‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 03, avec notes et commentaires comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 25 sur 26 · II, 62.]

II, 62.]

[Note C: Ald. Manut. de Reatina urbe agroque, ap. Sallengre Thesaur. Tome I, page 773.]

NOTE 39, STANCE 73.

Dans la plus grande partie de la Suisse, les avalanches sont connues sous le nom de lauwine.

NOTE 40, STANCE 75.

Ces stances rappelleront probablement au souvenir du lecteur les remarques de l'Enseigne Northerton: «D--n homo etc.» Mais les motifs de notre dégoût ne sont pas exactement les mêmes. Je désire faire entendre que nous sommes las de l'auteur dont l'étude nous est imposée comme une tâche avant que nous puissions en comprendre la beauté; que nous apprenons par routine avant que nous puissions apprendre par sentiment; que le charme de la nouveauté est détruit, que le plaisir et l'avantage à venir sont tués et anéantis par cette anticipation didactique à un âge où nous ne pouvons ni sentir ni comprendre des ouvrages qui, pour plaire ou faire réfléchir, demandent une certaine expérience de la vie tout aussi bien que du latin et du grec. Par la même raison nous ne pouvons jamais sentir toute la beauté de quelques-uns des plus sublimes endroits de Shakspeare (to be or not to be par exemple), attendu qu'on nous en a martelé la cervelle à l'âge de huit ans; que ça été un exercice, non d'intelligence, mais de mémoire; de telle sorte que parvenus à l'âge où nous serions capables d'en jouir, notre goût est perdu et notre appétit est blasé. En certains pays du continent, les jeunes gens s'instruisent dans les auteurs les plus ordinaires, et ne lisent les classiques qu'à un âge plus mûr. Je ne parle pas de cela par quelque sentiment de dépit ou d'aversion contre le lieu de ma première éducation. Je fus un enfant paresseux, mais non pas imbécile: et je crois que personne n'a pu ou ne peut être plus attaché à l'école de Harrow que je ne l'ai été moi-même, et ce n'est pas sans raison;--une partie du tems que j'y ai passé a été la plus heureuse partie de ma vie; et mon maître (le révérend docteur Joseph Drury) fut le meilleur et le plus digne ami que j'aie jamais eu. Je ne me suis que trop bien souvenu de ses avertissemens, quoique trop tard,--après que j'eus failli: et ce sont ses conseils que j'ai suivis toutes les fois que j'ai été bon et sage. Si jamais cet imparfait témoignage de mes sentimens parvient jusques à ses yeux, puisse-t-il lui rappeler celui qui ne pense jamais à lui qu'avec reconnaissance et vénération,--celui qui serait encore plus heureux de se dire son élève, si en suivant plus exactement les sages injonctions de son maître, il eût pu réfléchir sur lui, quelque honneur.

NOTE 41, STANCE 79.

Pour commentaire de cette stance et des deux suivantes, le lecteur peut consulter les Historical Illustrations of the fourth canto of Childe Harold.

NOTE 42, STANCE 82.

Orose porte les triomphes au nombre de trois cent vingt. Il est suivi par Pauvinius, et Pauvinius l'est par Gibbon et les écrivains modernes.

NOTE 43, STANCE 83.

Certes, sans ces deux traits de la vie de Sylla, auxquels je fais allusion dans cette stance, nous devrions le regarder comme un monstre sans aucune admirable qualité qui rachetât ses crimes. L'Expiation à laquelle il se soumit en résignant volontairement le pouvoir, doit peut-être nous satisfaire comme elle semble avoir satisfait les Romains, qui, s'ils n'eussent eu aucun respect pour Sylla, l'auraient sans doute fait périr. Il ne put y avoir division d'opinions, il ne put y avoir de milieu: tous durent penser comme Eucrate, que ce qui avait paru ambition était amour de la gloire, et que ce qui avait été pris à tort pour orgueil était réelle grandeur d'ame[A].

