XIII.
SAUL.
O toi dont le magique pouvoir ressuscite les morts, ordonne à l'ombre du prophète de paraître devant moi.--«Samuel, lève ta tête ensevelie. Roi, regarde le fantôme du Voyant!»--La terre s'entr'ouvrit: le spectre apparut au centre d'un nuage, mortuaire enveloppe qui fit pâlir la lumière du jour; son oeil glacé par la mort n'avait plus qu'un regard terne et fixe, ses mains étaient flétries, et ses veines arides; son pied, dépouillé de sang et de nerfs, offrait à nu l'horrible blancheur de ses os; de ses lèvres immobiles et de sa poitrine qui ne respirait plus, sortit une voix sourde comme les vents renfermés dans un antre. Saül le vit, et tomba par terre, comme tombe le chêne frappé par un coup de tonnerre.
«Pourquoi trouble-t-on mon sommeil? Quel-est celui qui appelle les morts? Est-ce toi, roi d'Israël? regarde ces membres pâles et froids; ce sont les miens: tels seront les tiens demain, quand tu seras venu me rejoindre; avant la fin du jour qui se lève, tel tu seras, tel sera ton fils. Adieu, mais pour un jour! puis nous mêlerons notre poussière. Toi et ta race, tombez à terre, pâles et mourans, sous les flèches parties de tant d'arcs ennemis! à ton côté pend le glaive que ta main guidera vers ton coeur! Sans couronne, sans haleine, sans vie, tombent le fils et le père, tombe la maison de Saül!»