‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 02, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 1 sur 5 · V.]

V.]

87. Dites-leur, bien que trop tard peut-être, sur le déclin d'une vie épuisée, blasée et cassée, que le propre d'un bon roi n'est pas d'affecter une vaine grandeur, et que les meilleurs princes ont toujours été ceux qui faisaient le plus d'économies: dites-leur enfin,--mais vous ne direz rien, et j'ai maintenant assez bavardé. Avant peu, je ferai entendre ma voix comme le cor de Roland à Roncevaux.

Chant Onzième.

1. Quand l'évêque Berkeley dit que la matière n'existait pas[86], et qu'il le prouva,--on ne l'écouta pas discuter cette matière; car il était, dit-on, inutile de combattre un système trop subtil même pour les têtes humaines les plus aériennes. Cependant, le croirait-on? je briserais volontiers toute espèce de matière, même le plomb, les pierres ou le diamant, pour me persuader que le monde est tout esprit, et pour porter ma tête en niant que je la porte.

[Note 86: Georges Berkeley, évêque de Cloyne en Irlande, publia, en 1770, un livre intitulé: Principe des connaissances humaines; devenu fameux par la force des argumens qu'il contenait en faveur du spiritualisme et contre la réalité de la matière. Buffon, dans ses premiers volumes de l'Histoire naturelle, n'a même fait que les répéter. Hume regarde le systématique Berkeley comme celui de tous les philosophes, sans excepter Bayle, le plus propre à conduire au scepticisme. Rien, en effet, n'est plus facile à combattre que l'existence de la matière, et rien n'est plus difficile à croire que sa non-existence.]

2. N'était-ce pas réellement une découverte sublime de faire de l'univers un égoïsme universel[87]! et de ce tout idéal,--un tout nous-mêmes. Je gagerais le monde (quel qu'il soit) que cela n'était pas une hérésie. Maintenant donc, ô doute!--Si toutefois, comme quelques-uns le pensent, tu es un doute, ce dont je doute très-fort,--ô toi le seul prisme des rayons de la vérité, ne va pas me ravir ma potion de spiritualisme! ce brandevin céleste, que pourtant notre tête a de la peine à supporter.

[Note 87: C'est-à-dire une seule substance.]

3. Car, de tems en tems, survient dame indigestion (et non le plus suave ariel[88]), qui arrête notre noble essor par une autre sorte de difficulté. Ce qui, d'ailleurs, s'oppose à mon enthousiasme[89], c'est que je ne trouve pas d'endroit où le regard de l'homme puisse tomber sans y apercevoir la confusion des races, des sexes, des espèces, des astres, et de cet univers, miracle énigmatique qui, du moins, est une illustre extravagance,--

[Note 88: Dainty Ariel, expression de Shakspeare; la Tempête, acte

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