[Note A: Seigneur, vous changez toutes mes idées, de la façon dont je vous vois agir. Je croyais que vous aviez de l'ambition, mais aucun amour pour la gloire: je voyais bien que votre ame était haute; mais je ne soupçonnais pas qu'elle fût grande.

(Dialogue de Sylla et d'Eucrate.)]

NOTE 44, STANCE 86.

Le 3 septembre, Cromwell gagna la victoire de Dunbar; un an après il obtint son crowning mercy de Worcester; et peu d'années après, le même jour, il lui advint ce qu'il avait toujours regardé comme la plus heureuse chose pour lui, il mourut.

NOTE 45, STANCE 87.

Le projet de diviser la statua di Pompeio a déjà été mentionné par l'historien de la décadence et de la chute de l'empire romain. Gibbon l'a trouvé dans les Mémoires de Flaminius Vacca[A]; et l'on peut encore ajouter à son récit, que le pape Jules III donna cinq cents écus à ceux qui se disputaient la statue, et la céda au cardinal Capo di Ferro, qui avait empêché qu'on n'exécutât sur elle le jugement de Salomon. Dans un âge plus civilisé, cette statue fut exposée à une mutilation réelle: car les Français qui jouaient le Brutus de Voltaire dans le Colisée, décidèrent que leur César tomberait aux pieds de ce Pompée, qui était supposé avoir été arrosé du sang du véritable dictateur. Le héros de neuf pieds fut donc transporté dans l'arène de l'amphithéâtre, et, pour la plus grande facilité du transport, souffrit l'amputation temporaire de son bras droit. Les tragédiens républicains dirent, pour leur défense, que le bras était une pièce rapportée; mais leurs accusateurs ne croient pas que l'intégrité de la statue l'eût protégée contre la mutilation. Le désir de trouver des coïncidences a signalé le vrai sang de César dans une tache qui est près du genou droit; mais une critique plus froide a renié, non-seulement le sang, mais l'image elle-même, et a considéré le globe que tient la statue dans la main, comme appartenant plutôt au premier des empereurs qu'au dernier chef républicain de Rome. Winkelmann[B] accorde à regret que ce soit la statue héroïque d'un citoyen romain; mais l'Agrippa Grimani, presque contemporain, est héroïque; et les figures romaines toutes nues sont à la vérité rares, mais pas complètement proscrites. Le visage s'accorde beaucoup mieux avec le hominem integrum, et castum et gravem[C], qu'avec aucun des bustes d'Auguste; et il est trop sévère pour celui qui fut beau, dit Suétone, à toutes les époques de sa vie. La ressemblance prétendue avec Alexandre-le-Grand ne peut être distinguée; mais les traits se rapportent à ceux de la médaille de Pompée[D]. Le globe si objecté peut avoir été une flatterie assez bien adressée à celui qui trouva l'Asie-Mineure frontière de l'empire, et l'en laissa le centre. Il semble que Winkelmann a commis une erreur, en disant qu'on ne peut fonder aucune preuve de l'identité de cette statue avec celle qui reçut le sanglant sacrifice, sur la considération du lieu où elle fut découverte[E]. Flaminius Vacca dit, sotto una cantina, et cette cantina est connue pour avoir été dans le Vicolo de' Lentari, près la Cancellaria, position exactement correspondante à celle du Janus devant la basilique du théâtre de Pompée, où Auguste fit transférer la statue après que la Curia eut été brûlée ou abattue[F]. Une partie du portique, ombrage de Pompée[G], existait au commencement du quinzième siècle; et l'atrium était encore nommé satrum. Ainsi dit Blondus[H]. Quoi qu'il en soit, si imposante est la majesté sévère de la statue, si mémorable est l'histoire, que le jeu de l'imagination ne laisse pas de place à l'exercice du jugement, et que la fiction, si fiction il y a, opère sur le spectateur avec un effet non moins puissant que ne le ferait la vérité elle-même.

[Note A: Memorie, num. LVII, page 9, ap. Montfaucon, Diarium italicum.]

[Note B: Storia delle arti, etc., lib. IX, cap. I, pages 321, 322, tome II.]

