, ligne 1, quand le garçon lui...
Page 2, ligne 4, quand il fut sur...
Page 2, ligne 6, au 29 juin...
Page 3, ligne 6, un rien commune...
Page 3, ligne 7, châtain un peu roussi...
Page 3, ligne 24, chaises de paille...
Page 4, ligne 4, mais un autre désir aussi le tiraillait, celui...
Page 4, ligne 26, suivit le trottoir où coulait un flot de foule accablé...
Page 7, ligne 8, foule coulait autour de lui, accablée et...
Page 9, ligne 8, au Tambour, et de temps en temps, des chroniques littéraires pour le Gil-Blas. Voilà,...
Page 11, ligne 20, puis reprit:
Page 12, ligne 20, boulevard des Italiens, devant..,
Page 13, ligne 28, dont la longue blouse blanche tachée...
Page 14, ligne 7, la jaquette, la...
Page 14, ligne 18, ans, un monocle dans l'œil, très brun, la moustache roulée en pointes aiguës, l'air insolent, dédaigneux et fat...
Page 14, ligne 26, bras, après avoir rajusté son monocle...
Page 15, ligne 1, duelliste, celui qui a écrit le beau traité d'escrime française «l'Escrime nationale». Il vient de corriger ses épreuves. Wolff, Scholl et lui...
Page 16, ligne 20, Forestier surpris prononça:
Page 17, ligne 4, demie, 21, rue...
Page 18, ligne 17, enfin, il prononça:
Page 19, ligne 3, L'autre prononça d'un...
Page 19, ligne 6, saluèrent avec respect. Celui
Page 19, ligne 11, battants tendus de cuir vert, et ils...
Page 24, ligne 3, parfums violents des...
Page 27, ligne 10, Elle prononça avec...
Page 28, ligne 7, Il se sentait un peu...
Page 31, ligne 9, vêtements. Et puis ce laquais avait...
Page 33, ligne 29, elle prononça, en...
Page 34, ligne 16, s'élança vers elle:
Page 35, ligne 16, luisait, ciré depuis longtemps par...
Page 35, ligne 20, Sa cravate, nouée comme une corde, ne semblait pas à sa première sortie; un bouton manquait à sa chemise...
Page 36, ligne 4, domestique annonça:
Page 37, ligne 16, affaire. Et il rajustait à tout moment après l'avoir essuyé avec sa serviette son monocle qui tenait mal et tombait sans cesse dans son assiette. Duroy n'osait...
Page 41, ligne 8, peuples civilisés.
Page 47, ligne 6, son futur directeur...
Page 48, ligne 24, regardait au fond des yeux sa...
Page 49, ligne 6, elle, la protéger, la défendre...
Page 61, ligne 9, attendant quelqu'un sans...
Page 62, ligne 6, Forestier prononça en souriant avec malice...
Page 63, ligne 2, de prendre des notes...
Page 65, ligne 27, gentil ça... Duroy murmura: Oui, madame...
Page 67, ligne 10, l'eut fait parler...
Page 72, ligne 20, est drôle et gentille...
Page 73, ligne 29, cet homme,...
Page 74, ligne 25, antichambre du plus parisien et du plus mondain des journaux du matin.
Page 78, ligne 17, salles de composition que...
Page 78, ligne 29, directeur regarda brusquement...
Page 79, ligne 28, Walter recommençait une partie...
Page 84, ligne 12, penser à rien, le...
Page 89, ligne 19, luisant comme ses joues, écrivait...
Page 93, ligne 23, de drôle ou de...
Page 94, ligne 3, vous. Dans le journalisme, monsieur Montelin il faut savoir accumuler...
Page 94, ligne 14, ressucée de Scholl. Puis...
Page 103, ligne 14, moustache frisée du...
Page 103, ligne 27, parcourant sans fin de l'œil les colonnes imprimées avec l'espoir d'avoir mal vu et de trouver...
Page 104, ligne 16, pas jugé suffisant...
Page 105, ligne 27, députés, ainsi que ceux des ministères, les figures importantes et niaises des...
Page 107, ligne 5, aisance. Mais ce truc il ne le découvrait point et il...
Page 109, ligne 13, parfois traité avec...
Page 110, ligne 4, au cinquième...
Page 110, ligne 28, peignoir tout rouge et elle s'écria:
Page 111, ligne 15, pris de l'air...
Page 112, ligne 4, peignoir rose, moins...
Page 127, ligne 29, voudrez, je m'en fiche...
Page 132, ligne 16, sourire attendri qu'elles...
Page 133, ligne 5, désirais, depuis longtemps, dit-il...
Page 143, ligne 25, jours pendant la reprise intermittente de la comédie conjugale. Quelle...