[Note C: Cicero, Epist. ad Atticum, XI, 6.]

[Note D: Publiée par Causéus dans son Museum romanum.]

[Note E: Storia delle arti, etc., lib. IX, cap. I, pages 321, 322, tome II.]

[Note F: Sueton. in Vit. Augusti, cap 31, et in Vit. C.J. Cæsar., cap. 38. Appien dit qu'elle fut brûlée. Voir une note de Pitiscus à Suétone, page 224.]

[Note G: Tu modò Pompeiá lenta spatiare sub umbrá.

Ovid. Ars amandi.]

[Note H: Roma instaurata, lib. II, fº 31.]

NOTE 46, STANCE 88.

L'ancienne Rome, comme la moderne Sienne, abondait très-probablement en images de la nourrice de son fondateur: mais il y a deux louves dont l'histoire fait particulièrement mention. L'une, en airain et de travail antique[A], a été vue par Denys d'Halicarnasse dans le temple de Romulus, au pied du Palatin, et on croit généralement que c'est celle mentionnée par l'historien Latin comme ayant été faite avec la monnaie provenant d'une amende sur les usuriers, et comme ayant été placée sous le figuier Ruminal[B]. La seconde est celle que Cicéron[C] a célébrée en prose et en vers, et que l'historien Dion mentionne aussi comme ayant souffert l'accident auquel l'orateur fait allusion[D]. La question agitée par les antiquaires est celle de savoir si la louve qui est aujourd'hui dans le palais du conservateur est celle de Tite-Live et de Denys d'Halicarnasse ou celle de Cicéron, ou si elle n'est ni l'une ni l'autre. Les anciens écrivains diffèrent autant que les modernes: Lucius Faunus[E] dit que c'est celle que mentionnent Tite-Live et Cicéron, ce qui est impossible, et dont parle aussi Virgile, ce qui peut être. Fulvius Ursinus[F] l'appelle la leuve de Denys d'Halicarnasse, et Marlianus[G] en parle comme de celle mentionnée par Cicéron. Rycquius donne à celui-ci son assentiment en tremblant[H]. Nardini incline à croire que c'est une des nombreuses louves conservées dans l'ancienne Rome: mais à choisir entre les deux ci-dessus mentionnées, il penche pour celle de Cicéron[I]. Montfaucon tient cela pour un point hors de doute[J]. Parmi les écrivains plus modernes, le tranchant Winkelmann[K] déclare que cette louve a été trouvée dans l'église de Saint-Théodore, dans l'emplacement de laquelle ou près de laquelle était le temple de Romulus, et par conséquent il en fait la louve de Denys d'Halicarnasse. Il se fonde sur l'autorité de Lucius Faunus, qui, pourtant, dit seulement que la louve fut placée, non pas trouvée auprès du ficus Ruminalis vers le Comitium: par quoi il ne semble pas du tout faire entendre l'église de Saint-Théodore. Rycquius a le premier fait la méprise, et Winkelmann a suivi Rycquius. Flaminius Vacca conte une histoire toute différente, et dit qu'il a entendu raconter que la louve aux deux jumeaux fut trouvée près l'arc de triomphe de Septime Sévère[L]. Le commentateur de Winkelmann est de la même opinion que ce savant, et s'emporte contre Nardini qui, dit-il, n'a pas remarqué que Cicéron, en parlant de la louve foudroyée au capitole, se sert du tems prétérit. Mais, j'en demande pardon à l'Abbé, Nardini n'affirme pas positivement que la statue soit celle de Cicéron, et, l'eût-il affirmé, l'assertion n'aurait peut-être pas été si présomptueuse. L'Abbé lui-même est obligé d'avouer qu'il y a des traces fort semblables à celles que la foudre aurait pu laisser sur les jambes de derrière de la louve actuelle, et, pour couper court à l'objection, ajoute que la louve vue par Denys d'Halicarnasse peut aussi avoir été frappée par la foudre, ou avoir souffert quelque autre dommage analogue.

[Note A: Χάλχεα ποιήματα παλαιᾶς ἐργασἰας. Antiq. rom. lib. I.]