Page 157, ligne 15, Il y a, il y a... que je...
Page 158, ligne 9, chéri, pardonne-moi... pardonne-moi... et elle pleurait suffoquée par les larmes, répétant: mon pauvre chéri... mon pauvre chéri... si j'avais su!
Page 160, ligne 26, demain, nom de Dieu! Elle...
Page 166, ligne 14, attendant son moment.
Page 176, ligne 8, qui m'aiment, toute relation...
Page 176, ligne 28, même dangereux pour...
Page 186, ligne 2, n'arrive loin.
Page 191, ligne 8, Boisrenard, dont les cheveux blancs, étaient...
Page 193, ligne 4, une grande joie...
Page 194, ligne 24, Ces roulures-là...
Page 196, ligne 5, fut rempli d'étonnement...
Page 200, ligne 23, Marelle était là tout près...
Page 210, ligne 7, bêtes. Montesquieu a dit: «Toutes les lois établies sur ce que notre machine est d'une certaine façon, seraient différentes si notre machine n'était pas de cette façon. Il en est de même de nos divinités et de nos croyances.
Toutes nos croyances ne viennent que des conditions d'existence où nous nous trouvons depuis le simple préjugé mondain jusqu'à ce que nous appelons «Les Vérités éternelles».
Vérité en deçà des Pyrénées erreur au delà.
Vérité sur la terre erreur au-dessus.
Vérité pour nos organes erreur à côté.
La règle deux et deux font quatre doit cesser d'être applicable par delà l'atmosphère de la terre.
Car toutes nos idées ne dépendent que des propriétés de nos sens. Les couleurs n'existent que parce que nous avons un œil qui voit ainsi, le son parce que nous avons un tympan qui change en bruit des vibrations. Donc c'est la conformation de nos organes qui détermine pour notre jugement, les propriétés apparentes de la matière.
Rien n'est vrai, rien n'est sûr. Et encore nous n'avons pour observer avec ces instruments trompeurs, qu'un point insignifiant dans l'espace, sans notion sur tout ce qui l'entoure, et qu'au moment insaisissable dans la durée sans soupçon de ce qui fut ou de ce qui sera! Et penser qu'un être humain, si songeur et si tourmenté, n'est qu'un imperceptible grain de la poussière de vie semée sur notre petite terre qui n'est elle-même qu'un grain dans la poussière des mondes.»
La mort seule.
Page 230, ligne 19, talent. M. Duroy n'est qu'un drôle. «Et...
Page 231, ligne 28, correct, et le monocle dans l'œil.
Page 238, ligne 19, pâle. Il restait debout en face du miroir, il tira la langue comme pour constater l'état de sa santé et tout d'un coup,...
Page 238, ligne 23, furieusement. «Demain à cette heure-ci je serai peut-être mort. Cette femme en face de moi, ce moi que je vois dans cette glace ne sera plus. Comment? me voici, je me regarde, je me sens vivre, et, dans douze heures je serai couché dans ce lit, mort, les yeux fermés, froid, inanimé, disparu.» Il se retourna...
Page 239, ligne 6, retourner vers sa couche. Ses...
Page 242, ligne 11, effet de ne penser à rien.
Page 245, ligne 26, casser le bras!...
Page 247, ligne 18, voix s'éleva dans...
Page 248, ligne 29, Les quatre témoins...
Page 249, ligne 6, tous ensemble sur...
Page 250, ligne 10, mon adoré.
Page 253, ligne 28, vieux bonze et de...
Page 257, ligne 1, timbre, comme il faisait toujours, et il...
Page 288, ligne 28, dans un lit, tout...
Page 289, ligne 19, mirant le mort au...
Page 304, ligne 1, Il attendit, espérant...
Page 304, ligne 28, oreille et comme un parfum dans la poitrine.
Page 307, ligne 16, que la cérémonie se...
Page 307, ligne 19, lendemain faire une visite aux vieux...
Page 307, ligne 26, époux, après un court passage à la mairie et une courte messe à Notre-Dame de Lorette, rentrèrent...
Page 315, ligne 21, bohème des journalistes.
Page 321, ligne 15, ondulations de serpent.
Page 325, ligne 16, d'une cocotte, cette...
Page 334, ligne 26, bout frisé de...
Page 359, ligne 23,--Oui, reprit-il, c'est bon, c'est bon, quand on a rien de mieux à faire!
Page 360, ligne 21, étaient plus froides que du marbre.
Page 360, ligne 24, marches de Tortoni.
Page 366, ligne 4, Mais Madeleine ne croyait pas qu'on pût réduire la vertu de Mme Walter;
Page 366, ligne 12, bon! Et le père!...