[Note B: Ad ficum Ruminalem simulacra infantium conditorum urbis sub uberibus lupæ posuerunt. Liv. Hist. lib. X, cap. 69. C'était dans l'an de Rome 455 ou 457.]

[Note C: Tum statua Nattæ, tum simulacra deorum, Romulusque et Remus cum altrice belluâ vi fulminis icti conciderunt. De Divinat., II, 20. Tactus est ille etiam qui hanc urbem condidit Romulus, quem inauratum in Capitolio parvum atque lactantem, uberibus lupinis inhiantem fuisse meministis. In Catilin. III, 8.

Hic silvestris erat Romani nominis altix Martia, quæ parvos Mavortis semine natos Uberibus gravidis vitali rore rigabat, Quæ tum cum pueris flammato fulminis ictu Concidit, atque avulsa pedum vestigia liquit.

De Consulata, lib. II (lib. I de Divin. cap. II).]

[Note D: Ἐν γὰρ τῷ καϖητωλίῳ ἀνδριάντες τε ϖολλοὶ ύϖό κεραυνῶν συνεχωνεύθησαν, καὶ ἀγἅλματα ἄλλα τε καὶ Διὸς ἐϖὶ κίνος ἱδρυμένον, εἰκὼν τέ τις λυκαίνης σύν τε τῷ Ῥώμῳ καὶ σὺν τῷ Ῥωμύλῳ ἱδρυμένη ἔπεσε. Dion, Hist. lib. XXXVII, page 37, édit. Rob. Stephan. 1548. Il continue en disant que les lettres des colonnes sur lesquelles les lois étaient écrites furent liquéfiées et devinrent ἀμυδρἀ. Tout ce que firent les Romains fut d'élever une grande statue à Jupiter, statue qui regardait l'Orient: il n'est plus du tout question de la louve. Ceci arriva l'an de Rome 689. L'abbé Fea, en citant ce passage de Dion (Storia delle arti, etc., tome I, page 202, note 10), dit: Non ostane, aggiunge Dione, che fosse ben fermata (la louve); par quoi il appert que l'abbé a traduit la version Xylandro-Leuclavienne, qui met quamvis stabilita pour l'original ἑδρυμένη, mot qui ne signifie pas ben fermata, mais seulement élevée, comme on peut le voir dans un autre passage de Dion: Ἠζουλήθη μὲν οὖν ὁ Ἀγρίππας καὶ Αὔγουστον ἐνταῦθα ἱδρῦσαι. Hist. lib. LXVI. Dion dit qu'Agrippa voulut élever une statue à Auguste dans le Panthéon.]

[Note E: In eâdem porticu ænea lupa, cujus uberibus Romulus ac Remus lactantes inhiant, conspicitur: de hâc Cicero et Virgilius semper intellexêre. Livius hoc signum ab ædilibus ex pecuniis quibus mulctati essent fæneratores positum innuit. Anteà in comitiis ad ficum Ruminalem, quo loco pueri fuerant expositi locatum pro certo est. Luc. Fauni, de Antiq. urb. Rom. lib. II, cap. 17, ap. Sallengre, tome I, page 217. Dans ce dix-septième chapitre il répète que les statues étaient là, mais non qu'elles y furent trouvées.]

[Note F: Ap. Nardini, Roma vetus, lib. V, cap. 4.]

[Note G: Marliani, Urb. Rom. Topogr. lib. II, cap. 9. Il mentionne une autre louve et les deux jumeaux dans le Vatican, lib. V, cap. 21.]

[Note H: Non desunt qui hanc ipsam esse putent, quam adpinximus, quœ è comitio in Basilicam Lateranam, cum nonnullis aliis antiquitatum reliquiis, atque hinc in Capitolium posteà relata sit, quamvis Marlianus antiquam Capitolinam esse maluit à Tullio descriptam, eui ut in re nimis dubiâ, trepidè adsentimur. Just. Rycguii, de Capit. Rom. Comm., cap. 34, page 250. Lugd. Batav. 1696.]