Page 373, ligne 17, Elle avait un peu rougi:
Page 375, ligne 13, partir quand une voix lui dit tout bas dans le dos:
--Bonjour Bel-Ami!
Il se retourna brusquement. C'était Madame de Marelle assise sur la seconde banquette.
--Vous ici? dit-il.
--Oui, moi-même. J'ai voulu voir... vous voir.
Ils avaient passé l'après-midi de la veille ensemble, rue de Constantinople, sans qu'elle lui eût avoué son projet d'assister à l'assaut chez Rival. Il pensa: «Est-ce qu'elle m'espionnerait?» Il s'était incliné avec cérémonie, il murmura:
--Je suis obligé...
Page 375, ligne 16, Mais Mme de Marelle et Mme Walter s'étant saluées, Clotilde prononça:
--Si nous le gardions près de nous madame, il nous nommera les tireurs et les gens connus. Il peut bien demeurer debout au coin de ce banc.
Et Mme Walter demanda: «Oh oui, restez ici monsieur... monsieur Bel-Ami.
Page 380, ligne 12, Mme de Marelle, car Mme Walter les connaissait presque tous. C'étaient...
Page 381, ligne 4, Mme de Marelle souriait. Mme Walter...
Page 385, ligne 11, Du Roy, escortant la famille Walter, attendait son landau. Mme de Marelle ne l'avait point quitté: «Est-ce qu'elle voudrait me cramponner» pensait-il. Elle demanda:
--Auriez-vous une petite place pour moi. Vous seriez bien gentil de me ramener après ces dames.
Mme Walter avait entendu.
--Mais oui certainement, chère amie, nous nous mettrons trois dans le fond.
Du Roy trouvait cette demande de mauvais goût.
Quand il eut ramené la Patronne et ses filles il demeura seul avec sa maîtresse. Elle lui prit aussitôt la main:
--Oh! comme je t'aime, comme je t'aime!
Il s'étonna de cet élan de tendresse. Elle répétait:
--Tu ne te figures pas combien je t'aime.
Il trouvait cette démonstration exagérée et inopportune, car il ne se sentait point dans un moment d'émotion.
Elle demanda:
--Si nous faisions un tour avant de rentrer?
Il répondit vivement:
--Mais je n'ai pas le temps, il faut que je travaille, moi.
Elle murmura:
--Comme tu as l'air mauvais.
--Non, je suis pressé.
--Veux-tu nous voir demain, chez nous?
Il hésita, puis prononça avec le seul désir de la contrarier.
--Je ne peux pas, je ne suis point libre demain.
Elle se tut, puis arrivée devant sa porte:
--Quand veux-tu nous revoir alors?
--Mais... je ne sais pas... il faut que j'examine ce que j'ai à faire. Je t'enverrai un télégramme.
Elle descendit de voiture lentement, les yeux un peu humides, puis lui tendant la main:
--A bientôt, à bientôt.
Dès qu'il se retrouva seul, il murmura: «Ça ne me disait rien aujourd'hui. Et puis je ne veux pas qu'elle se mette sur ce pied-là. Les femmes ont besoin d'être matées».
Madeleine l'attendait.
Page 386, ligne 1, Du Roy, qui était d'humeur querelleuse, feignit...
Page 390, ligne 21, Clotilde.
«Demain deux heures chez nous, n'est-ce pas.»
Il signa «Bel-Ami» comme il faisait avec elle depuis la reprise de leur amour. En rentrant...
Page 395, ligne 11, lentement...
--Non. Pas du tout.
Page 397, ligne 15, douteuse. Des passants parfois s'arrêtaient pour le regarder passer avec envie.
La lance des arroseurs donnait des désirs de douche et le pavé de bois fumait un peu sous la pluie tiède qui s'évaporait aussitôt. Du Roy tira...
Page 400, ligne 16, Où donc? Une phrase de Norbert de Varenne lui retraversa l'esprit: «Les insectes qui vivent quelques heures, les mouches qui vivent quelques jours, les bêtes qui vivent quelques mois, les hommes qui vivent quelques ans, les mondes qui vivent quelques siècles, ne sont que de l'imperceptible poussière de vie perdue dans la poussière infinie des univers. La bestiole qui s'agite quelques minutes, et la terre ce grain de sable qui tourne dans l'espace, ne demeurent-ils pas également insignifiants dans l'ensemble illimité de ce qui est? La mort de l'une, la fin de l'autre, ne passent-ils pas également inaperçus dans l'éternel renouvellement? Et Du Roy que le silence...
Page 400, ligne 18, Jugeant de haut la création, prononça du bout des lèvres: «C'est petit l'homme.»