[Note I: Nardini, Roma vetus, lib. V, cap. 4.]

[Note J: Lupa hodièque in capitolinis prostat ædibus, cum vestigiis fulminis quo ictam narrat Cicero. Diarium Ital. tome I, page 174.]

[Note K: Storia delle arti, etc., lib. III, cap. 3, § 2, note 10. Winkelmann a fait une étrange bévue dans la note, en disant que la louve de Cicéron n'était pas dans le Capitole, et que Dion a eu tort de le dire.]

[Note L: Intesi dire, che l' Ercole di bronzo, che oggi si trova nella sala di Campidoglio fu trovato nel fero Romano appresso l'arco di Settimio; e vi fu trovata anche la lupa di bronzo che allatta Romulo e Remo, e stà nella loggia de' conservatori. Flam. Vacc. Memorie, num. III, page I, ap. Montfaucon, Diarium ital., tome I.]

Examinons la chose relativement à ce que dit Cicéron. Cet orateur, en deux passages, semble désigner particulièrement Romulus et Rémus, et surtout le premier, que son auditoire savait bien avoir été dans le Capitole, comme ayant été frappé de la foudre. Dans ses vers, il rappelle que les jumeaux et la louve tombèrent à la fois, et que la louve ne laissa que les traces de ses pattes. Cicéron ne dit pas que la louve ait été consumée; et Dion rapporte seulement qu'elle tomba, sans dire un mot, comme l'Abbé le lui fait dire, ni de la force du coup, ni de la solidité avec laquelle la statue avait été fixée. En conséquence, toute la force de l'argument de l'Abbé réside dans le tems prétérit: ce qui néanmoins peut être quelque peu affaibli en remarquant que la phrase prouve simplement que la statue n'était plus dans sa première place. Winkelmann a observé que les jumeaux actuels sont de main moderne; et il est également clair qu'il y a des traces de dorure sur la louve, qui pourrait, par conséquent, être réputée avoir fait partie de l'ancien groupe. On sait que les idoles du Capitole n'étaient point détruites après avoir été endommagées par le tems ou par quelque accident, mais déposées dans des souterrains nommés favissœ[A]. Il est possible que la louve ait été mise dans un de ces endroits, puis replacée en lieu visible, après que Vespasien eut rebâti le Capitole. Rycquius, sans citer ses autorités, dit qu'elle fut transportée du Comitium à la basilique de Latran, et de là au Capitole. Si elle a été trouvée près de l'arc de triomphe de Sévère, elle peut avoir été une des statues qu'Orose dit avoir été renversées dans le Forum, par la foudre, lorsqu'Alaric prit la ville[B]. L'ouvrage même prouve que cette louve est d'une haute antiquité; et voilà pourquoi Winkelmann a supposé que c'était celle de Denys d'Halicarnasse. Toutefois la louve du Capitole peut avoir été d'une date aussi ancienne que celle du temple de Romulus. Lactance[C] affirme que, de son tems, les Romains adoraient une louve; et l'on sait que les Lupercales subsistèrent fort long-tems[D] après que tous les autres rits de l'ancienne superstition furent totalement tombés en désuétude: ce qui peut rendre compte de la conservation de cette antique statue, honorée plus long-tems que tous les autres emblèmes du paganisme.

[Note A: Luc. Fauni, de Antiq. urb. Rom., lib. II, cap. 7, ap. Sallengre, tome I, page 217.]

[Note B: Voir la note, pour la stance 80, dans les Historical illustrations.]

[Note C: Romuli nutrix lûpa honoribus est affecta divinis, et ferrem si animal ipsum fuisset cujus figuram gerit. Lact. de fals, relig. lib. I, cap. 20, page 101, édit. varior. 1660; c'est-à-dire qu'il adorerait plutôt une louve qu'une prostituée. Son commentateur a fait observer que l'opinion de Tite-Live concernant Laurentia, représentée sous la forme de louve, n'a pas été universellement reçue. Strabon pensait de même. Rycquius a tort de dire que Lactance rapporte que la louve était dans le Capitole.]

[Note D: Jusques à l'an 496 de Jésus-Christ. Quis credere possit, dit Baronius (Ann. eccl. tome VIII, page 602, in ann. 496), viguisse adhuc Romæ ad Gelasii tempora, quæ fuêre antè exordia urbis allata in Italiam Lupercalia? Gélase écrivit une lettre de quatre pages in-folio au sénateur Andromaque et à d'autres, pour leur montrer qu'on devait renoncer à ces cérémonies.]

On peut toutefois se permettre de remarquer que la louve était un emblème romain, et que l'adoration de cet emblème est une induction tirée par le zèle de Lactance. Les premiers écrivains chrétiens ne méritent pas toute confiance dans les accusations qu'ils dirigent contre les païens. Eusèbe accusa en face les Romains d'adorer le magicien Simon, et de lui élever une statue dans l'île du Tibre. Les Romains n'avaient probablement jamais encore entendu parler d'un tel personnage, qui a joué un rôle considérable, quoique scandaleux, dans l'histoire de l'église, et a laissé plusieurs preuves de son combat aérien contre saint Pierre dans la ville de Rome, quoique une inscription trouvée dans cette susdite île du Tibre ait prouvé que le Simon magus d'Eusèbe était un certain dieu indigène nommé Semo Mangus ou Fidius[A].

[Note A: Voici le texte d'Eusèbe: Καὶ ἀνδρίαντι παῤ ὑμῖν ὡς θεὸς τετίμηται, ἐν τῷ Τίθερι ποταμῷ μεταξὺ τῶν δύο γεψυρῳν, ἔχων ἐπιγράψην Ρωμαίκην ταύτην Σίμωνι δέω σάγκτῳ. Ecclesi. Hist. lib. II, cap. 13, page 40. Justin, martyr, avait dit la même chose auparavant; mais Baronius lui-même fut obligé de dévoiler l'erreur. Voir Nardini, Roma vetus, lib. VII, cap. 12.]

Même après que le culte du fondateur de Rome eut été abandonné, on jugea à propos de complaire aux habitudes des bonnes femmes de la ville en les envoyant avec leurs enfans malades à l'église de Saint-Théodore, comme autrefois au temple de Romulus[A]. L'usage s'en est conservé jusqu'à ce jour; et l'emplacement de l'église sus-nommée semble avoir été par là identifié avec celui du temple, si bien que si la louve y eût été réellement trouvée comme le dit Winkelmann, il n'y aurait plus de doute que la statue ne fût celle de Denys d'Halicarnasse[B]. Mais Faunus, en disant qu'elle était près du ficus Ruminalis vers le Comitium, ne parle que de son ancienne position telle qu'elle nous a été transmise par Pline; et même s'il eût remarqué où on l'avait trouvée, il n'aurait point parlé de l'église Saint-Théodore, mais d'une place très-différente, près de laquelle on pensait alors que le ficus Ruminalis et le Comitium avaient été, c'est-à-dire des trois colonnes près l'église de Santa-Maria Liberatrice, à l'extrémité du Palatin tournée vers le Forum.

[Note A: In essa gli antichi pontefici per toglier la memoria de' giuochi Lupercali istituiti in onore di Romolo, introdussero l' uso di portarvi bambini oppressi da infermità occulte, acciò si liberino per l'intercessione di questo santo, come di continuo si sperimenta. Rione, XII. Ripa, accurata e succinta descrizione, etc., di Roma moderna dell' Ab. Ridolf. Venuti, 1766.]

[Note B: Nardini, lib. V, cap. II, convainc Pomponius Lætus orassi erroris, vu que celui-ci a mis le figuier Ruminal à l'église Saint-Théodore; mais comme Tite-Live dit que la louve était près du figuier Ruminal, et que Denys d'Halicarnasse la place au temple de Romulus, il est obligé (cap. 4) d'avouer que les deux monumens étaient près l'un de l'autre, ainsi que l'autre Lupercal, ombragé, pour ainsi dire, par le même figuier.]