Page 410, ligne 28, la muraille, les portes...
Page 412, ligne 1, Debout sur les degrés du portail...
Page 420, ligne 2, il l'étreignit comme...
Page 421, ligne 9, Maroc, demeuraient menaçantes.
Page 426, ligne 9, cherchait s'il n'avait plus rien à dire. N'ayant...
Page 427, ligne 28, bandeaux de garçon coiffeur. Il...
Page 432, ligne 2, dis, mon chéri.
Page 432, ligne 16, si tard...
Page 437, ligne 3, d'abord.» Et si elle m'en demande la raison... quelle raison invincible puis-je lui donner?
Il cherchait un motif tel qu'elle n'eut rien à répondre, un argument sans réplique et sans échappatoire, mais lequel?
Il s'arrêta net. Il avait trouvé et il riait de son idée.
«Je vais lui dire que je suis amoureux fou de Suzanne! Je verrai bien ce qu'elle pourra répondre à cela!»
Et il entra chez lui pour attendre...
Page 451, ligne 4, elle prononça: Oh! cochon, tu as...
Page 500, ligne 14, Il articula durement:
Page 536, ligne 26,--Et comme on voudra vous faire taire vous déclarerez que vous êtes prête à tout pour devenir ma femme. Le ferez-vous?
--Je le ferai.
--Et en sortant...
Page 541, ligne 3, loin. Un grand frisson lui passa sur les membres, quand...
Page 557, ligne 14, digue de sa fureur se fut rompue, elle...
Page 569, ligne 14, L'évêque prononçait:
OPINION DE LA PRESSE
SUR
BEL-AMI.
Nouvelle Revue, 1er avril 1887 (Raoul Frary).
«M. de Maupassant... aime à courir droit au but, il raconte vite et ne décrit qu'en passant, avec une merveilleuse netteté de contour... M. de Maupassant semble être entré dans la vie avec une puissance de mépris que cinquante ans d'expériences justifieraient à peine... Bel-Ami est le chef-d'œuvre de ce jeune pessimiste, un modèle de satire en action, un tableau tout en repoussoirs. Jamais on n'a raconté avec tant de verve, le triomphe d'un gredin qui n'est pas même un homme de talent dans son métier: la vraisemblance y perd même un peu.»
Revue Bleue, 23 mai 1885 (Maxime Gaucher).
«C'est une œuvre très forte, très puissante, mais d'une vérité cruelle et légèrement répulsive, le Bel-Ami de M. de Maupassant... Ce misérable réussit avec une chance si constante et il accepte le succès comme chose due avec une si imperturbable sérénité que cela en devient exaspérant... Et cependant, une fois ce livre bleu entre les mains, je ne l'ai pas lâché, mais j'ai lu tout d'une haleine, non pas le dévorant, mais le savourant. Que voulez-vous? Cela est à la fois irritant et exquis.»
Nouvelle Revue, juin 1885 (Francisque Sarcey).
«Je ne sais guère d'ouvrage dont la lecture soit à la fois plus attirante et plus malsaine. En même temps qu'il remue au fond de notre cœur la boue des curiosités perverses, il désenchante de l'humanité et décourage de la vie. A quoi sert de demeurer sur cette terre, si elle n'est peuplée que de bas gredins et de coquines infâmes?... L'écœurante médiocrité de la race humaine,... M. Guy de Maupassant l'étale à nos yeux avec l'indifférence d'un philosophe... Ce que je reprocherais à M. Guy de Maupassant, c'est qu'ayant jugé à propos de transplanter son Georges Duroy dans ce milieu du journalisme, qu'il doit bien connaître, il n'ait pas pris la peine d'en reproduire fidèlement l'aspect véritable. Les salles de rédaction qu'il dépeint m'ont paru de pure fantaisie; ce ne sont pas là nos habitudes, nos mœurs, ni nos façons de parler.»
· · ·
Liste des modifications:
Page 47: «laissait» remplacé par «laisser» (qu'il craignait de laisser tomber) Page 78: «Nobert» par «Norbert» (Norbert de Varenne écrivait un article) Page 228: «le» par «la» («Voilà toute la vérité.) Page 279: ajout de «a» (Ça a été moins long) Page 334: «mécontement» par «mécontentement» (pour calmer leur mécontentement) Page 340: «chffires» par «chiffres» (J'ai des faits et des chiffres) Page 356: «esoufflé» par «essoufflé» (un peu essoufflé) Page 371: «voisures» par «voitures» (une file de voitures) Page 424: «mimistre» par «ministre» (après le départ du ministre) Page 511: «eux-même» par «eux-mêmes» (tournant sur eux-mêmes)