En vérité, l'on ne peut se livrer qu'à des spéculations purement conjecturales sur la question de savoir où cette louve a été trouvée[A]; et peut-être, après tout, les traces de dorure et de foudre forment en faveur de ceux qui tiennent pour la louve de Cicéron un argument meilleur que tous ceux mis en avant pour l'opinion contraire. À tout prendre, cette louve est citée avec raison dans le texte du poème comme l'un des anciens monumens les plus intéressans de la ville de Rome[B], et c'est, sans aucun doute, de cette statue, sinon de l'animal lui-même, que Virgile parle dans ses beaux vers:

Geminos huic ubera circùm Ludere pendentes pueros et lambere matrem Impavidos: illam tereti cervice reflexam Mulcere alternos, et corpora fingere lingud[C].

[Note A: Ad Comitium ficus olim Ruminalis germinabat, sub qud lupæ rumam, hoc est, mammam, docente Varrone, suxerant olim Romulus et Remus: non procul à templo hodiè D. Mariæ liberatricis appellato ubi forsan inventa nobilis illa ænea statua lupæ germinos puerulos lactantis, quam hodiè in capitolio videmus. Olai Borrichii, Antiqua urbis Romanæ facies, cap. 10. Voir aussi cap. 11. Borrichius écrivit après Nardini, en 1687. Ap. Græv. Antiq. Rom., tome IV, page 1552.]

[Note B: Donatus, lib. XI, cap. 18, donne une médaille représentant, d'un côté, la louve dans la même position que celle du Capitole, et, sur le revers, la même louve, mais qui n'a pas la tête tournée en arrière. Cette médaille est du tems d'Antonin-le-Pieux.]

[Note C: Æneid. VIII, 631. Voir le docteur Middleton dans sa lettre de Rome; il penche pour la louve de Cicéron, mais sans examiner la question.]

NOTE 47, STANCE 90.

Il est possible d'être un très-grand homme, en restant encore fort inférieur à Jules César, qui fut, suivant lord Bacon, le caractère le plus complet de toute l'antiquité. La nature semble incapable de combiner tous les talens extraordinaires qui constituèrent son immense capacité applicable à toutes choses, et telle, qu'elle fut un objet de surprise pour les Romains eux-mêmes. Le premier des généraux,--le seul homme d'état dont la politique ait été triomphante,--ne le cédant à personne en éloquence,--comparable à qui que ce soit dans tous les exercices de la sagesse, dans le siècle des plus grands généraux, hommes d'état, orateurs et philosophes qui aient jamais paru dans le monde;--auteur qui composa, dans sa voiture de voyage, un modèle parfait des annales militaires;--tantôt controversant avec Caton, tantôt écrivant un traité sur les calambours et recueillant une collection de bons mots;--combattant et faisant l'amour en même tems[A], et voulant abandonner son empire et sa maîtresse pour aller voir les sources du Nil: tel parut Jules César à ses contemporains et aux hommes des âges suivans qui furent le plus enclins à déplorer et à maudire son fatal génie.

[Note A: Dans son dixième livre, Lucain le montre baigné du sang de Pharsale dans les bras de Cléopâtre:

Sanguine Thessalicæ cladis perfusus adulter Admisit Venerem curis, et miscuit armis.

Après avoir dîné avec sa maîtresse, il passe toute la nuit à converser avec les sages Égyptiens, et dit à Achoréus:

«Spes sit mihi certa videndi Niliacos fontes: bellum civils relinquam.» Sic velut in tutâ securi pace trahebant Noctis iter medium.

Immédiatement après, il se bat de nouveau, et défend chaque position:

Sed adest defensor ubique Cæsar et hos aditus gladiis, hos ignibus arcet. .....Cæcâ nocte carinis Insituit Cæsar semper feliciter usus Præcipiti cursu bellorum et tempore rapto. ]

Mais nous ne devons pas nous laisser éblouir par sa gloire ou par ses qualités aimables et magnanimes, au point d'oublier la décision de ses concitoyens impartiaux:

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